Armée de Terre et Aviation

Publié le par Romain Lebourg

L'Aviation vue par l'armée de Terre :

On peut souvent lire que, dans les années 30, l'armée de Terre et l'armée de l'Air se sont opposées sur le rôle de l'aviation. Dans le dernier numéro de la revue Batailles Aériennes, consacré aux combats aériens de l'année 1918, on peut lire une illustration de ce que l'armée de Terre attendait des moyens aériens, encore dans les années 30. Il s'agit d'un compte-rendu du commandant Boucher, chef de l'aéronautique de la IVe Armée ; l'action se situe en juillet 1918, lors de la dernière offensive allemande :

"Au cours de la journée [16 juillet 1918], les avions d'infanterie ont réussi sous la protection de l'aviation de chasse, à obtenir le jalonnement de la ligne occupée par l'infanterie chaque fois que le commandement l'a demandé. Les avions d'artillerie ont signalé aux batteries les colonnes ennemies en marche et les batteries en action, et ont réglé rapidement les tirs sur un grand nombre de ces objectifs. L'aviation de chasse, travaillant en liaison intime avec les aéronautiques de corps d'armée, renseignée par celles-ci sur la physionomie et le développement de la bataille, leur a permis d'accomplir toutes leurs missions avec le minimum de pertes. [...] L'aérostation a assuré en permanence l'observation du champ de bataille, donnant des indications précieuses sur le jalonnement de la ligne d’infanterie et signalant à l'artillerie de nombreux objectifs intéressants sur lesquels ont été exécutés des tirs efficaces."

Cité par MÉCHIN David in, 1918 la Grande Guerre des offensives allemandes à la victoire finale alliée, in Batailles Aériennes n°85 page 70

L'offensive allemande Friedensturm fut un échec complet, car éventée par les reconnaissances aériennes. Les Français purent ainsi se préparer à recevoir le choc. De plus nous profitâmes sans doute d'enseignements tirés des trois précédentes offensives allemande de l'année. Toujours est-il que, dans le cadre qui nous occupe, les troupes françaises sont dans une situation défensive, sur des positions préparée à l'avance. Exactement comme ce qui aurait dû être le cas (et l'a été dans le secteur de Sedan) lors de l'offensive allemande de 1940.

À lire les différents règlements et cours d'aéronautique disponibles sur Gallica, l'utilisation de l'aviation de coopération n'avait pas changée d'un iota, vingt ans après l’armistice. Cela explique les performances minimes, en matière de vitesse maximale par exemple, demandées à ces avions, malgré l'évolution de la technique. Dans ce domaine de l'art de la guerre, nos têtes pensantes avaient gardé les conceptions de la fin du conflit précédent pendant (trop) longtemps ; mais elles ont oublié un chose : la supériorité aérienne avait été, au préalable, gagnée par une masse de chasseurs regroupés en une force indépendante des armées et mobiles ! Ainsi, s'il n'existe que 9 escadrilles de renseignement de plus que d'escadrilles de chasse en décembre 1917, lors de l'offensive allemande de mars 1918, l'armée française met rapidement en œuvre 36 escadrilles de chasse pour seulement 14 de corps d'armée ! Pour la dernière offensive allemande, avec l'aide des Britanniques et des Américains, c'est un potentiel théorique de 1 003 chasseurs qui est rassemblé, face à 492 appareils allemands de la même catégorie. Et c'est grâce à cette maîtrise de l'Air que l'aviation de corps d'armée et de division a pu travailler aussi facilement.

Or, malgré ses succès, la Division Aérienne a été rapidement détricotée après la guerre et nous n'avons pas reformé de structures similaire en 1939-40. En outre, contrairement à ce qui était le cas en 1918, notre matériel aéronautique n'était pas supérieur à celui des autres belligérants. Nous n'avons tout simplement pas anticipé cette situation, alors que les problèmes de production aéronautique étaient connus et débattus, alors que l'excellence allemande était reconnue et même fantasmée. À ma connaissance, seul le nombre décroissant d'avions de coopération fut pris en compte avec l'introduction, par l'armée de l'Air, de la notion de rendement d'une mission et la hiérarchisation, par les stratèges de l'armée de Terre, des missions (renseignement du commandement > missions d'artillerie > accompagnement au combat). Faute d'avoir pu rassembler les moyens aériens nécessaires, nous n'avons pas pu (ou très rarement) mettre en œuvre notre aviation de coopération comme nous le voulions. C'était d'ailleurs impossible, en 1939-40 et aucune alternative efficace n'a pu être mise en place.

On peut constater que c'était un phénomène d'ensemble. En effet, en observant la situation terrestre, on constate qu'avec la manœuvre Dyle-Breda nous sommes sortis du cadre établi en allant à la rencontre de l'ennemi sur des positions non (re)connues et qu'après la percée de Sedan, nous avons été incapables de rassembler suffisamment de grandes unités à temps pour mener la "grosse contre-attaque" prévue dans les règlements. Ainsi, on peut penser que les conceptions d'emploi de l'aviation par l'armée de l'Air étaient dépassées (les pertes en Hs 126 sont une indication) mais, on ne doit pas oublier que nous avons tenté d'utiliser l'aviation de coopération en "oubliant" de mettre en place une partie du cadre.

Publié dans Panorama

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article