Armée de l'air sous tutelle

Publié le par Romain Lebourg

L'armée de l'Air sous tutelle

Le 26 février 1940, l'armée de l'Air retrouvait la position de l'Aéronautique durant la Grande Guerre !

Article initialement publié sur le site du Collectif France 40, le 26 mars 2020.

Une organisation qui se cherche :

L'organisation de l'armée de l'Air a fait l'objet de plusieurs remaniements durant la Drôle de Guerre. En septembre, le commandement des forces aériennes mises à disposition des armées terrestres est dissout. Pour modeler l'organisation sur celle de l'armée de Terre, les zones d'opérations aériennes (ZOA) sont créées, pour contrôler les unités agissant dans le secteur d'un groupe d'armées :

  • ZOA Est : groupe d'armées n°2 ;
  • ZOA Nord : groupe d'armées n°1 ;
  • ZOA Sud : groupe d'armées n°3.

L'échelon Armée aérienne devient équivalent d'un commandement du théâtre d'opérations. Or le commandant de la 1° armée aérienne, le général d'armée aérienne Henri Mouchard, est un rival du commandant en chef de l'armée de l'Air, le général d'armée aérienne Joseph Vuillemin. Le 26 février, les armées aériennes sont donc dissoutes :

  • la 5° armée aérienne devient commandement des forces aériennes et forces terrestres contre aéronefs d'Afrique Française du Nord ;
  • la 3° armée aérienne cède la place à une ZOA des Alpes ;
  • la 1° armée aérienne disparaît corps et bien et son commandant est mis en disponibilité !

Toutefois, Joseph Vuillemin doit aussi composer avec les récriminations répétées de l'armée de Terre. Cette dernière reproche à l'armée de l'Air de ne pas lui allouer suffisamment de moyens et se plaint de la qualité du matériel !

Les moyens aériens des groupes aériens d'observation seront l'objet d'inquiétudes du commandement terrestre.

Les moyens aériens des groupes aériens d'observation seront l'objet d'inquiétudes du commandement terrestre.

La recréation d'un commandement pour les unités de coopération :

Ce 26 février donc, décision est prise de mettre en place un commandement des forces aériennes de coopération (avec l'armée de Terre). Il est placé sous les ordres du général de corps aérien Marcel Tétu, auparavant commandant de la ZOA Est. Le Général Maurice Gamelin et son ministre de tutelle Édouard Daladier, sont loin d’être étrangers à ce “remaniement”. Le Général Alphonse Georges dût même l’accueillir avec intérêt.

Ce "nouveau" commandement contrôle directement les moyens aériens détachés ou mis à disposition de l'armée de Terre. Cela prive les ZOA, et donc le commandant en chef de l'armée de l'Air, d'une partie de leur moyens. Pour l’heure, seules les unités des aviations de chasse et de renseignements détachées aux armées terrestres sont concernées. Mais, dès le 10 mai 1940, ce sont toutes les unités au front de l’aviation de bombardement qui les rejoindront ! Même si l’armée de l’Air se devait de collaborer à la bataille terrestre, on peut imaginer qu’une utilisation différente aurait pu être faite de ses moyens... comme attaquer nuitamment les colonnes allemandes repérées dans les Ardennes - même si les résultats n’auraient vraisemblablement pas été à la hauteur des espérances que certains placent en elles. De plus, les unités de chasse restant à l’aviation réservée vont être progressivement siphonnées pour remplacer celles, étrillées, détachées aux armées.

Armée de l'air sous tutelle
Une décision condamnable :

De part cette décision, l’armée de l’Air a donc perdu toute raison d’être et cesse virtuellement d’exister en tant que force indépendante. Selon Patrick Facon :

 “le drame de l’armée de l’Air découle en partie de cette détestable organisation.” 

En effet, comme nous venons de le voir, l’armée de l’Air perd l’usage de ses moyens. Elle avait déjà été dépouillée de son indépendance stratégique en 1938, la voilà redevenue simple auxiliaire de l’armée de Terre... comme en 1914-18 !

Sources :
  • Facon P, L’histoire de l’Armée de l’air : une jeunesse tumultueuse (1880-1945), coll. Docavia, éd. Larivière 2004
  • Audition du Gal Alphonse Georges du 12 février 1948 par la Commission chargée d’enquêter sur les évènements survenus en France entre 1933 et 1945.

Publié dans Panorama

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