Accompagnement en forêt en Mormal

Publié le par Romain Lebourg

Un accompagnement en forêt de Mormal

L’histoire suivante s'est déroulée durant la bataille de la Sambre. Cette rivière, qui rejoint la Meuse à Namur, fut atteinte par les troupes allemandes dès le 16 mai 1940. Le lendemain, la 7. PzDiv. du Generalmajor Erwin Rommel occupait la ville de Landrecies et repoussait une attaque d’automitrailleuses du 4e Dragons Portés (1ère DLM). Certains éléments de la division blindée allemande parvenaient même au Cateau-Cambresis, en soirée. La Sambre était donc franchie. De même, la 5. PzDiv. du Generalleutnant Max von Hartlieb-Walsporn était à Berlaimont, sur la rive gauche de la rivière, en soirée.

 

En début de matinée du 18 mai, une reconnaissance aérienne fut lancée par le GAO 552 sur l’itinéraire Valenciennes – Jenlain – Bavay et sur la Sambre, d’Oisy à Maubeuge. Il s’agissait donc de reconnaître la lisière nord de la forêt. Le sous-lieutenant Pierre Madru ne repéra que quelques camions aux carrefours menant à la lisère ouest du bois et sur la route allant de Maison-Rouge à Berlaimont. Les rives de la Sambre donnaient une impression de calme, seul un barrage léger fut repéré sur le pont de Landrecies.

L'attaque de la 1ère DLM

Le 18 mai 1940, la 1ère DLM du général de brigade François Pricard se battait donc dans le secteur de la forêt de Mormal, aux côtés de la 1ère DINA ; au sud, se trouvait la 9e DIM, autour du Cateau-Cambresis et plus au sud. La DLM devait lancer une attaque de chars pour reprendre les têtes de pont allemandes sur la Sambre.

 

Vers 15 h, on avait rapporté une attaque au nord du massif, vers Bavay : des éléments de la DLM y avaient été accrochés par d'autres de la 5. PzDiv. Ils ne purent donc participer l’attaque qu’on leur avait ordonnée (ils devaient rejoindre le reste du groupement Beauchesne, qui attaqua après 17 h).

 

Le groupement de Causans tenait, lui, la lisière sud-ouest de la forêt ; il devait attaquer dans l’axe Vendegies-aux-Bois – Ors (direction nord-ouest – sud-est), vers Landrecies. L’objectif de cet assaut était de rejeter derrière le canal de la Sambre, les éléments ennemies qui l’avaient franchi. On pense alors qu’il ne s’agit que d’éléments légers ennemis blindés et moto. L’ordre d’attaque fut reçu à 14 h mais les chars français combattirent majoritairement autour du Quesnoy, en direction de et à Jolimetz, avec le IIe bataillon du 27e Tirailleurs Algériens (1ère DINA).

Carte présentant les positions des unités au matin du 18 mai et les mouvements de la journée (fond : carte de 1950 © IGN 2019)

Carte présentant les positions des unités au matin du 18 mai et les mouvements de la journée (fond : carte de 1950 © IGN 2019)

Une mission d'accompagnement pour les chars

Trois Potez 63-11 du GAO 552 devaient accompagner les chars à leur arrivée sur les bonds fixés. Le premier appareil décolla à 18 h 20 de Prouvy, au sud-est de Valenciennes. Il s’agissait du Potez n°226, piloté par le lieutenant Antoine Versini, avec le sous-lieutenant artilleur François Ribereau-Gayon comme observateur et l’aviateur de 2nde classe Doucet comme mitrailleur. L’appareil survola le champ de bataille pendant quelques instants. Cependant, il n’était pas tout seul : La chasse allemande était là aussi !

 

Très rapidement, deux chasseurs attaquèrent le bimoteur par trois-quarts arrière et en dessous, l’un venant de la droite, l’autre de la gauche. L’appareil français ne se laissa pas faire et partit en virage serré, tout en piquant. Malheureusement, cela ne suffit pas. Le moteur gauche fut touché par un obus, ainsi que le fuselage. L’aviateur Doucet fut légèrement blessé par des éclats. Mais les chasseurs allemands n’insistèrent pas : il n’y eut d’ailleurs pas d’homologation pour ce combat et, peut-être même pas de revendication. Aux vues d’autres revendications, il est possible que ces chasseurs appartinssent à une escadrille du I./JG 2.

 

L’appareil français fuit sans demander son reste et tenta d’atteindre son terrain de travail. Malheureusement, la mécanique ne l’y autorisa pas et il dut se poser train rentré à Maing. L’équipage s’en tira sans plus de mal et on dénombra trente impacts de projectiles dans l’appareil. Selon Peter Cornwell, le Potez ne fut pas récupéré, ce qui est largement compréhensible.

 

Par prudence, les deux autres Potez restèrent sagement au nid car la chasse allemande survol[ait] continuellement le terrain. Il eut été en effet inconscient d’aller la provoquer.

Résultat de l'assaut français :

Au soir, 22 h, le groupe apprit que la DLM [avait] atteint sans grand peine ses deux premiers objectifs. Le groupement de Causans était en effet arrivé à Robersart et avait poursuivi son avance jusqu’à 2 km de Landrecies jusqu’à 22 h 30. Néanmoins, le communiqué allemand indiquait en soirée, que les deux divisions blindées du XV. Korps avaient atteint une ligne Bavay – le Cateau, des éléments de tête étant encore plus en avant :

  • la 5. PzDiv. était devant le Quesnoy, jusqu’à Louvignies-Quesnoy ;
  • la 7. PzDiv. avait dépassé Beauvois-en-Cambresis (sur l’axe le Cateau-Cambresis – Cambrais).

À lire les journaux de marche des 4e et 6e Cuirassiers, il semble, en réalité, que les chars français subirent de lourdes pertes et ne purent lancer l’attaque prévue : ils durent principalement défendre Jolimetz et le Quesnoy. Si la première localité tomba, les allemands furent stoppés devant la seconde, que les cavaliers français tenaient avec le IIIe bataillon du 15e Tirailleurs Marocains (1ère DINA) - ils tiendront quelques jours en échec la 5. PzDiv. et seront à l'origine d'un changement de commandement à sa tête.

Quelques commentaires :

Quelques remarques s’imposent sur cette mission. D’abord, il est rare qu’une mission d’accompagnement ait lieu en cette période de la guerre. C’est encore plus surprenant qu’elle concerne des chars car ce type de mission était considéré comme particulièrement infructueux. En effet, les canons antichars étant camouflés, l’avion ne pouvait pas que difficilement les voir. De plus l’avion ne transmettait pas directement ses informations aux chars, mais au PC du bataillon et à celui du groupe (d’artillerie) d’appui direct. Dès 1936, on mettait donc en garde les élèves de l’École Supérieure de Guerre sur l’intérêt de cette mission :

 

"On ne peut donc absolument pas compter sur les renseignements de l’avion d’accompagnement relatifs à la progression de ces chars pour permettre à l’Artillerie de les appuyer de près au cours de cette progression.

Il reste toutefois que ces renseignements, à conditions de prendre des marges de sécurité suffisantes, peuvent lui permettre de lever en temps voulu les tirs de protection qu’elle aura organisé à leur profit."

Les forces aériennes dans la bataille terrestre première partie, 1936, p 153

 

La mission avait été conçue pour exposer le moins possible l’avion d’accompagnement. En effet, trois appareils devaient se relayer, ce qui exposait moins les équipages (au moins le premier). Mais il est rageant de constater qu’aucun parti ne put être tirer de l’action de la RAF dans le secteur. En effet, plusieurs squadron de Hurricane furent actifs en matinée. Or les ordres d’attaque ne furent communiqués qu’à… 13 h et ils n’arrivèrent aux unités qu’une heure plus tard ! L’après-midi, la chasse britannique fut contrainte de défendre ses terrains mais, dans l'après-midi, britanniques puis français envoyèrent des bombardiers attaquer les axes de progression de la 7. PzDiv. Malheureusement, il ne fut pas possible de profiter de cette « diversion » pour assurer une partie de la mission. Or, faute d’une protection de chasse, c’était sans doute la moins pire des solutions. Mais les Forces Aériennes de la 1ère DLM étaient-elles au courant de ses missions ? Et de toute façon, les évènements à terre (combat, routes encombrées de réfugiés) auraient-ils permis cette « collaboration » ? Rien n'est moins sûr.

Sources :

  • Documents concernant le GAO 552 : Journal de marche et d'opérations, compte-rendus d'engagement, de mission et synthèse de renseignement du 18 mai 1940 (carton G8853)
  • Cornwel P, The battle of France then and now, éditions After the battle 2007
  • Denis É, La Wehrmacht de Fall Gelb, collection Armes et Armées, éditions Economica 2017
  • Ehrengardt C-J, L'aviation d'assaut de l'armée de l'Air, in Aérojournal HS n°30 mai-juin 2018
  • Mendigal J, Bergeret J et Carmagnat E, Les forces aériennes dans la bataille terrestre 1e partie, Cours d'aéronautique, École Supérieure de Guerre 1936
  • Mombeeck E et Roba J-L, Dans le ciel de France : Histoire de la JG 2 "Richthoffen" volume1 : 1934-1940, éditions ASBL La Porte d'Hoves 2007
  • Roba J-L, La RAF en France en 1939-1940 3e partie : Hurricane sur le continent tome 2, in Batailles Aériennes n°70, octobre-novembre-décembre 2014
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