Missions d'artillerie

Publié le par RL

Des missions au profit de notre Artillerie

Les missions de contrôle de tir pour le compte de l'Artillerie ont été plutôt rares durant la guerre. Pourtant, lors de l'offensive de la Sarre, au moins deux ont eu lieu au profit d'unités de la III° Armée. Cela prouve que nous avons voulu mettre en œuvre notre doctrine de coopération entre l'armée de l'Air et l'armée de Terre. Même si rien n'empêchera le Général d'Armée André-Gaston Prételat, commandant du Groupe d'Armée n°2 (GA2), de se plaindre ultérieurement du trop peu de moyens aériens mis à sa disposition lors de cette offensive limitée.

Les aérodromes de Saarbrücken :

Le 10 septembre 1939, deux ANF 115 du GAO 1/520, détaché au 20° Corps d'Armée (CA)*, sont envoyés en mission de réglage d'artillerie sur les deux aérodromes de Saarbrücken, dont l'un a été mitraillé par trois MS-406 du GC I/3 la veille. Chaque Mureaux est envoyé sur un aérodrome différent**. Ils sont protégés par quatre MS-406 (deux patrouilles légères) du GC I/3, le groupe de chasse rattaché à la IV° Armée.

Les six appareils évoluent sous le plafond nuageux, à une altitude proche de 1 500 m, ce qui est l'altitude minimale prévue pour une mission d'artillerie. Après une demi-heure de travail en toute quiétude, ils sont attaqués par quatre Messerschmitt Bf 109 E de la 1./JG 53, qui effectuait une patrouille entre Trier et Saarbrücken. Deux des chasseurs allemands divertissent l'escorte : ils attaquent la patrouille basse en tenaille, avant d'être éconduits par les deux autres Morane et de fuir sans demander leur reste. Plus bas, le Mureaux n°106 est rattrapé alors qu'il tentait de fuir et abattu vers 17h30, probablement victime de l'Unteroffizier Heinrich BEZNER, dont c'est la première victoire aérienne. L'appareil français s'écrase entre Hessling et Zinzing, entraînant dans la mort le Sergent Jean TACQUART (pilote) et le Lieutenant Henri POTTIER (observateur). L'autre appareil est également assailli par l'Oberfeldwebel Walter GRIMMLING, le chef de patrouille allemand, et le Leutnant Georg CLAUS. Il est criblé de balles et son observateur, le Lieutenant (réserviste) André CAPPOEN, est blessé. Le Sgt Roger LAHAYE parvient cependant à le poser entre Auersmacher et Gorssbliederstroff, non loin des positions de la 11° Division d'Infanterie (DI) ; les deux aviateurs français parviennent donc à éviter la capture. Les deux vainqueurs allemand recevront la Croix de Fer de seconde classe (La veille, ils ont intercepté un MB-131 du 14° GAR, crédité à l'Ofw. GRIMMLING).

Carte montrant la situation des troupes de la IV° Armée au 9 septembre et les principaux lieux.

On peut se demander quel était l'intérêt de bombarder deux aérodromes si proches de la frontière, dans cette phase de la guerre. Même si certaines sources mentionnent la destruction d'un bimoteur école et deux Bf 109 D du JGr 152 à Sankt-Arnual le 9 septembre, leur présence ne pouvait être que fortuite***. A-t-on vraiment cru que les allemands pouvaient utiliser ces aérodromes ? Il est intéressant de savoir que la lisère sud de Sank Arnual était bordée par la ligne Siegfried, un des objectifs de l'offensive. Un tel objectif pouvait motivé davantage des tris d'artillerie sur ce terrain. De plus l'aérodrome d'Ensheim se trouve à moins de 10 km au sud de Sankt-Ingbert, qui fut l'objectif d'un MB-131 du 14° GAR, la veille. Bien qu'intercepté par la chasse allemande, l'appareil pu rentrer à Martigny-les-Gerbonveu et fournir ses renseignements à la IV° Armée ! Ont-il motivé la seconde mission sur Ensheim ?

* Commandé par le Général de Corps d'Armée Louis Hubert, il était composé des 11° et 21° DI ainsi que de la 4° DINA, jusqu'à sa "cession" au 9°CA ; à la date des faits, les 22° et 20° BCC lui sont rattachés pour appuyer les 11° et 21° DI.
** Il s'agissait de des anciens aérodromes civils de Sankt Arnual, au sud-est de la ville et aujourd'hui disparu et d'Ensheim, aujourd'hui Flughafen Saarbrücken.
*** Aucune unité aérienne n'a été basée à Sankt-Arnual et Ensheim servit principalement de terrain-étape pour le ravitaillement.

Une seconde mission qui tourne également mal :

Le 21 septembre 1939, l'offensive limitée est arrêtée par ordre du Généralissime Maurice GAMELIN. La situation de la Pologne parait maintenant réglée à très bève échéance et il convient de ne plus trop irriter l'ennemi, qui ne tardera pas à retourner toutes ses forces contre les nôtres.

Pourtant, dans l'après-midi, deux avions d'observation français prennent l'air. Ils sont protégés par une patrouille de sept MS-406 du GC I/3. Parmi ces deux avions de renseignement figure un Potez 390 du GAO 505 chargé de régler des tirs d'artillerie au sud de Zweibrücken (un ANf 115 DU GAO 507 aurait opéré concomitamment). L'observateur, le Capitaine André LÉONARD, est particulièrement qualifié pour ce travail puisqu'il est détaché du 30° Régiment d'Artillerie Tractée Tous-Terrains (RATTT), rattaché à la 9° Division d'Infanterie Motorisée (DIM). L'officier français est d'ailleurs volontaire pour effectuer la mission, jugée particulièrement délicate et dangereuse.

Piloté par le Sergent-chef Claude ACHAINTRE, le Potez 390 n°50 évolue au-dessus du secteur délimité par Rubenheim, Altheim et Hornbach, près de la frontière française. C'est à peu près à la jonction entre les deux DI du 5° CA* auquel le GAO 505 est rattaché. Le Capitaine LÉONARD effectue six contrôles de tir avant que son appareil ne soit attaqué par une patrouille de trois Messerschmitt Bf 109 du I./JG 53, vers 15h30. Le combat aérien se déroule dans les lignes françaises, au-dessus de l'unité d'artillerie bénéficiant du contrôle. Incapable de semer ses poursuivants, peut-être même pris par surprise, le malheureux Potez est criblé de balles par les chasseurs allemands. Il parvient toutefois à leur échapper et effectuer un atterrissage d'urgence entre Niedergailbach et Odergailbach.

Carte montrant la situation des troupes de la IV° Armée au 21 septembre 1939 et les principaux lieux évoqués.

Si Claude ACHAINTRE est indemne, on ne peut pas en dire autant de son observateur. Le Capitaine André LÉONARD a en effet été tué par les balles des chasseurs allemands - après le Lieutenant Sacha DONON, décédé lors d'une mission de liaison avec l'infanterie le 10 septembre, c'est le deuxième officier perdu par le 30° RATTT (tous deux seront faits chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume en janvier 1941). Mais que pouvait bien espérer un appareil évoluant à moins de 300 km/h face à des chasseurs dépassant les 500 km/h ?

Et l'escorte, qu'a-t-elle fait ? Elle fut, elle aussi, assaillie par les chasseurs du I./JG 53 et l'Hauptmann Doktor Erich Mix abattit le MS-406 n°109 du Sous-Lieutenant Marius BAIZÉ. Le pilote français tenta bien d'évacuer son appareil en flammes mais il sauta trop bas et s'écrasa près de Bliesbrück. Aucune victoire ne put être revendiquée par les six autres appareils, menés par le Capitaine Bernard CHALLE.

* La 9° DIM et la 23° DI constituent alors le 5° CA, commandé par le Général de Corps d'Armée Paul Bloch (devenu Paul Dassault après-guerre).

Conclusion :

Les missions de réglage d'artillerie sont assez rares pour être signalées. Il est étonnant pour moi de constater que les deux tiers de celles qui me sont connues ont eu lieu au profit d'unités de la même armée. Cette IV° Armée était commandée par le Général d'Armée Édouard RÉQUIN, issu de l'Infanterie et précédemment directeur du Collège des Hautes Études de la Défense Nationale. Mais, en la matière, les ordres de mission venaient davantage du Corps d'Armée que de l'Armée. Or, de ce point de vue-là, les deux grandes unités dont j'ai parlé étaient commandées par d'anciens officiers d'Artillerie. Cela peut expliquer l'emploi des appareils d'observation dans ce rôle, quand on sait l'importance qu'y attachait cette arme depuis le précédent conflit. Ainsi , si l'Armée a pu ordonner à ces corps d'armée le bombardement des aérodromes, ce sont certainement leurs généraux qui ont ordonnés à leur aviation ces missions de contrôle ou réglage des tirs.

Ces deux missions illustrent bien la vulnérabilité de nos avions d'observation les plus modernes, face à la chasse allemande et l'incapacité, ou au moins la difficulté, de nos chasseurs à les protéger. Cette vulnérabilité était pourtant connue depuis la 1° Guerre Mondiale et avait même été anticipée avec les programmes BCR puis T3. Mais si le premier n'avait pas été concluant, ce dernier tardait encore à aboutir. Cela explique que notre aviation d'observation était encore équipée de biplaces alors qu'elles auraient dû mettre en œuvre des triplaces. Toutefois, le troisième homme n'aurait pas fait tout car la vitesse de pointe était également un élément important pour la survie de l'avion, mais il fut bien plus négligé. Remarquons néanmoins deux choses :

  • le lendemain, ordre fut donné aux Breguet 270 et Potez 390 de ne plus effectuer de missions de guerre. En revanche, les ANF 115 et 117 restaient en première lignes ;
  • même rééquipés en triplace, les GAO seront tournés davantage vers le renseignement au profit des états-majors que la coopération avec les troupes.

Sources :

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