Fin de l'avion ?

Publié le par Romain Lebourg

La fin de l'avion ?

Dans le dernier hors-série de Philosophie magazine, j'ai trouvé une discussion intéressante. Ce numéro est consacré à la philosophie du réchauffement climatique et les voyages en avion y prennent leur place.

La discussion en question confronte les points de vue de deux philosophes : Dominique Bourg, professeur honoraire à l'université de Lausanne, et Peter Singer, titulaire d'une chaire d'éthique à l'université de Princeton.

Si ces deux penseurs se rejoignent sur certains points, leur point de vue sur les voyages en avion est radicalement différent. Et chacun met en cause l'un des deux acteurs possible dans la lutte contre le réchauffement climatique.

À la fin des années 30, le transport aérien restait coûteux et inaccessible aux masses.

À la fin des années 30, le transport aérien restait coûteux et inaccessible aux masses.

Aucun des deux intellectuels ne remet en cause la nécessité de réduire les voyage en avion : c'est pour eux deux une nécessité*.  Pour Dominique Bourg, il faut réduire le trafic aérien de 70%, c'est-à-dire faire de l'avion un mode de transport exceptionnel.

Pour le philosophe franco-suisse, les vrais responsables sont les pouvoirs publics qui permettent que l'avions soient largement moins chers que le train. Mais pour Peter Singer ce n'est pas un problème. Ainsi explique-t-il on peut réfléchir à une façon éthique d'investir le gain économique réalisé, par exemple sous la forme d'un don à une association agissant dans le secteur de l'écologie. Pour le philosophe franco-suisse la solution serait plutôt une taxation des billets d'avions

Dans le cas où l'alternative n'existe pas, le penseur australien insiste encore sur le choix de l'individu et sur une interrogation personnelle de ses motivations. En d'autres terme, il s'agit de déterminer si le voyage envisagé est important ou non par rapport à ses priorités personnelles. Au contraire, son "contradicteur" envisage plutôt la mise en place démocratique de quotas kilométrique pour que l'avion devienne une exception pour tous. Ainsi la réduction du nombre de voyages serait imposée à tous par tous et non à chacun par soi-même.

En d'autres termes, Dominique Bourg  propose l'instauration de règles générales, chose que Peter Singer ne croit pas possible de mettre en place. D'un côté, on a une action de l'État, voire de la communauté internationale, de l'autre celle de l'individu.

On peut se demander si le toutisme à l'autre bout du monde est nécessaire.

On peut se demander si le toutisme à l'autre bout du monde est nécessaire.

On peut discuter des faiblesses de ses deux schémas de pensée. Pour moi, la principale est qu'on a tord des deux côtés !

Il doit évidemment y avoir une prise de conscience individuelle de la vacuité de bon nombres de nos trajets en avion. Parce qu'il existe des alternatives ou parce qu'ils ne servent qu'à faire gagner de l'argent, toujours aux mêmes.

Mais, il y a aussi un rôle de l'État et des collectivités à ce sujet. Peu importe l'organisation, centralisée ou fédéralisée, dans une démocratie, c'est l'État qui est le maître d’œuvre de l'organisation de la société. C'est lui qui régule, fait développer les infrastructures, encourage les initiatives. Les communauté ont ensuite un rôle similaire à un niveau plus local. En définitive, l'individu ne peut que faire avec l'organisation choisie.

Toutefois, en démocratie, l'individu peut encore exprimer ses désaccords et, par des actions collectives, influer sur la politique de l'État. On comprend donc lors les nécessaires prise de conscience et éventuelle introspection de chacun pour permettre un regard critique des décisions de nos élus.

En bref, en démocratie, chacun est complémentaire et peut influencer les actions de l'autre. On a donc tord d'opposer les deux niveaux de décisions et de favoriser l'un plutôt que l'autre.

La question de l'aviation privée mérite également d'être posée.

La question de l'aviation privée mérite également d'être posée.

Note :

* On pourra par exemple lire cet article.

Publié dans Aparté

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