Fairey Battle

Publié le par Romain Lebourg

Le Fairey Battle

Un pas trop loin ?

Le Fairey Battle était un bombardier léger. Il devait remplacer les Hawker Hart biplans à train fixe. Lorsqu'il entra en service, en 1937, le Battle était un avion résolument moderne. C'était en effet un monoplan à train rétractable et doté d'un habitacle entièrement fermé. Il accueillait trois hommes, ce qui permettait de débarrasser l'observateur de la surveillance du ciel et devait donc rendre l'appareil moins vulnérable.

Toutefois le Fairey Battle disposait de deux talons d'Achilles. D'abord c'était un monomoteur et il était gréée du même Rolls Royce Merlin que les Hawker Hurricane et le futur Supermarine Spitfire. Il ne disposait donc pas d'un excès de puissance par rapport aux chasseurs modernes entrant, ou sur le point d'entrer, en service ! Ensuite son armement défensif était ridiculement léger puisque constitué de deux mitrailleuses de 7,7 mm : une pour la défense arrière et l'autre tirant vers l'avant.

On peut s'interroger sur ce concept. Contrairement au Junkers Ju 87, le Battle n'avait en effet pas été développé pour le soutien rapproché. Il devait en effet exécuter des missions de bombardement stratégique. Toutefois, son rayon d'action restait limité, avec une autonomie de 1 610 km : il était donc incapable d'atteindre l'Allemagne depuis la Grande-Bretagne. Du reste, dès 1939, une partie des unités fut transféré au No. 6 Group chargé d'entraîner les équipages...

Coopération franco-britannique

En 1938, le bombardement français étant dans une situation catastrophique. Et elle n'était pas près de s'arranger ! En septembre, il fut donc convenue que vingt squadron britanniques seraient envoyés en France, en cas de guerre contre l'Allemagne. Ils formeraient une Advanced Air Striking Force (AASF), dépendant du Bomber Command. Conformément à la doctrine de bombardement britannique, ses appareils devaient frapper la Ruhr et la Sarre, en représailles aux raids allemands. En avril 1939, nous demandâmes, et obtînmes, finalement que ces bombardiers soutiennent nos troupes au sol, rôle pour lequel il n'étaient pas conçus !

Le 2 septembre 1939, les dix squadron de Battle furent donc envoyés en France. leurs aviateurs eurent la mauvaise surprise de découvrir que rien (ou presque) n'avait été préparé pour eux. Ce n'est donc que le 12 septembre que la No. 1 Wing fut opérationnelle ! Sauf que, sur le front ouest, la Luftwaffe se tenait (relativement) bien sagement à l'intérieur de ses frontières... Les polonais avaient bien demandé des bombardements de représailles, mais leur demande resta lettre morte.

Les Fairey Battle de l'AASF et leurs équipages risquaient donc d'être fort désœuvrés !

Quelque part sur le front... un Fairey Battle bien gardé mais fort mal camouflé. © IWM (C 174)

Quelque part sur le front... un Fairey Battle bien gardé mais fort mal camouflé. © IWM (C 174)

Une mauvaise surprise

Puisqu'il n'était pas question de bombarder l'Allemagne, on décida de confier des missions de reconnaissances au unités de l'AASF.

La première mission eut donc lieu le 10 septembre 1939, avec trois appareils du No. 150 Sqn. Comme elle se déroulait à l’intérieur des lignes alliées à une époque où la chasse allemande se montrait prudente... elle se déroula des plus normalement. Du reste, les britanniques s'enhardirent et poussèrent un peu plus loin.

Dix jours plus tard, le 20 septembre, trois Battle du No. 88 Sqn furent interceptés par la chasse allemande. Deux appareils furent perdus, malgré l'intervention des quatre MS-406 du GC II/6 qui les escortaient ! Pour l'air vice marshall Patrick Plaifair, le commandant de l'AASF, le message était clair : l'appareil était trop vulnérable et devait être solidement escorté. Il obtint donc du général Joseph Vuillemin la mise à disposition des chasseurs dont il ne disposaient pas.

le Battle victime... de sa propre doctrine

Toutefois, tout le monde ne tira pas la même leçon de l’interception du 20 septembre. Ainsi, au sein de l'Air Ministry, on avait un avis tout à fait différent. On y était sans doute encore bien imprégné des théorie de Douhet et de sa maxime selon laquelle le bombardier finit toujours par passer. Ainsi, on estima que la meilleure parade ne résidait pas dans une escorte, mais dans l'utilisation de formations compactes et le croisement des feux défensifs. Le 28 septembre, on revint donc sur les ordres de Plaifair et les escortes cessèrent.

Le 30 septembre, six appareils du No. 150 Sqn furent envoyés au-dessus de Sarrebruck. Réduits à cinq machines, ils rencontrèrent huit Messerschmitt Bf 109 de la JG 53. Ils appliquèrent les nouvelles consignes et... se firent tailler en pièces ! On décida alors, au No. 150 Sqn, de monter une troisième mitrailleuse au niveau de la trappe de visée, afin de défendre le ventre de l'appareil et donc de réduire les angles morts de la défense de l'appareil. Peine perdu car, pour l'Air Ministry, l’appareil était désormais condamné !

Malgré son air déterminé, le mitrailleur de ce Fairey Battle ne peut cacher la faiblesse de ses moyens. © IWM (C 1653)

Malgré son air déterminé, le mitrailleur de ce Fairey Battle ne peut cacher la faiblesse de ses moyens. © IWM (C 1653)

La fin du calvaire ?

Le remplacement des Fairey Battle par des Bristol Blenheim fut donc acté : deux squadron furent rapatriés pour se transformer sur ce bimoteur et furent remplacés par deux unités de Blenheim. Et c'est tout... On augmenta les effectifs de l'AASF de deux squadron de Hawker Hurricane pris sur ceux de l'Air component de la BEF. Reconnaissons que si cela suffisait à protéger les bases des incursions indiscrètes c'était trop peu pour escorter cette force de frappe.

On réfléchit néanmoins à améliorer la défense du Battle. Cependant Fairey fit savoir que l'appareil était à un optimum masse/puissance : tout alourdissement entraînerait une baisse des performances et il était impossible d'y remédier. De plus le Vickers Wellington vint en concurrence pour l'installation de réservoir auto-obturant et  eut la priorité. Les Battle encore en lignes reçurent ainsi une partie du blindage prévu car tout ne fut pas monté ! l'Air Ministry s'opposa également au démontage d'éléments jugés peu indispensables, comme le pilote automatique, afin de gagner un peu de masse...

Enfin, une nouvelle tactique fut développée : dorénavant les Battle devait voler à très basse altitude et effectuer des attaques tactiques contre les véhicules ennemis. Cela devait permettre, espérait-on, d'échapper au Messerschmitt Bf 109... s'était sans compter sur la DCA allemande de petit calibre !

L'hécatombe de mai 1940

Dès le 10 mai 1940, les Fairey Battle furent tirés de leur "torpeur" et mis à contribution pour ralentir l'avancée des troupes allemandes. Et les pertes se montrèrent d'emblée élevée avec 13 machines perdues sur les 32 envoyés ! Elles se poursuivirent les jours suivants. Lors des assauts du 14 mai dans le secteur de Sedan, sur les 63 sorties effectuées, 35 furent sans retour ! L'appareil fut donc mis rapidement sur la touche pour quelques jours.

À partir du 18 mai, une nouvelle tactique fut mise en place. On abandonna le vol à très basse altitude et en formation. Désormais, les appareils allaient devoir compter sur leur "vitesse" et leur manœuvrabilité. Évoluant à environ 2 400 m d'altitude, ils devaient attaquer leur cible en léger piqué et rentrer dare-dare. Le lendemain, cette nouvelle façon de faire prouva son efficacité puisque, sur les 36 appareils envoyés en missions, seulement 6 furent abattus. Mais les sorties restèrent rares. À la fin du mois, on commença également à envoyer les appareils bombarder l'Allemagne de nuit (de jour cela aurait été suicidaire).

Impresionnante vue, illustrant l'attaque à basse altitude d'une colonne hippomobile allemande. © IWM (C 1737)

Impresionnante vue, illustrant l'attaque à basse altitude d'une colonne hippomobile allemande. © IWM (C 1737)

Épilogue

Les Fairey Battle de l'AASF poursuivirent le combat en France durant le mois de juin 1940, jusqu'au repli de leur unité. C'était un effort somme toute symbolique : ces appareils étant amenés à disparaître des premières lignes, ils constituaient certainement un gage de soutien à peu de frais. Toutefois, le retour en Grande Bretagne du No. 1 Group ne signifia pas l'abandon du bombardier monomoteur : faute de mieux, il continua d'être utilisé, de nuit, contre les ports français durant la bataille d'Angleterre.

Après avoir équipées quelques unités de patrouille maritime, les Battle tirèrent leur révérence : ils servirent alors à l'entraînement des jeunes aviateurs.

Un appareil de fin de règne mais pas que

Le Fairey Battle était d'un concept qui était sur la fin. Comme beaucoup de ses contemporains et notamment, les bombardiers en piqué, il fut éclipsé par les chasseurs bombardiers. Avec l'augmentation des puissances moteurs, ces derniers pouvaient emporter une charge supérieure (limitée à 454 kg sur le Battle) et, une fois débarrassés de leur(s) projectile(s), ils étaient plus à même de se défendre.

Il apparaît également que les stratèges britanniques n'ont pas pris la mesure des faiblesses de leur matériel et de leur conception. En effet, même si le bombardier finit toujours par passer, le taux de perte est souvent difficilement supportable. La guerre se chargea de ramener les décideurs à la dure réalité : le Battle avait besoin d'une forte escorte, voire mieux, que la supériorité aérienne fut établie. Hélas, pour ce faire, il fallait dégarnir la défense du Royaume-Unis. Un effort que n'était certainement pas prêt à consentir le Fighter Command et qui n'aurait sans doute pas suffit à changer l'évolution de la situation au sol.

Sources :

  • Overy R, Sous les bombes : Nouvelles histoire de la guerre aérienne 1939-1945, Au fil de l'histoire, Flammarion 2014
  • Roba J-L, La RAF en France 1939-1940 1ère parie : Battle dans la tourmente Mai-juin 1940, in Batailles Aériennes n°67 Janvier, février, mars 2014
  • Article Wikipedia sur l'Advanced Air Striking Force
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