Brewster Buffalo

Publié le par RL

Le Brewster Buffalo, ce "gros mauvais" !

Il est des avions qui trainent une mauvaise réputation derrière eux et que l'on retrouve proposés dans les sujets du type "Quel fut le plus mauvais ?". Le Brewster Buffalo a le douteux honneur d'être de ceux là, parce qu'étrillé par l'aviation japonaise lors de la désastreuse première année de la campagne du Pacifique. Pourtant, le tableau est loin d'être aussi sombre.

Les premiers combat du Buffalo vont avoir lieu en Europe, entre les appareils finlandais de la Lentolaivue 24 et les chasseurs de l'Armée Rouge. La version finlandaise est très proche du F2A-1 américain et donnera pleinement satisfaction aux pilotes finnois. Il faut dire que, sur le front de l'Est, les combats aériens se déroulent souvent à basse altitude où l'appareil montre tout son potentiel ; de plus le climat local limite la surchauffe du moteur. Même avec la hausse du niveau des pilotes soviétiques et l'amélioration de leur matériel, les B339 finlandais ne subiront jamais l'hécatombe vécue dans le Pacifique.

Un Brewster B339 finlandais en vol durant la guerre de Continuation (image tombée dans le domaine public, origine : http://www.sci.fi/~fta/FAFhist.ht

Un Brewster B339 finlandais en vol durant la guerre de Continuation (image tombée dans le domaine public, origine : http://www.sci.fi/~fta/FAFhist.ht

En fait, sur le front du Pacifique  la situation est inversée. Les pilotes japonais sont aguerris par le conflit avec la Chine (débutée en 1937) alors que les unités alliées ne le sont pas (certaines unités sont de constitution très récente). Cela n'empêchera pas certains pilotes, comme le Sergeant Geoff Fisquen, de mettre au point des tactiques adéquates face aux chasseurs japonnais plus agiles : piquer sur sa victime, tirer une rafale de quelques secondes et fuir en piqué (le Buffalo distançait facilement les Zéro et Ki 43 dans ce domaine de vol).

Malheureusement, le service de gué ne permet pas aux appareils de décoller suffisamment tôt pour se placer idéalement et, bien souvent, les Buffalo seront coiffés par l'escorte des bombardiers, parfois jute après le décollage. De plus, les alliés ne disposent pas de la meilleure version du chasseur de Brewster. Par exemple, les Marines de la VMF 211, qui se feront proprement étriller dans la défense de Midway, volent sur le F2A-3, la version la moins performante, car alourdie, entre autre, par le blindage et des réservoirs auto-obturant - sujets à de nombreuses fuites par ailleurs. Du point de vue de l'armement, il est plus puissant que celui des appareils finlandais, mais les mitrailleuses s'enrayent facilement ; les deux mitrailleuses alaires sont même parfois inutilisable à cause de connections électriques défaillantes !

AMERICAN AIRCRAFT IN RAF SERVICE 1939-1945: BREWSTER MODEL 339 BUFFALO.
Les Brewster Buffalo Mk I du No. 453 Sqn à Sembawang (Singapour).© IWM (CF 766)

Le Buffalo ne fut donc pas la "daube" que l'on essaie parfois de nous présenter. Facile et agréable à piloter, entre de bonnes mains, avec les tactiques adéquates, il pouvait tenir tête aux adversaires qu'il rencontra. Certes, ce chasseur manquait surtout d'un moteur suffisamment puissant et doté d'un compresseur à deux étages ainsi que d'un système d'arme fiable (voir d'une aile à la conception repensée), pour montrer pleinement ses capacités. Mais il fut surtout plus victime de l'impréparation des alliés que de ses faiblesses ; dans pareilles conditions le Spitire eut-il fait mieux ?

Sources :
Couston J-L, Le Brewster Buffalo, Proflis Avions n°8, Lela Presse 2004

Publié dans Aparté

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