Loire Nieuport LN 40

Publié le par RL

Le Loire-Nieuport LN 40, le bombardier à la française

Je choisis de commencer par un appareil marginal de l’arsenal français, mais auquel j’ai pensé cette nuit. Cet article est complémentaire à celui sur le bombardement en piqué dans l'armée de l'Air.

Le bombardement en piqué et les militaires français :

La France s’intéresse au bombardement en piqué assez tardivement, c’est-à-dire dans le deuxième moitié des années 30. Dans ce domaine, c’est la Marine Nationale qui fait office de pionnière, à la fin des années 30, en commandant à Loire-Nieuport le LN 40.

Un article du n° 669 journal les Ailes rappelle pourtant que le bombardement serait une invention française. On doit au médecin-aviateur (marin) Laburthe l'idée durant la Grande Guerre. Après ce conflit, le LV Teste essaiera une méthode de bombardement en palier précédée d'un piqué. Les essais furent poursuivis aux États-Unis à partir de 1927 et, en 1934, l'idée revint en France. À cette époque cette technique était jugée idéale pour attaquer des cibles en mouvement comme les navires, car, croyait-on, elle mettait l'avion à l'abri de la DCA  et réduisait le temps de trajet de la bombe (par rapport à un lâché conventionnel depuis 3 500 m d'altitude) tout en garantissant la même vitesse finale. Deux ans plus tard, la controverse existait cependant et le bombardement en piqué avait ses partisans et ses détracteurs.

Vue de dessus du LN 411 qui permet d’apprécier la taille respectable de l’appareil.

Vue de dessus du LN 411 qui permet d’apprécier la taille respectable de l’appareil.

Le Loire-Nieuport LN 40 et ses dérivés :

Très inspiré du Junkers 87, cet appareil est destiné à lutter en mer, depuis un porte-avion, bien que le Béarn soit jugé impropre à suivre une escadre et qu’il n’existe pas de remplaçant… Par rapport aux appareils embarqués en service à l’époque en Europe (France et Grande-Bretagne en réalité), il est très novateur puisqu’il s’agit d’un monoplan à aile basse équipée de volets d’atterrissage et d’un train entièrement rétractable ! C’est un énorme saut technologique par rapports aux vieux biplans Levasseur à la technologie héritée des années 20, qu’il remplace !

Côté armement, il est prévu que la version de série, le LN 401, emporte une bombe de 500 kg (ou moins) sous le fuselage, deux mitrailleuses de 7,5 mm dans les ailes et un canon de 20 mm tirant dans l’axe de l’hélice (soit le même armement fixe que les chasseurs de l’armée de l’Air en service à l’époque) ; ce dernier ne sera cependant jamais monté à cause de sa faible production. Comme on peut s’en rendre compte, aucun armement défensif n’est prévu et l’équipage est réduit au strict minimum, à savoir un pilote, contrairement aux trois aviateurs sur les PL 7 et 11 alors en service, aux deux du Ju 87 ou du SB2U.

Pour propulser cette machine, on fait cependant appel à un modeste moteur-canon Hispano Suiza 12Xcrs de 690 ch - le même que celui du chasseur D. 501 développé en 1933 et formant alors l’ossature de la chasse française avec son frère le D.510 - qui propulse l’appareil à la vitesse maximale de 380 km/h à 4 000 m d’altitude - soit 20 km/h de plus que le D. 501 tout de même… Une version améliorée, le LN 402, est gréée d’un moteur HS 12Y-31 (le même que celui du nouveau chasseur MS-406) de 860 ch qui n’améliorera cette performance que de 20 km/h ! Le problème devait donc être ailleurs (Le LN 42, ultime aboutissement atteignait 430 km/h avec un moteur HS 12Y-51 de 1 100 ch en 1940, soit aussi bien que le Aichi D3A2 avec un moteur 1 300 ch en 1942…).

Un appareil en-dessous de ses concurents ?

Si on le compare aux concurrents, comme le Vought SB2U que la France acheta pour l’épauler*, on constate que cette performance n’était pas si mauvaise. Avec un moteur de 825 ch, deux hommes d’équipage, une masse maximale plus importante et la même charge offensive maximale, l’appareil américain possède une vitesse de pointe à peine supérieure au LN 402 ! Avec un moteur bien plus puissant (1 070 ch) mais un train fixe, le Aichi D3A1 ne fait guère mieux avec un modeste 389 km/h. Les performances, d’aspect plutôt médiocres, étaient donc dans la lignée de ce qui se faisait ailleurs, même si le SB2U était déjà assez “ancien”. De plus, dans l’hypothèse d’une action en mer, l’opposition d’avions de chasse semblait quasi nulle, puisqu’en Europe, seule le Grande-Bretagne possédait des porte-avions ; quant à envoyer le Béarn en Extrême-Orient… à priori seule la DCA risquait donc de causer du tord aux LN-401.

Comme le rapporte le CF Laîné, en 1949 à la Commission d'enquête de l'Assemblé nationale sur les évènements survenus en France de 1933 à 1945 : "En temps de guerre, il aurait été, dans l'Aéronautique navale, un excellent chasseur de sous-marins, un bon destructeur de bâtiments légers ou de cargos et même, à la rigueur, un adversaire relativement redoutable pour les grands bâtiments de l'époque, dotés d'une DCA faible et rarement protégés par des avions de chasse." Par aileurs, l'ancien commandant l'escadrille AB4 de janvier à juillet 1940 reconnaît également des qualités de facilité de pilotage, de bonne maniabilité, une bonne visibilité et, conséquence de celà, une bonne précision dans les piqués. De plus, son autonomie était plus que respectable. En revanche, il semble que la qualité de construction des avions ait été discutable.

* Il y eut aussi une commande de 50 Curtiss SBC-4, biplans à train rentrant, qui étaient propulsés à la vitesse maximale de 377 km/h à 4 600 m par un modeste moteur Wright de 850 ch.

Vue en plongée. On peut noter la verrière permettant une vision sur 360° autour du pilote (fait rare à l’époque). Une vitre située sous le fuselage permettait de voir en dessous.

Vue en plongée. On peut noter la verrière permettant une vision sur 360° autour du pilote (fait rare à l’époque). Une vitre située sous le fuselage permettait de voir en dessous.

Une utilisation pas loin du contre-emploi :

Malheureusement pour ces pilotes, le LN 401 fut utilisé au-dessus des terres, dans un espace aérien maitrisé par l’aviation allemande et la Flak (et sans escorte de chasse). En effet, fin mai 1940, la France tenta d’endiguer l’avancée allemande avec tout ce qu'elle avait, y compris des hydravions torpilleurs ! Si la première mission des bombardiers en piqué de la marine se passe bien, les deux suivantes sont un carnage, surtout à cause de la Flak (11 machines perdues, autant d’endommagées sur 23 en compte). Les LN 401 et leurs cousins 411 finirent leur carrière sans gloire au-dessus de la Méditerranée face aux armées italiennes, avant de disparaître dans la tourmente entre 1942 et 1943.

Ce qu'explique bien le rapport du CF Laîné c'est que les pertes faramineuses ne sont pas nécessairement dû à un avion mauvais, mais bien à une utilisation hors des clous : "Si ces escadrilles connurent, en temps de guerre, des pertes anormalements élévées (50% des effectifs à chauqe mission importante), c'est que faute d'autres moyens et pour arrêter la ruée allemande, elles furent engagées dans des conditions très différentes de celles pour lesquelles leurs appareils avaient été conçus." Mais l'officier reconnait que l'armement de l'appareil et la puissance de son moteur, donc ses performances en matière de vitesse (240 km/h en croisière !), étaient trop faibles. De même, la protection du pilote, installée après livraison, était, selon lui, toute symbolique. Bref, les LN 401 et 411 n'était pas adapté à la guerre au-dessus des terres et l'armée de l'AIr eu bien raison de rejeter les LN 411 qu'elles avaient imprudemment commandés.

Le pont d'Origny-Sainte-Benoite enjambant le canal de la Sambre à L'Oise. Le 21 mai 1940, les 3 LN envoyés évitent les chasseurs allemands et détruisent ce pont, perdant un des leurs.

Le pont d'Origny-Sainte-Benoite enjambant le canal de la Sambre à L'Oise. Le 21 mai 1940, les 3 LN envoyés évitent les chasseurs allemands et détruisent ce pont, perdant un des leurs.

Les LN 401 et 411 étaient-ils nécessaires ?

Avait-on besoin d'un appareil comme le LN 401 ? Tel quel, non, parce que nous étions incapable d'assurer sa protection contre la chasse allemande, d'ailleurs le CF Lainé ne s'y trompe pas lorsqu'il affirme : "j'estime que les bombes des Loire-Nieuport, rendus à la verticales de leur objectif, coûtaient trop cher pour le mal qu'elles pouvaient faire". Un appareil en piqué avec un moteur puissant, comme les Gnome & Rhône 14N de près de 1 000 ch ou le Hispano-Suiza 12Y-51 de 1 100 ch, un armement défensif et un blindage adéquats eut en revanche été très utile au-dessus du champ de bataille. Toutefois, il ne faut pas oublier que les moteurs sortaient d'usine à une cadence moindre que celle des appareils ; donc équiper tous nos modèles des mêmes groupes motopropulseurs performants était impossible. Ajoutons qu'un tel appareil avec les procédures d'emploi en vigueur à l'époque n'aurait eu que peu d'influence, car au moment d'effectuer la mission, celle-ci aurait déjà été caduque à cause de la lenteur de la transmission des informations et des ordres.

D'autre part, l’absence de porte-avion “apte” au combat rendait l’utilité d’une aviation embarquée plus que douteuse. Restait la défense côtière face à l’attaque d’une flotte de guerre ou une offensive sous-marine, ou la défense des lignes méditerranéennes entre la métropole et l’AFN mais les hydravions torpilleurs Latécoère 298 ne remplissaient-ils pas déjà ce rôle ? En réalité, avec le LN 401, la France mit la charrue avant les bœufs car disposer d’une aviation embarquée moderne ne lui aurait servit à rien sans le(s) porte-avion(s) qui allai(en)t avec. Il aurait sans doute été plus judicieux pour la Marine de privilégier le développement de ces chasseurs afin d'apporter une aide substancielle à l'armée de l'Air ou, au moins, de développer une éventuelle aviation embarquée capable d'intervenir réellement sur le champ de bataille terrestre, en attendant de pouvoir le faire en mer.

MàJ le 10/11/2016, le 11/11/16, le 07/03/17, le 20/03/17 et le 11/04/17

Sources :

  • Anonyme, Bombardement en piqué ou bombardement en vol horizontal ?, in L'Aérophile de mars 1936
  • Ba. P., Une nouvelle méthode : le "bombardement en piqué", in Les Ailes n°669 du 12 avril 1934
  • Laîné (CF), Renseignement sur l'escadrille AB 4, in Rapport fait au nom de la commission chargée d'enquêter sur els évènements survenus en France de 1933 à 1945 partie 1 à 4
  • Lenoir M, Bombardement Aérien, in L'Aérophile de mai 1936
  • Prudhomme A., Les bombardiers en piqué Loire-Nieuport, éditions TMA 2005

Publié dans Bombardement

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