Accompagner les GRDI motorisés ?

Publié le par RL

L'accompagnement des GRDI motorisés : réalité ou fiction de mon esprit ?

L'avion peut accompagner au combat. Il peut également partir en reconnaissance. Et il peut accompagner les éléments de découverte ! Cette mission, si elle s'appelle découverte aérienne rapprochée, se rapproche plus d'un accompagnement au combat que d'une mission de reconnaissance (par opposition à la découverte éloignée qui en est une). De plus, dès 1936, les contraintes matérielles poussent l'Air à demander aux terriens de ne réserver ce type de mission qu'en cas de rencontre entre un détachement de découverte et l'ennemi ou si cette probabilité est très forte. Mais cette mission n'est définie que pour les éléments de reconnaissance de la division de la Cavalerie (DLM et DC puis DLC).

La mission de découverte aérienne rapprochée :

Lors de cette mission, l'avion agit comme un observatoire volant au profit d'un détachement de découverte, mais aussi un relais de communication entre ce dernier et le commandant de la division. Ainsi, ses émissions radiotélégraphiques ou radiophoniques sont écoutées par le commandant du détachement et le PC de la division. Lors de sa mission d'observation l'avion aide le détachement à progresser, lui signalant les difficultés qu'il observe, les passages dégagés, des éléments ennemis... mais cette mission peut également évoluer en un véritable accompagnement au combat en cas de rencontre avec les éléments ennemis.

L'avion évolue à faible distance des éléments terrestres et à une altitude assez basse, comme le rappelle le cours d'Aéronautique à l'ESG, Les forces aériennes dans la bataille terrestre, du Col Jean Mendigal (1936) :

"Aussi, pour exécuter cette mission, l'observateur en avion est-il obligé d'opérer à faible altitude, par pointes courtes et rapides, poussées devant les détachements et sur leurs flancs, à une distance qui ne doit pas exéder quelques kilomètres en avant des détachements, afin de ne pas exposer dangereusement l'épquipage au feu des mitrailleuses anti-aériennes ennemies."

La communication entre l'avion et le détachement de découverte accompagné s'effectue, soit à l'aide d'un des postes R 15 sur voiturette (le sol répond par panneaux, comme avec le poste R 11) du groupe d'escadron, soit à l'aide d'un poste ER 27 embarqué par une voiture spéciale, en fait une AMD 35 Panhard dont la tourelle est remplacée par une casemate fixe ; cette voiture blindée est mise à disposition par la compagnie de sapeurs-radiotélégraphistes de la division. Dans le second cas, la liaison radio air - sol est donc bilatérale et en phonie, ce qui permet un gain de temps dans les communications. Bien entendu, l'avion garde aussi la possibilité d'utiliser le message lesté (très apprécié par la Cavalerie) ou les fusées colorées (urgence). Lorsque la réception est assurée par poste R 15, la voiturette est accompagnée de motocylistes dont le rôle est de transporter le personnel mettant en oeuvre les panneaux, de repérer l'avion, de ramasser les messages lestés et de transmettre les télégrammes.

Le PC de la division est également relié à l'avion par l'intermédiaire d'un poste R 11 ou R 15 ou d'un poste ER 27. Ces deux postes sont mis en oeuvre par la compagnie divisionnaire sapeurs-radiotélégraphistes (réseau écoute aviation ou réseau d'aéronautique et de liaisons arrières). Un autre réseau de postes ER 27 de cette compagnie (réseau de commandement et de découverte) sert à assurer la liaison entre le commandement de la division et ceux des détachements (en général deux pour éviter toute surcharge du réseau). Le général commandant la division est ainsi tenu informé de la position de ces détachements de découverte et de leur situation.

Les liaisons radio entre la division de la Cavalerie, des détachements de découverte (que nous avons limité à 2 mais il y en avait plus, en général sur d'autres réseaux) et l'avion d'accompagnement. (document de l'auteur)

Les liaisons radio entre la division de la Cavalerie, des détachements de découverte (que nous avons limité à 2 mais il y en avait plus, en général sur d'autres réseaux) et l'avion d'accompagnement. (document de l'auteur)

Et le GRDI, cette unité de la Cavalerie au service de l'Infanterie ?

Les Groupes de Reconnaissance de Division d'Infanterie (GRDI) sont les unités de reconnaissances des DI. Ils sont formés par des régiments de cavalerie du temps de paix, à la mobilisation. Il existe le même type d'unité pour les corps d'armée (GRCA).

GRDIm et RAM, même combat ?

Quand on compare la composition d'un GRDI motorisé avec automitrailleuses et celle du Régiment d'Automitrailleuses (RAM) d'une Division Légère de Cavalerie (DLC), force est de constater que les deux unités sont quasi-identiques. La seule différence réside dans les automitrailleuses employées par le groupe d'escadrons de reconnaissance et de motocyclistes : AM de combat (= chars légers Hotchkiss Mle 1935) pour les RAM et AM de reconnaissance (Citroën-Schneider-Kégresse P-16) pour les GRDI motorisés, sauf quand il reçurent des AMC par manque d'AMR ! Les moyens radios sont, en revanche, les mêmes (les ER 27 de la de sapeurs-radiotélégraphistes en moins). Donc, techniquement parlant, les élements d'un GRDI motorisé peuvent être accompagnés par un avion aussi bien que ceux d'un RAM !

Toutefois, il ne faut pas oublier, que les DIM ont été créées vers 1937, à une époque où le RAM d'une DC avait une composition différente et même plus étoffée. Ainsi, on pourrait dire que c'est le RAM de la DLC qui semble inspiré du GRDI motorisé et non l'inverse. Quoi qu'il en soit, cela reste une unité de découverte de la Cavalerie, dont les moyens radio permettent un accompagnement aérien. Et pourquoi les GU de la Cavalerie bénéficieraient de missions de découverte rapprochée et non les DIM, au moins dans leur phase de mouvement ? Peut-être parce que leurs missions sont différentes, de même que les moyens aériens à leur disposition.

La DIM et l'Aviation :

La grosse différence entre GU de la Cavalerie et DIM, outre leur emploi, est que les premières se voient rattacher un GAO et pas les secondes, qui doivent compter sur celui rattaché à leur corps d'armée d'appartenance.

Mais le Mémento du Centre d'Études Tactiques Interarmes de 1937 mentionne bien deux cas d'accompagnement aérien du GRDI motorisé (en mouvement et lors de l'attaque), avec les liaisons radio air-sol à établir dans ces configurations. De même, la 1ère partie de l'Instruction sur la liaison et les transmissions en campagne de 1938 mentionne explicitement que, lors de la phase de déplacement, les commandants de la DIM, de ses détachements de sûreté et de ses colonnes doivent être reliés aux avions de reconnaissance et de liaison (= d'accompagnement) ; mais il est également écrit que les moyens de communication divisionnaires sont insuffisants pour cela et doivent donc être renforcés (mais par quelle entité ? mystère).

Quoi qu'il en soit, la mission de l'avion d'accompagnement n'est mentionnée nulle part : ni dans le Règlement de manoeuvre de l'Aviation de 1937, ni ailleurs. Mais il est possible, compte tenu de leur facilité de déplacement initial, que les DIM aient pu bénéficier d'un accompagnement aérien spécifique dans cette phase. Cependant, il ne faut pas oublier que leur vocation est d'être transportées sur leurs positions rapidement par des véhicules. Si beaucoup d'éléments y sont mécanisés (i.e. possèdent leurs véhicules en propre), ce n'est pas le cas des trois régiments d'infanterie, qui sont portés par des véhicules du train : une fois les fantassins et leurs matériels (y compris les chevaux) débarqués, les camions sont utilisés à d'autres tâches. Je n'ai pas réussi à savoir si cette disposition était un pis-aller en attendant une réelle mécanisation ou si on comptait en rester là (ça coûte cher de mécaniser) ; le seul élément dont je dispose, est qu'il était prévu de remplacer les chevaux de leurs sections de mortiers de 81 mm par des tracteurs Unic TU1 (mais les Allemands attaquèrent lorsque les premiers exemplaires sortaient d'usine).

Conclusion :

Je reste donc sur ma faim concernant la coopération entre le GRDIm et l'avion. Le fait que l'Instruction sur la liaison et les transmissions en campagne de 1938 prévoit explicitement un chapitre particulier (par rapport à la DI) sur les liaisons dans la DIM en mouvement et la TEG du GRDIm me force à penser qu'une mission d'accompagnement semblable à la découverte aérienne rapprochée pourrait exister pour cette unité, lors de la phase de mouvement de la division. Mais le fait que les DIM ne disposaient d'aucune unité aérienne rattachée devait, a priori, diminuer la possibilité d'organiser ce type de mission puisque les mêmes moyens aériens qu'une DC devaient opérer aux profits de deux ou trois divisions et des éléments organiques du corps d'armée de rattachement !

Sources :

  • Centre d’Études Tactiques Interarmes, Memento, 1937
  • Mendigal (Col), Les forces aériennes dans la bataille terrestre, Cours d’Aéronautique École Supérieure de Guerre, 1936
  • Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre, Instruction sur l’emploi tactique des grandes unités du 12 août 1936, Imprimerie Nationale 1940
  • TEG de la compagnie divisionnaire de sapeurs-radiotélégraphistes d'une DLM sur le site ATF 40
  • TEG d'un GRDI motorisé avec automitrailleuse sur le site ATF 40
  • TEG d'un RAM sur le site ATF 40

Publié dans Panorama

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