Bouts de ficelles

Publié le par Romain Lebourg

Trois bouts de ficelle

J'ai déjà soulevé le problème qu'il y avait à placer l'observateur et l'opérateur radio de part et d'autre de l'avion. Si l'usage du téléphone de bord pouvait y remédier, cela fut quand même fait avant son introduction ! Et ce dernier restait, en 1939-40, d'un fonctionnement aléatoire. Comment les équipages y ont-il remédié ?

Dilemme sur CAMS 37

Dans son livre L'escadrille du Calao, le général Raymond Barthélémy relate comment les problèmes de communication étaient résolus sur CAMS 37 :

"Les moyens dont on disposait pour ce genre de travail [les exercices de transmission avec la Marine, NdlA] étaient tout ce qu'il y a de plus rudimentaires. Sur Cams 37 l'observateur se trouvait dans la tourelle avant, devant le pilote, avec qui il lui était relativement facile de communiquer. Mais le radio se trouvait au fond de la coque, à quelques mètres derrière le pilote et ne pouvait communiquer avec l'avant que par un étroit couloir, beaucoup trop étroit pour permettre le passage d'un homme. On avait donc réalisé un système de poulies, de fil de fer et de pinces à linge grâce auquel l'observateur pouvait passer au radio les messages à transmettre et vice versa ! Ce n'était pas instantané... mais avec l'habitude on arrivait tout de même à une cadence très acceptable et l'immense avantage du système était qu'il ne tombait jamais en panne !"*

Comme on peut le lire, le système D fit, ici, toutes ses preuves d'ingéniosité pour résoudre un problème auquel les concepteurs n'avaient apparemment pas pensé.

La modernité du laryngophone

En 1939-40 ce système n'aurait pu être mis en place sur les Potez 63-11 car l'observateur était physiquement séparé de ses compères par une cloison. De plus le fuselage devait être trop étroit pour permettre cette installation. Peut-être que cela aurait été possible sur le D.720, s'il avait été produit.

Toutefois, à cette époque, l'équipage était doté d'un nouvel outil : le laryngophone ! Mais.... "C'est toujours en panne, les laryngophones ! De la pacotille !"** se plaint le capitaine Antoine de Saint-Exupéry avant d'invoquer la dite panne qui sera synonyme d'annulation de la mission sacrifiée, dans Pilote de guerre. Même son de cloche chez Jean Gaillard, qui explique comment son mitrailleur était passé outre les caprices de cette technologie :

"J'ai précédemment expliqué comment le laryngophone, qui devait permettre à l'équipage de communiquer, avait la mauvaise habitude de tomber en panne sitôt en l'air ; or, il était impératif pour le pilote de savoir ce qui arrivait derrière, ce qui était impossible sur Potez 63, sans l'aide du mitrailleur faisant office de rétroviseur ; c'était le rôle du sergent Pierre qui ne pouvant le faire de vive voix, avait trouvé un moyen original de me signaler, qu'un malintentionné allait nous coller quelques "pruneaux aux fesses" !
"À peine installé aux commandes, il me passait autour de chaque bras une ficelle dont il tenait l'autre extrémité : lorsque l'agresseur arrivait presque dans l'axe de notre avion, en position de tir, une traction sur un bras me l'indiquait, et d'un violent coup sur le palonnier nous partions en glissade, à droite ou à gauche, suivant le cas, et si le méchant chasseur allemand voulait revenir dans l'axe (condition indispensable pour ajuster ces rafales), il devait faire la même manœuvre mais avec un appareil qui dérapait plus que le nôtre, et abandonnait rapidement, ce vol rasant et zigzaguant très dangereux."***

En revanche, il ne semble y avoir eu aucun système de ce genre entre le pilote et l'observateur. Ce qui fait que ce dernier ne pouvait communiquer que si [le laryngophone] voulait bien fonctionner****.

Mais comme quoi, malgré la technologie, la ficelle est toujours utile pour faire le lien entre les hommes.

Citations :

* Brathélémy Gal, L'escadrille du Calao, éditions France-Empire 1976, pp 65 et 66

** Saint-Exupéry (de) A, Pilote de Guerre, collection folio, édition Gallimard 1999 p 29

*** Gaillard J, Jean Gaillard et l'armée : Souvenirs militaires et autres, d'un pilote du GR 2/55, collection Mémoire et débats, éditions TMA 2006 p 113

**** idem, p 83

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