Ancien contre modernes II

Publié le par Romain Lebourg

L'ancien contre les modernes II (le Retour)

Je vais revenir sur le premier article que j'ai consacré à l'aviation de renseignement. Ce texte relatait le combat d'un Potez 25 du GAO 2/508 contre deux Messerschmitt Bf 109 du I./JG 53. Or j'ai pu avoir accès aux archives du GAO en question et à un rapport de l'observateur, le lieutenant Pierre Lequeu. Cela m'a permis de répondre à certaines de mes interrogations.

Les JMO consultés :

L'incident que j'ai relaté n'est pas passé inaperçu. Tout d'abord, il est repris dans le journal de marche et d'opérations (JMO) des FA 103, qui chapeautait les forces aériennes du corps d'armée colonial (CAC). L'information est assez intéressante, car nous apprenons aussi que ce combat a été à l'origine - bien malgré lui, je pense - d'une rumeur :

"Reçu un message téléphoné du C.R. signalant que deux avions monoplaces allemands ont bombardé le fort de Métrich et descendu un avion français qui a atterri sur le terrain de Basse-Yutz."

Évidement, l'ouvrage de Métrich, un des plus gros de la ligne Maginot, n'a subit aucune attaque aérienne, comme le prouvera la vérification faite par deux officiers des FA 103...

 

Pour mémoire, le Potez 25 n°1700 avec son jumelage de mitrailleuses Lewis. Il manque la mitrailleuse de plancher.

Pour mémoire, le Potez 25 n°1700 avec son jumelage de mitrailleuses Lewis. Il manque la mitrailleuse de plancher.

Le JMO du GAO 2/508 est plus intéressant sur l'incident. Nous apprenons en effet que l'appareil effectuait une mission de reconnaissance à vue d'entraînement. Cela peut expliquer l'utilisation d'un Potez 25. Même si les performances étaient similaires, il était sans doute préférables d'économiser les 7 Breguet 270. D'autant plus que, selon le JMO des FA 103, les forces aériennes du CAC (FACA 22) ordonnèrent 4 autres missions, dont au moins une reconnaissance photographique. Il est donc possible que le parc de Breguet 270 disponible n'ait pas été suffisant pour assurer les 5 missions demandées et qu'il ait donc fallut "puiser" dans celui des Potez 25 (5 avions en compte). Voilà qui permet donc d'apporter des réponses à mon interrogation sur le choix de l'appareil.

Un rapport de combat !

Mais les JMO restent un peu secs. Ils ne donnent que peu de précisions sur le secteur survolé par l'appareil, sinon qu'il fut attaqué au-dessus d'Elzange. Heureusement l'observateur a rédigé un rapport suite à ce combat. Et ce dernier a été conservé !

Ce document permet d'apprécier le trajet de l'appareil, qui devait survoler la ligne Maginot. Lorsqu'il s'est fait attaqué, il était en arrière de l'itinéraire prévu, comme le montre la carte suivante :

On peut d'ailleurs constaté que le Potez évoluait très en arrière de la frontière(il ne devait pas s'approcher à plus de 6 km des lignes). Ce point n'était pas évident, au vu des premières informations que je possédais. Une question vient donc : savait-on que les chasseurs allemands pouvaient rôder si loin de leurs terre ? Apparemment c'est le premier appareil attaqué si profondément sur le territoire national.

Le document, rédigé le jour-même de l'attaque, apporte deux autres précisions importantes :

  • D'abord, s'il y avait bien deux chasseurs allemands, un seul attaqua le sesquiplan français.
  • Ensuite, l'analyse des dégâts par l'adjoint du commandant des FACA 22 mit en lumière que l'appareil avait reçu des obus ! Il semble donc qu'il fut la victime d'un des premiers Messerschmitt Bf 109 E-3, la première version opérationnelle du célèbre chasseur armée de canon de 20 mm. 

Ainsi, grâce à la consultation des archives encore disponibles, j'ai pu répondre aux questions que je me posais. J'ai également eu accès à des informations complémentaires qui m'ont permis d'avoir une meilleur connaissance du combat aérien en question. Il apparaît donc que l'utilisation d'un Potez 25 pour cette mission n'était nécessaire saugrenue car :

  • c'était une mission d'entraînement ;
  • elle avait lieu assez loin de la frontière et, à priori des lignes ;
  • la chasse allemande ne s'était pas encore aventurer si loin dans nos terres.

L'infortuné bimoteur et son pilote (Lt Raymond Lambert) jouèrent donc de malchance, ce jour-là.

Depuis le temps qu'on en parle, le voilà enfin : le Messerschmitt Bf 109 dans sa version E-3 !

Depuis le temps qu'on en parle, le voilà enfin : le Messerschmitt Bf 109 dans sa version E-3 !

Sources :

  • Journal de marche et d'opérations du GAO 2/508, Carton AI G3889
  • Rapport du Lt lequeu daté du 27 septembre 1939, Carton AI G3889
  • Journal de marche et d'opérations des FA 103, Carton AI 2D60
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