Bloch down

Publié le par Romain Lebourg

Premier Bloch MB-174 perdu à l'ennemi !

16 avril 1940, depuis un mois, le groupe de reconnaissance II/33 disposait d'une section de trois Bloch MB-174 pour les missions photographiques à haute et très haute altitude. Si la météo hivernale eut raison des premières missions tentées en mars, les autres donnèrent toute satisfaction ! Début avril, l'équipement des GR I/36 et I/52 commença.

Une mission ordinaire...

Ce 16 avril 1940, le Bloch MB-174 n°16 décolle d'Orconte pour une mission au-dessus l'Allemagne et du Rhin : Aix-la-Chapelle, Düren, Cologne, Düsseldorf, Duisburg... jusqu'à Bonn. L'équipage doit ramener au commandement des indices de la préparation de la proche offensive allemande.

Mais entre Cologne et Düsseldorf, deux chasseurs Messerschmitt Bf 109 du I./JG 3 interceptent l'appareil de reconnaissance français. Commandes bloquées par le gel, le Bloch ne peut compter que sur sa vitesse et l'adresse de son mitrailleur, l'adjudant Louis Bagrel, pour s’échapper. Après un round d'observation, un troisième allemand passe à l’attaque. Rapidement le réservoir d'essence droit est crevé ; sous l'effet de la chaleur des échappements, le panache s'enflamme en arrière de l'aile ; le moteur finira par s'arrêter. Puis l'adjudant Louis Bagrel est blessé. Le capitaine François Laux met donc son appareil en piqué vers les nuages, mais les Messerschmitt sont teigneux et s'accrochent.

La poursuite s'éternise. L'équipage se débat comme il peut : le mitrailleur tire, le pilote, qui a retrouvé l'usage des commandes, manœuvre pour ne pas favoriser la visée de ses adversaires. Sur 150 km, tels des frelons furieux, les "méchants Schmitt" tentent de venir à bout de l'indiscret bimoteur. L'Allemagne est maintenant loin derrière : en dessous, c'est la Belgique, encore neutre : cela ne les a pas arrêté ! Mais une couche nuageuse épaisse offre enfin le salut au bimoteur français !

La fin d'un brave

L’équipage français est maintenant seul dans la crasse. Louis Bagrel continue cependant de se battre pour sa survie. Sa voix, dans le téléphone de bord, se fait de plus en plus faible. Le Français Laux tente de le rassurer : il n'y en a plus pour longtemps avant d'atterrir, quelques minutes tout au plus. Mais le moteur gauche, qui jusqu'ici a tenu vaillamment sans faillir, commence lui aussi a avoir des faiblesses. La France est si proche ! Il n'aura pourtant pas la force de tenir jusque là.

Privé de toute motorisation, le pilote n'a plus le choix : il faut atterrir. Mais le sol est invisible. Dans le nez vitré, le sous-lieutenant Maurice Bediez s'est probablement allongé pour mieux sonder l'enveloppe cotonneuse qui, de refuge salvateur, s'est transformé en piège mortelle. Il commence à ne plus y croire... Le sol apparaît au dernier moment.

Selon les mots même du capitaine Laux, le contact est brutal malgré ses précautions pour toucher avec le minimum de vitesse. L'aile gauche n'y résiste pas et Laux s'assomme contre le tableau de bord. Sous la violence du choc, les autres occupants auraient été projetés hors de leur poste. Les débris de l'avion s'éparpillent sur 400 m !

Le camouflage est purement spéculatif, la seule photo en ma possession n'étant pas exploitable.

Le camouflage est purement spéculatif, la seule photo en ma possession n'étant pas exploitable.

Le combat continue

Lorsque le François Laux revient à lui, l'avion brûle. Sa combinaison également. Après un instant de panique, l'officier retrouve son calme et parvient à s'extraire hors du brasier, malgré sa jambe gauche blessée. Dehors, le paysage n'est que tempête de neige et brouillard. Et lui, une loque humaine effrayante qui déambule sur un chemin forestier à la recherche d'aide et de ses coéquipiers.

Une femme l'aperçoit et prend peur ! Entendant ses cris, d'autres personnes accourent. Sans doute effrayées par l'aspect repoussant du survivant, il faut que ce dernier justifie son identité pour qu'elles s'enhardissent et le secourent. François Laux a tout juste le temps de leur expliquer qu'ils cherchent ses camarades avant de perdre connaissance. Pour l'adjudant Louis Bagrel, il est de toute façon trop tard. Seul le sous-lieutenant Maurice Bediez, pourra être secouru... mais il décédera dans le nuit, à la clinique de Longlier.

Les opposants

Aucune victoire aérienne n'a été homologuée par les autorités allemandes, pour ce combat aérien. Rien que de très logique puisque la couche nuageuse et le mauvais temps régnant en dessous ont dû empêcher toute observation de la fin du Bloch.

Selon Peter Cornwell,  le MB-174 n°16 a été victime de l'Oberleutnant Helmutt Rau et du Leuntant Walter Fiel du I./JG 3. Leurs palmarès respectifs s'ouvrent officiellement le 13 et le 22 mai 1940. Tous deux ont ensuite été abattus et capturés durant la Bataille d'Angleterre. Ils avaient alors quatre victoires aériennes chacun à leur actifs.

La nation reconnaissante

Par arrêté du ministre de l'Air du 14 mai 1940, le capitaine François Laux a été inscrit au tableau spécial de la Légion d'honneur pour être élevé au grade de chevalier avec effet au 30 avril 1940. Cette nomination comportait l'attribution de la Croix de guerre avec palme.

Maurice Bediez été élevé au rang de chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume par décret du secrétariat d'état à l'aviation du 30 avril 1941. Louis Bagrel fut décoré de la médaille militaire à titre posthume par décret du secrétariat d'état à l'aviation du 2 mai 1941. Tous deux ont également été cités à l'ordre de l'armée aérienne avec attribution, à titre posthume, de la Croix de guerre avec palme.

Sources :

  • Journal officiel de la République française des 26 mai 1940 et 15 mai 1941
  • Alias H, Le groupe de reconnaissance stratégique II/33 de septembre 1939 à juin 1940, in Icare n°53 printemps-été 1970
  • Chambe R, Équipage dans la fournaise 1940, Flammarion 1945
  • Cornwell P, The Battle of France then and now, After the battle 2007
  • Moulin J, Le Bloch 174 et ses dérivés, coll. Profils avions n°10, éd. Lela Presse 2006
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