Faire ses recherches

Publié le par Romain Lebourg

Pourquoi faire ses propres recherches ?

 

---------Passer l'avertissement---------

Malgré son titre très proche de leur rhétorique, cet article n'a pas été écrit par un chercheur de véritude autoproclamé prophète en la matière. Il ne contient donc aucune révélation sulfureuse sur un prétendu complot des chinois du FBI à la solde des illuminato-reptiliens - quoi que 🙄. Si vous êtes tombé dessus par erreur, vous pouvez quand même lire jusqu'au, des fois que... on ne sait jamais... angel

---------Fin de l'avertissement---------

---------Début de l'article---------

Je n'ai jamais aimé donner dans l'à-peu-près. Même si, comme tout le monde, c'est un travers dans lequel je peux verser. Mais je suis toujours étonné de lire des commentaires ou des articles de soi-disant passionnés qui se contentent de répéter sans vérifier et qui ne vont jamais chercher à s'améliorer.

Avec l’essor des réseaux sociaux, leurs propos se mettent à avoir autant, sinon plus, de portée que ceux de quelqu'un qui a fait l'effort de chercher. Et c'est vexant quand je suis dans la position de ce "quelqu'un" cheeky. La liberté que l'on a de s'exprimer est un bien sacré, mais ce n'est pas une raison pour en abuser. Comme de toute bonne chose, il faut savoir en user avec intelligence et modération. Mais c'est pourtant l'impression que je tire de mes expériences sur les réseaux sociaux.

Pourquoi chercher quand on peut se contenter de l'a-peu-près pour exister ?

Même si je peux avoir une attitude de redresseur de tords (en même temps, c'était un peu le principe de mon ancien métier...), j'ai tendance à me détacher de plus en plus de cette posture avec le temps. J'imagine, que c'est ce qu'on peut appeler la maturité. Mais pourquoi chercher ?

Surtout que c'est une quête sans fin. Chaque recherche de "solution" soulève d'autres problèmes, lèvent d'autres voiles sur des éléments inconnus que l'on voudrait approfondir. Et je ne parle pas des nombreux cul-de-sac temporaires ou éternels dans lesquels on tombe parfois.

Oui mais voilà, j'aime aller au fond des choses, savoir à quelle unité appartenait ce Heinkel 111 tombé sur la commune où j’habitais, un certain 5 juin 1940 - alors non, je n'étais pas né mais comme je n'habite plus cette commune, je suis bien contraint d'en parler au passé.

Bientôt les livres ne suffisent plus. Parce que les auteurs ont un temps et un espace d'expression limités, qu'il faut rester dans son sujet et que les informations ne sont pas toujours facilement accessibles au moment de l'écriture... Sans compter que tous les sujets n'ont pas été explorés !

Si la critique est aisé, avoir l'esprit critique est difficile

La recherche demande d'être critique vis-à-vis des sources que l'on a sous la main. Je me souviens encore du bonheur que j'avais eu à lire l'historique du GAO 3/551, il y a un peu plus de 10 ans. Oui mais voilà, maintenant, je sais que ce document n'est pas à prendre au pied de la lettre, pour diverses raisons.

Par contre, à cette époque j'étais capable de voir que l'ouvrage d'un des principaux historiens militaires français était un tissu d'âneries, mélangé à une compilation de témoignages (non recoupés bien sûr) pour faire sérieux... un des rares ouvrages - le seul en fait - que je pourrais brûler sans le moindre remord (J'ai déjà donné le nom de l'auteur et le titre du livre, ne me forcez pas à saigner des yeux une seconde fois ! mais pour les sadiques : mail)

Comme quoi, avoir des connaissances ça aide à ne pas se faire duper ! laugh

Se forger son propre avis

Lorsqu'on ne connaît pas un sujet, on est bien obligé de suivre les idées de quelqu'un qui (semble) s'y connaît(re) mieux.

J'ai eu l'occasion de reprendre l'avis de C-J Ehrengardt lorsqu'il écrivait :

"[...] les trois branches de l'aviation de renseignement se marchent sur les pieds. Comme à partir du début de l'année 1940, elles utiliseront toutes le même modèle, le Potez 63.11, les missions d'observation, de reconnaissance tactique et de reconnaissance stratégique seront approximativement identiques, seules la destination et l'exploitation des renseignement divergeant."*

Or, je pense maintenant que cet auteur se trompait. De ce que je sais, même si je n'ai pas étudié à fond le sujet, il me semble que c'est plutôt les circonstances, c'est-à-dire la rupture de notre front et de nos lignes de communication, qui ont conduit à cet état de fait. Il me parait cependant légitime de se demander si le même appareil convenait pour chacun de ces besoins.

Mais lorsque j'ai débuté mes recherches dans le domaine de l’aviation de renseignement, je ne pouvais pas forcément faire mieux que d'accepter cet avis d'une "pointure", voire d'un mentor.

Le nerf de la guerre

Mais voilà, tout cela demande du temps... et de l'argent. Il faut acheter des livres, les lire. Chercher sur Gallica, lire les documents, les confronter. Aller au SHD collecter les documents (et parfois leur cotte avant ; merci les inventaires en ligne incomplets), les lire, les confronter entre eux... Et même lorsque toutes ces connaissances sont engrangées, il faut encore un délai pour qu'elles s'articulent en une vision de la situation et permettent l'élaboration d'une pensée argumentée.

C'est un luxe dont dispose le chercheur amateur - enfin, dans la mesure de ses moyens wink - pas forcément le journaliste employé par une revue mensuelle de renom, ni l'historien produisant au moins un ouvrage grand public par an. - mais ça n'excuse pas toutes les médiocrités non plus devil.

Mais il ne faut oublier également que toutes les publications ne ciblent pas le même public - certaines cependant sont franchement mauvaises et ne devraient concerner personne devil. Il existe des ouvrages plus ou moins généraux pour le néophyte, d'autres, plus spécifiques, pour le fana et d'autres encore, parfois plus ardus et pointus, pour le chercheur - et quelques unes juste pour gagner du fric (et manger à la fin du mois ?) devil. Mais il est évident que se contenter des ouvrages de base ne suffit pas pour appréhender la complexité d'un sujet donné et s'en faire une idée précise.

Bref, je suis sans doute trop exigent, peut-être un brin (un tronc ?) utopiste ou complètement azimuté... mais je trouve dommage que, lorsqu'on se dit passionné(e), on n'essaye pas de se documenter le plus sérieusement possible. Peut-être le chant des sirènes de la facilité...

Note :

* Ehrengardt C-J, Le Potez 637 : les yeux de Gamelin, in Aerojournal n°2, février-mars 2008, page 5

Publié dans Aparté

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