Fana décevant

Publié le par Romain Lebourg

Le Fana m'a déçu !

Cela fait deux numéros que Le Fana de l'Aviation consacre des articles à la Drôle de Guerre. Le numéro d'octobre (n°599) comprenait la 1e partie d'un article sur les combats aériens de la Sarre et celui de novembre (n°600) la 2e partie de cet article et un autre sur le combat des 9 contre 27. Si le second article n'est pas mauvais, le premier, en revanche m'a laissé bien pantois.

Au point que j'ai écrit au magazine pour signalé les erreurs, puisque l'offensive de la Sarre est un de mes sujets d'étude. Le rédacteur en chef m'assuré que mon courrier avait été transmis à l'auteur et, depuis... silence radio ! Alors, autant mettre mes griefs à la vue de tous. Au pire cela passera inaperçu, au mieux cela suscitera le débat. Et dans mes rêves les plus fous, cela fera sortir l'auteur de sa réserve...

L'auteur ne maîtrise pas son sujet !

L'essentiel du problème est là ! L'auteur semble n'avoir qu'une connaissance superficielle de ce qu'il écrit. Pour le spécialiste que je suis c'est rageant. Car je pense aux néophyte qui vont lire toutes ces erreurs et se faire une mauvaise conception qu'il faudra ensuite démonter lors des discussions.

Ce manque de professionnalisme se matérialise de différentes façons :

Une mauvaise connaissance de notre Armée de l’Air :

L'auteur méconnait notre armée de l'Air de l'époque, que ce soit dans son organisation générale ou dans les unités engagées :

On peut ainsi lire que les forces aériennes de coopération comprenaient des groupes d'observation au niveau de l'armée, du corps d'armée, de la division [...] (n° 599, page 18) ou encore qu'il y avait des groupes de reconnaissance à disposition des corps d'armées (n° 599, page 25).  Alors que l'organisation est relativement simple et bien connue par ailleurs :

  • 1 groupe de reconnaissance (GR) détaché à chaque armée ;
  • 1 groupe aérien d'observation (GAO) détaché à chaque corps d'armée ou division de la Cavalerie.

De même, nombre de GAO et d'unités d'aérostation sont oubliés, tout comme les unités travaillant pour la IIIe Armée (dans la première partie) ! En revanche l'auteur mentionne le GAO 553 alors que celui-ci opérait à l'est de la zone de l'offensive et pour le compte de la région fortifiée de la Lauter. Or, elle ne prenaient pas part à l'offensive ! Enfin, le GAO 3/551 est traité comme une unité de renfort (n°600), alors qu'il suivait simplement sa division de cavalerie de rattachement...

Des inexactitudes sur le matériel

L'article contient également une série d'inexactitude, voire de contre-vérités sur le matériel. Cela me parait gênant pour une revue spécialisée, surtout quand certains éléments ont été traité par les confrères !

L'auteur nous indique, par exemple, qu'il y avait incompatibilité des matériels [radio] entre les armées (n° 599, page 27) ! C'est nié tout le travail réalisé durant le précédent conflit pour le réglage des tirs d'artillerie et, de façon plus générale, la transmission en temps réel des observations de l'avion au sol ! C'est également ignorer que les réseaux radio de l'armée de Terre pouvaient prendre en compte les unités de l'armée de l'Air détachées. Mais surtout, c'est un moyen bien facile pour évacuer le problème (vaste) des transmissions, tout en taclant nos dirigeants au passage (ils en ont déjà assez fait comme ça sans qu'il y ait besoin d'en rajouter, je pense).

À gauche le réseau de commandement d'un corps d'armée. Oh ! le PC des forces aériennes est relié par un poste de l'armée de terre au PC du corps d'armée ! À droite le poste radio R 11 developpé pour... capter les émissions des avions d'observation !À gauche le réseau de commandement d'un corps d'armée. Oh ! le PC des forces aériennes est relié par un poste de l'armée de terre au PC du corps d'armée ! À droite le poste radio R 11 developpé pour... capter les émissions des avions d'observation !

À gauche le réseau de commandement d'un corps d'armée. Oh ! le PC des forces aériennes est relié par un poste de l'armée de terre au PC du corps d'armée ! À droite le poste radio R 11 developpé pour... capter les émissions des avions d'observation !

Dans la même veine, nous avons droit à une belle calembredaine à propos du Messerschmitt Bf 109 E : c'est la dernière version du Messerschmitt, qui bientôt remplacera tous les Bf 109D (n°600, page 68 - j'ai gardé la façon d'écrire erronée). Or, une simple recherche sur Internet montre que beaucoup des Bf 109 D encore en service en septembre 1939 étaient destinés à être remplacés par des Messerschmitt... Bf 110 ! De plus, contrairement à ce qu'affirme l'auteur, le Jagdgeschwader 53 (JG) était complètement équipé en Bf 109 E à la déclaration de guerre ; seule la JG 52 n'avait pas tout à fait achevé sa transformation. Mais ce mythe est entretenu dans l'article sur le combat des 9 contre 27 également...

Enfin, certains de nos matériels sont décriés de façon assez navrante. Je passerai sur le MB-131 traité de bombardier raté (je n'ai vu cela que chez Jean Gaillard) dans les deux articles (et oui, encore !) pour aller sur les ANF-les Mureaux (non, je n'ai pas d'action chez eux !). Il est assez facile de médire sur ces appareils désuets surtout quand on ne mentionne pas, qu'en face, il n'y a pas mieux ! C'est malhonnête, mais tellement pratique !

Les ANF-Les Mureaux, des appareils qui ont réellement bon dos !Les ANF-Les Mureaux, des appareils qui ont réellement bon dos !

Les ANF-Les Mureaux, des appareils qui ont réellement bon dos !

Une méconnaissance des actions aériennes :

L'article du Fana donne donc une vision extrêmement faussée de la situation.

L'auteur va jusqu'à parler de l'omniprésence des Messerschmitt (n°599, page 27) au 9 septembre alors qu'un examen des pertes françaises montre que seuls des appareils de reconnaissance ont été attaqués et que le gros des combats à lieu plus à l'est que la zone touchée par l'offensive ! Ou alors, il indique (n°600), le 10 septembre, que plusieurs Mureaux vont se succéder au-dessus du terrain de Sankt-Arnual, alors que les archives ne montrent pas cela ! Aucun mot à propos du système d'alerte allemand...

De même, il est assez aisé faire croire que les pertes ont été lourdes, quand on ne donne pas, ne serait-ce que le nombre des mission exécutées. On se rend alors compte que notre aviation d'observation est loin de s'être fait étriller mais que nos responsables ont pris rapidement les mesures qui s'imposaient, avant qu'on ne puisse parler de massacre ! Pour une fois qu'ils ont fit quelque chose de bien, il s'agirait peut-être le mentionner, non ?

Enfin, étrangement, dans son livre consacré à l'Amiot 143, Jérôme Ribeiro ne parle pas de cet ordre qui a été donné à plusieurs reprises de charger les bombes sur les Amiot 143 et Bloch 210 (n°600, page 70). Serait-ce une exclue ou une invention de l'auteur ? Malheureusement, comme il ne donne pas ses sources, je ne sais pas d'où ça vient. Mais compte-tenu du reste de l'article, j'ai plutôt tendance à donner plus de crédit à l'ouvrage de M. Ribeiro.

Un article de désinformation

Au final, c'est un article bâclé, sans réel travail de fond dans les archives ou la littérature. Et cela est navrant, car cela induit plus de pédagogie pour ceux qui fouillent et une impression d'inutilité du travail accompli aux archives. Le fait que je n'ai pas reçu de réponse ne me chagrine pas, je sais que je n'ai que ce blog pour appuyer mon sérieux et que ça fausse le débat. Car il faut croire qu'un blog, ce n'est pas assez sérieux ! Vous qui me lisez, qu'en pensez-vous ?

J'ai également essayé de discuter de ce sujet dans un groupe de reconstitution consacré à l'armée de l'Air en 1939-40. Le silence a été assourdissant ! Personne ne semblait avoir lu l'article dans ce milieu de passionnés ! Ce qui m'a davantage choqué. À moins que je ne prenne le problème à l'envers et qu'il faille me réjouir de la faible audience du Fana dans notre milieu... Toujours est-il que votre avis m'intéresse. Alors n'hésitez pas à me le donner en commentairewink.

Et si vous voulez un bilan plus sérieux, c'est ici. Ok, c'est moi qui l'aie écrit, mais c'est moins long et... c'est gratuit (hors coût de l'abonnement à Internet) !

Sinon, tout n'est pas jeter dans cette revue.

Publié dans Critiques

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