Ardennes, point de chute ?

Publié le par RL

Les Ardennes auraient-elle pu être mieux défendues ?

Sedan, dans un méandre de la Meuse, est une des dernières villes avant la frontière avec la Belgique. En mai 1940, elle se retrouve bien malgré elle, être la porte d'entrée des chars allemands en France. La cuisante défaite (pour l'armée française) qui s'en suivit a marqué les esprits, de même qu'un mythe attribué à nos généraux : celui des Ardennes infranchissables.

En fait le problème remonte à 1934, lorsque le MdF Pétain, alors ministre de la Guerre, décrit, devant le la Commission de l'armée du Sénat, les Ardennes comme impénétrables si on y fait des aménagement spéciaux. Pour le ministre Pétain, le secteur n'[était] pas dangeureux parce qu'il était dénué de profondeur et que, si l'ennemi venait à attaquer par cette région, on le repincera[it] à la sortie des forêts. C'est certainement la conclusion de ce paragraphe (secteur non dangereux) qui sera retenu, car l'histoire montre que l'on ne repincera pas les allemands en mai 1940, faute de moyens pour le faire.

Les aviateurs français avaient pourtant bien vu !

La 1° division aérienne, première à lever le lièvre :

Après la tombée de la nuit, le 11 mai, deux Amiot 143 furent envoyés en reconnaissance nocturne sur l'Allemagne et la Belgique. Un appareil, du GB I/38, qui devait survoler le secteur Spa - Euskirchen - Bastogne - Neufchâteau, repèra une colonne de 80 km entre Prüm et Euskirchen : elle roulait tous feux allumés ! L'appareil du GB II/38, qui opèrait dans le secteur de Trèves, repèra des élémentss similaires ! Les Ardennes semblaient être la destination de ses unités motorisées. Ces renseignements s'ils n'empêchèrent pas le bombardement (raté) du terrain de Bonn/Hangelar par neuf autres Amiot du Groupement n°10, furent transmis au PC de la 1° Div Aé, dont dépendant le Groupement. Mais il semblerait qu'on perde ensuite leur trace...

Mais cette même nuit, un Potez 63-11 du GR II/33, le groupe de grande reconnaissance de la 1° Div Aé repèra également les chars allemands. De même, les véhicules allemands roulaient tous feux allumés en pleine forêt Ardenaise vers Malmédy et Saint-With, entre autres. Au retour le rapport du Cne Audienne fut transmis par le Cdt Alias au PC de la 1° Div Aé. Après avoir suivi la (longue et rotueuse) voie administrative, les renseignements parvinrent au 2° Bureau (renseignement) de la IX° Armée mais ils ne furent pas pris en compte.

Le lendemain à 9h30, un autre Potez 63-11 fut envoyé sur le secteur Chimay - Dinant - vallée de la Liesse - Rochefort - Marche-lez-Dames - Givet - Fumay - Monthermé. L'observateur, le Lt Chéry, était un officier des chars de combat. L'équipage français découvrit avec stupeur de nouveaux blindés allemands dans la région ardenaise, entre Marche-lez-Dames et Geddine, et se fit copieusement arroser par le Flak. D'autre part, des ponts détruits sur la Lhomme avient été réparés par l'ennemi et ceux sur la Meuse étaient intacts ! La deuxième colonne survolée, sur la route de Libramont, eut raison de la curioisté du bimoteur français et l'obligea à rentrer prématurément ; Bien que blessé, le Lt Chéry transmit directement par téléphone ses renseignements au 2° Bureau de la IX° Armée, après qu'Alias ait constaté l'incrédulité de son ancien camarade de lycée, le Cdt Ostteing ; peine perdue, ils furent accueillis avec dédain, voire moquerie, malgré les efforts de l'officier observateur.

L'action des aviations des II° et IX° Armée :

La défense du secteur de Sedan était duressort de la II° Armée. Le 10 mai 1940, au moment de l'attaque allemande sur le futur Benelux, deux unités de l'armée de l'Air étaient rattachées à cette armée, sous le commandement des FA 102 :

  • Le GC I/5, qui évoluait sur Curtiss H-75 (25/29) ;
  • Le GR II/22, équipé de bimoteur Potez 63-11 (7/8).

Le 12 mai à 9h00, un Potez du GR II/22 décolla de Châtel-Chéhéry avec pour mission de reconnaître et photographier les franchissements allemands de la Semois, à Bouillon. L'observateur, le Lt Saint-Genis, nota qu'à Bouillon, de nombreux convois ennemis [étaient] sur les routes ; nous [revînmes] au terrain avec des photos très intéressantes. L'avion a également été la cible de la Flak mais elle n'est parvenue à loger qu'une balle dans sa queue.

Les Ardennes belges étaient également le champs d'action de la IX° Armée du GA Corap ; son armée devait défendre la rive gauche de la Meuse jusqu'à Namur, après avoir ralentit l'avance allemande avec ces unités de la Cavalerie. Le 11 mai, un Potez de son groupe de reconnaissance, le GR II/52,  fut victime d'une salve de mitrailleuse lors d'une misison au-dessus des Ardennes belges et dût se poser sur le ventre au nord-est de Vouziers (l'observateur fut grièvement blessé). Le lendemain, un autre appareil ramena des preuves de l'avancée allemande dans les Ardennes. Mais elles furent victimes de la même dérision que celle ramenée par le GR II/33, puisqu'examinées par les mêmes officiers ! Il est intéressant de se demander, comment ils ont put ainsi négliger des informations provenant de deux groupes aériens différents et indépendants.

Le rapport d'Astier de la Vigerie :

Le 12 mai, suite aux diverses aux observations des unités de l'armée de l'Air au-dessus des Ardennes, le GCA d'Astier de la Vigerie, le commandant de la ZOAN, rédigea un rapport  qui mentionnait un effort important dans la région des Ardennes en direction de l'Ouest et des éléments de ponts mobiles. Pour ce général de l'armée de l'Air, on [pouvait] conclure à un effort ennemi très sérieux en direction de la Meuse. Lorsqu'il téléphone cela aux GA Georges et Billotte, ces derniers de prennent pas en compte ces remarques. Gamelin, qui avait precrit des reconnaissances aériennes le 12, ne tient pas plus compte des observations du général aviateur : l'avaition de bombardement, techniquement sous les ordres du GCA Tétu et non d'Astier, doit se concentrer sur le canal Albert et la Dyle, où la situation semble préoccupante.

Les reconnaissances aériennes se poursuivent :

Le 13 mai en milieu de matinée, alors que les allemands s'apprètaient à traverser la Meuse en divers endroits, dont Sedan, un Potez 637 du GR II/33 fut envoyé sur le secteur de Sedan et la rive nord de la Semois pour vérifier si des blindés repérés le 11 mai s'y trouvaient. L'observateur était le Cne Vesin, un officier d'infanterie. L'appareil français fut touché par la Flak au-dessus de Sedan. Puis il fut attaqué par neuf Bf 109 du I./JG 76 escortant un Hs 126, qui vennait de croiser la route du bimoteur français. Après une lutte sans merci, l'appareil français fut abattu par l'Oblt. Hrabrak et effectua un atterrissage forcé près d'une unité française devant prendre position... au nord de la Semois !

Dans l'après-midi, le Lt Saint-Genis était de nouveau sur la brêche. Cette fois l'avion fut tiré avant d'avoir franchi la Meuse. Des bombardiers allemands furent aperçus en train de bombarder Sedan et alentours. Trois des chasseurs de l'escortes menacèrent même le Potez qui dut se cacher dans les nuages et ne pas quitter cet abri pour rentrer. Toutefois, d'autres photos de convois furent ramenées. Le soir, le groupe reçut l'ordre de se tenir prêt à partir ! Les défense de Huntziger étaient-elles sur le point de tomber ?

En début soirée, le GAO 510, l'unité aérienne rattachée au 10° CA defandant Sedan, envoya également un Potez en reconnaissance au-dessus de Grivonne. L'appareil fut intercepté par la 3./JG 53 et abattu par le Lnt. Fischer au-dessus de Chérrières ; il tomba à Moulin-Coquet, observateur et mitrailleur blessés. Dans la nuit, un Potez GR II/52 s'écrasa au décollage, tuant son équipage.

Il semble toutefois que des éléments probant de l'attaque allemande sur la Meuse devaient donc remontés, même si les missions interrompues par la chasse allemande ne purent permettre de livrer des informations complètes sur son dispositif.

    Les aviateurs belges cloués au sol ?

    L'aviation belge dans le secteur

    Le Groupement K, chargé de combats retardateurs dans les Ardennes, était composé de la 1° division de Cavalerie et de la 1° division de Chasseurs Ardenais, une troupe d'élite spécialement formée pour défendre le massif avant le changement de plan. Ce groupement était soutenu par deux escadrilles d'observation et de reconnaissance :

    • la 7/IV/1 Aé, équipée de Fairey Fox VI.C et patragée avec le VII° CA ;
    • la 7/III/3 Aé, équipée elle aussi de Fairey Fox VI.C.

    Contrairement à ce que pensaient encore les français, le groupement K n'a pas vocation à défendre les Ardennes, mais à effectuer des combats retardateurs en se repliant le plus vite possible vers la rive gauche de la Meuse, laissant le massif sans défense, autre que les unités de Cavalerie françaises qui s'y aventurèrent. D'ailleurs, les appareils d'observation belges ne se risquèrent pas au-dessus de ce secteur, mais opèrèrent plus au nord.

    Les missions de l'aéronautique militaire dans les Ardennes

    Le matin du 10 mai, sept des dix appareils de la 7/III/3 Aé furent détruits au sol à Schaffen par un bombardement allemand. La 7/IV/1 Aé fut plus chanceuse et ses sept Fox rallièrent Lonzée ; ils furent rejoints par deux appareils survivant de la 7/III/3 Aé et les moyens aériens furent patagés. Mais les deux escadrilles belges n'effectuèrent aucune mission avant le 12 mai !

    Les deux premières missions furent effectuées au profit du VII° CA et visaient le secteur nord de la Meuse et les routes amenant vers Namur. Les deux Fairey de la 7/III/3 Aé furent touchés par des tirs amis. Un troisième Fox, de la 7/IV/1 Aé, repartit à 9h00 pour le secteur Gembloux - Hannut - Huy - Namur. Les allemands furent repérés sur deux routes, notemment des chars (propbablement de la 4. PzDiv) sur le N40 (Braives - Waremmes). Une quatrième mission fut effectuée par la 7/IV/1 Aé à partir de 9h10. Après quarante minutes, l'appareil rentra troué comme une passoire après avoir repéré les chars allemands sur la route Baillonville - Marche - Pessoux. Un dernier Fox, de la 7/III/3 Aé décolla à 11h12 mais, entre Braives et Orval, il fut attaqué puis abattu par quatre MS-406 du GC III/2, qui le confondirent avec un Hs 126. Entre temps, un ordre de repli était arrivé et mit fin aux missions pour la journée.

    Le lendemain, une seule mission fut effectuée depuis le terrain de Piéton : il fallait s'assurer de la présence de blindés allemands sur la route Marche-lez-Dames - Namur. Aucune force ennemie ne fut observée mais l'appareil de la 7/IV/1 Aé fut abattu par la DCA, au-dessus des Fontaines et atterrit en catastrophe près de Belgrade. Aucune autre mission en fut mené avnt le 15 mai dans le secteur, d'autant que la 7/III/3 Aé avait eté mutée à Aeltre et regroupée avec la 5/III/3 Aé.

    Nous ignorons si les résultats des reconnaissance belges furent fournis aux autorités françaises (au moins le GA Billotte commandant le GA 1) ni s'ils furent alors pris en considération.Toutefois, mentionnons que ces renseignements concernait les divisions blindés les plus au nord de l'attaque sur la Meuse.

    La faillite de l'armée de Terre ?

    La faille dans la défense française :

    Avant-guerre, la vulnérabilité du secteur de Sedan avait été démontrée. En 1933, lorsqu'on sollicita l'avis du ministre de la Guerre britannique pour savoir comment utiliser les formations blindés dont il était le pionnier, il proposa une contre-attaque par les Ardennes à l'offensive française en Allemagne. Mais, pour les généraux français, les chars ne pouvaient traverser le massif. L'hiver suivant, un exercice d'état-major démontra que, si l'attaque allemande avait lieu par surprise dans les Ardennes, il ne leur faudrait que 48h pour être en mesure de fondre sur Paris ! Pourtant, on estima qu'il nous restait un delai de 15 jours, suffisant pour monter une contre-offensive avec les unités issues de la mobilisation.

    Avec l'arrivée du GA Gamelin à la vice-présidence du Conseil Supérieur de Guerre (CSG), le secteur retomba dans l'oubli et ce n'est qu'en 1937 et 38 que de nouveux cris d'alarme furent émis. Ce fut d'abord de commandant des char de la II° Armée, le Col Bourguignon (il sera promu GB le 18 septembre 1937), qui rédigea un rapport sur les dispositions de la région pour les grandes unités de chars. Il reconnaissait que le réseau routier très développé et de qualité était un atout pour leur progression à travers le massif, en particulier le secteur de la Semois. L'année suivante, entre mai et juin, le GA Prételat organisa un exercice d'état-major pour évaluer les conditions et possibilités de résistance de la II° Armée, qu'il était amené à commander en temps de guerre, en cas d'attaque brusquée de l'armée allemande. Assez prémonitoirement, Prételat négligea les destructions dans les Ardennes belges et agit comme le fera Guderian en mai 1940 ; son résultat était inquiétant : la position français ne tenait pas plus de quelques heures !

    Gamelin prit cette initiative comme une atteinte à son autorité et railla sèchement son subordonée. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle, lorsque le GA Prételat reçut finalment le commandement du GA 2, la II° Armée fut placée sous l'autorité du GA 1, chargé d'entrer en Belgique. Le commandement de la II° Armée échut au GA Huntziger, qui ne considérait pas Sedan comme un point sensible de son dispositif.

    La défense du secteur de Sedan négligée :

    La defense de Sedan était du ressort au 10° CA du GCA Gransard. Pour ce dernier, Sedan était à l'abri d'une attaque allemande grâce à la géographie locale : le général jugeait le terrain propice à la défense et concentra donc les efforts pour renforcer les fortification le long de la Chiers, dont il jugeait le terrain plus difficile à défendre. Il était soutenu en cela par son supérieur, le GA Huntziger qui déclarait encore, le 7 mai, qu'une attaque sur Sedan était improbable. Le secteur était alors tenu par une division de série B : la 55° DI. Seuls 42 abris Barbeyrac étaient alors à disposition des fantassins, une majorité de réservistes, pour se battre. Cette faiblesse n'échappa pas aux reconnaissances aériennes allemandes... ni à un de nos députés.

    Suite à sa visite du front début mars 1940, le député Pierre Taittinger adressa un rapport à Édouard Daladier, le Président du Conseil (et ministre de la Défense Nationale et de la Guerre). Ce document étaitt très critique sur la situation de la II° Armée. Pour le député, on compt[ait] beaucoup sur la forêt des Ardennes et sur la Meuse pour protéger Sedan, donnant peut-être à ces obstacles naturels une importance exagérée. Les fortifications qu'il avait fut n'avaient rien à voir avec celle terminant la ligne Maginot, à Montmédy.

    Si l'on en croit le contre-rapport de Huntziger, la défense du secteur était confiée à de petits blockhaus qui ne pouvaient abriter que des armes d'infanterie (canon anti-char de 25 mm, mitrailleuses ou fusil-mitrailleurs) à l'exception de... trois  qui accueillaient des pièces d'artillerie ! Tous n'étaient pas achevés, l'hiver ayant ralenti l'entreprise. Dans la vallée de la Semois, des maisons-fortes étaient chargés de ralentir un ennemi en cas d'attaque brusquée. Pour Hunziger, Taittinger était passé trop vite et se fourvoyait largement ; seul la faiblesse de la DCA étai admise, mais l'officier général se déchargait de toute responsabilité dans l'affaire.

    Le général terminait son rapport ainsi :

    "J'estime qu'il n'y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan, qui ainsi qu'il est demandé, se poursuit, sous la direction du général commandant le Xe Corps d'armée, avec énergie et avec tous les moyens en matériel et en personnel qui peuvent être mis en oeuvre."

    Une mésentente avec les Belges :

    Dès le printemps 1924, à l'occasion d'un voyage d'état-major, la possibilité que les Ardennes fussent traversées par les chars ennemis apparut aux Belges. Mais il fallut attendre qu'Albert Devèze obtienne le portefeuille de la Défense Nationale pour que la défense du secteur soit envisagée sérieusement sur deux axes :

    • création du corps d'élite des Chasseurs Ardenais ;
    • construction de la "ligne Devèze" : 300 abris bétonnés servant de points d'appui à l'infanterie.

    Mais ce plan, entrepris de 1934 à 1936, se heurta à une autre conception de la défense de la Belgique, faisant de la Meuse la première ligne de résitance à une invasion allemande. Et c'est cette dernière qui finira par l'emporter, notemment suite aux manoeuvres des Chasseurs Ardenais de l'été 1937 et de 1938 : désormais les Chasseurs Ardenais devaient mener non pas une "résistance sans esprit de recul" mais des combats rétardateurs jusqu'à la Meuse, derrière laquelle le gros de l'armée attendrait l'ennemi pour l'y arrêter.

    Mais entre-temps, en octobre 1936, le roi des Bleges Léopold III avait déclaré la neutralité de son pays. Deux jour après l'annonce, le GA Gamelin préconisa, dans une note sur la situation, de prolonger la ligne de Maginot jusqu'à la mer du Nord. Les conversation d'état-major entre les deux chefs d'armée furent maintenues mais avec une grande discrétion et il semble qu'elles n'effaceront pas les malentendus. En tout cas, le GA Doumenc, major-général au GQG, déplora l'absence quasi totale de collaboration entre les deux états-majors. Pour les Belges, c'étaitt aux français d'assurer la défense des Ardennes et inversement... chacun ignora bel et bien les plans de l'autre et, dans une certaine mesure, les gèna !

    Une mauvaise prise en compte des observations :

    Les blindés allemands ont été accrochés par la Cavalerie française, dès le 10 mai 1940 ! Mais cette dernière avait sans doute décroché trop vite pour fixer plus d'éléments ennemis (la 3° DLC entra au Luxembourg le matin du 10 mai et en repartit... le soir même). Elle n'a, de plus, souvent été accrochées que par les seuls éléments de tête des divisions allemandes, jamais par le gros. Ce faisant, les renseignements terrestres aux mains du 2° Bureau de la IX° Armée étaient insuffisants pour conclure à un véritable danger le 12 mai.

    Mais il est vrai que les constats de la 5° DLC, rattachée à la II° Armée, avaient également été pris avec légèreté. Dès le 11 mai, le 2° Bureau de l'État-major de l'Armée (EMA) était informé de vifs engagement avec appui de chars dans le secteur de Neufchâteau, qui faisait partie de la zone de déploiement de cette II° Armée. Même si, le 12 mai, le GA Gamelin a tout de même prescrit des reconnaissances aériennes dans les Ardennes au GAA Vuilemain, on a vu ce qu'il en fut pensé. Au soir du 12 mai, parmi les trois axes de progression allemands identifiés, si le 2° Bureau de l'EMA identifiait clairement celui visant la Meuse et Sedan, il était alors incapable de déterminer lequel des trois pourrait être prépondérant ; seule la situation de la VII° Armée, envoyée sur la Dyle, semblait alors préoccupante. Pourtant d'autres renseignements datant d'avant l'offensive allemande, comme l'intérêt des espions allemands pour les routes partant de Sedan et les conclusions d'autres services de renseignement étrangers étaient en possession du 2° Bureau et pointaient la région de Sedan comme point principal de l'effort allemand!

    Le 13 mai, la Meuse était franchie, dans la matinée à Houx, dans le secteur de la IX° Armée, et Sedan attaqué dans l'après-midi. Si l'EMA fut informé de la première action, la seconde restait ignorée le 13 mai au soir ! Comment le croire ? Différentes explication sont avencé par le Col Pierre le Goyet dans son ouvrage, Le mystère Gamelin :

    • Mauvaise organisation des transmissions ;
    • Interprétation inexacte du GA Huntziger ;
    • Fractionnement du 2° Bureau de l'EMA entre Montry (Forces terrestre) et la Ferté-sous-Jouarre (GQG du GA Georges).

    Conclusion :

    Et les informations tombant le 14 mai ne furent pas plus alarmantes... D'aucuns, comme J-P Richardot, ont été tenté de qualifier Huntziger de meilleur allié des allemands. Force est de constater que la faillite de l'armée française dans les Ardennes prend ses racines dans les évènements d'avant-guerre, mais aussi dans l'aveuglement, à plusieurs titres, de ses chefs en mai 1940. Il est toujours facile de juger après coup mais on ne peut que constater que les mêmes idées fixes (et fausses) étaient répandues et ont polluées la réflexion des officiers d'état-major, aux différents échelons.

    Sources :

    • Bastin E, De Vos L, L'évolution des plans et de la préparation de l'armée belge dans les dernières années de l'entre-deux-guerres, in Martens S et Prauser S (dir), La guerre de 1940 se battre, subir, se souvenir, Septentrion 2014, pp 63 à 76
    • Comas M, La campagne de France (1° partie) - La bataille du Nord, Batailles Aériennes n°7, 1999, p 28
    • Ehrengardt C-J, Le Potez 637 - les yeux de Gamelin, in Aérojournal n°2, 2008, p 12
    • Frieser K-H, Le mythe de la guerre-éclair - La campagne de l'Ouest de 1940, Belin, 2003, pp 150-162
    • Goyet (Le) P, Le mystère Gamelin, Presse de la CIté, 1975, pp 217 à 224 et 309 à 319
    • Guelton F, Comprendre la défaite : "Les forêts des Ardennes sont impénétrables...", in Martens S et Prauser S (dir), La guerre de 1940 se battre, subir, se souvenir, Septentrion 2014, pp 77 à 86
    • Richardot J-P, 100 000 morts oubliés - la bataille de France 1à mai-25 juin 1940, Le cherche midi 2009, pp 106 et 107, 112 et 113
    • Saint-Genis L., Le début de la poche de Sedan, in Icare n°59, 1971, p 102
    • Taghon P, L'aéronautique militaire belge en mai-juin 1940, Avions HS n°18, 2006, pp 28 à 31 et 95 à 97
    • Extrait concernant la II° Armée du rapport du ? mars 1940 de M. Pierre Taittinger à M le Président du Conseil, cité par le Rapport fait au nom de la Commission chargée d'enquêter sur les éléments survenus en France de 1933 à 1945 par Georges Serre, 1951, pp 359 et 360
    • Rapport du GA Charles Huntziger du 8 avril 1940 adressé au Général commandant en chef sur le front nord-est, cité par le Rapport fait au nom de la Commission chargée d'enquêter sur les éléments survenus en France de 1933 à 1945 par Georges Serre, 1951, pp 361 et 362
    • forum ATF 40 (les reconnaissances des 11 et 12 mai).
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