Guyanes unies

Publié le par Romain Lebourg

Les Guyanes unies face à l'Allemagne Nazie

Le plateau des Guyanes est une terre assez lointaine par rapport à la métropole et, qui plus est, totalement coupée du territoire allemand. Néanmoins, elle fut touchée par la guerre. L'épisode presque burlesque du sabordage du SS Goslar dans le port de Paramaribo, est connu ; mais d'autres faits ont été passés sous silence.

L'épave du SS Goslar, photographiée en novembre 2011

L'épave du SS Goslar, photographiée en novembre 2011

Un projet d'union des colonies...

L'union sacrée face au péril latino

En mai 1940, l'idée surgit de regrouper les trois colonies (française, hollandaise et anglaise) en une seule pour mutualiser leur défense en cas d'attaque.

Les gouvernements alliés étaient préoccupés par les tractations allemandes dans les pays d'Amérique du Sud. Les victoires de la Wehrmacht en Europe ne pouvaient que galvaniser les voisins des colonies européennes. De plus, il était évident que les États-Unis auraient eu tout intérêt à ne pas intervenir. En effet, le départ des Européens des Guyanes aurait débarrassé le pays de rivaux dans une zone que ses dirigeants considéraient comme dans sa sphère d'influence.

L'armement aérien de la triple-alliance :

Le 16 juin 1940, Le Béarn appareilla de Halifax avec, dans ses hangars, quarante-quatre Curtiss SBC-4 Helldiver, vingt-trois Curtiss H-751, six Brewster B.339 et trente-trois Stinson 105. Malheureusement la prise des ports de l'Atlantique rendait leur livraison impossible. Que faire de cette précieuse cargaison ?

On décida donc de débarquer les appareils en Guyane. Les B.339, issus d'une commande belge, étaient revendiqués par le Royaume Unis et les Pays Bas. Les Helldiver, dépassés en Europe, furent unanimement reconnus comme l'appareil idéal pour surveiller la jungle et les approches maritimes du plateau des Guyanes. Quant aux Stinson, on prévit de les reléguer aux rôles d'appareils d’entraînement et de liaison (bien que les artilleurs en réclamèrent également quelques uns).

Le problème des infrastructures :

Toutefois, il n'existait pas encore d'aérodrome en Guyane française. On décida donc de la construction de deux terrains. L'un dans l'ouest guyanais, à Saint-Laurent-du-Maroni, et l'autre à Cayenne. Les bagnards présents sur place constituaient la main-d'œuvre idéale pour ces projets. L'autre difficulté, et de taille, était que l'on manquait de personnels pour armer les escadrilles nouvellement créées et qu'il était impossible d'en prélever sur les personnels métropolitains. C'est ce qui motiva la création d'une école de pilotage inter-alliée, sur le modèle de ce que nous avions déjà entrepris pour notre compte en Indochine.

Des Curtiss CW-77 destinés à la France, probablement photgraphiés aux USA après leur sortie d'usine. (photographie du San Diego Air and Space Museum, tombée dans le domaine publique)

Des Curtiss CW-77 destinés à la France, probablement photgraphiés aux USA après leur sortie d'usine. (photographie du San Diego Air and Space Museum, tombée dans le domaine publique)

... rattrapé par la situation européenne :

Cependant, l'armistice et la mise en place du régime de Vichy ébranlèrent sérieusement l'accord entre la France et les deux autres nations. L'attaque de Mers-el-Kébir, le 3 juillet 1940, finit de briser le ménage à trois : la Guyane française se rallia définitivement au gouvernement du maréchal Pétain. Entre temps, les appareils transportés par le Béarn avaient été débarqués en Martinique et y restèrent donc.

Suite à l'affaire de Dakar, un nouveau projet vit le jour : envoyer trois Farman 223 en Guyane pour bombarder les possessions britanniques en représailles. Cette initiative fut encouragée par les Allemands et les Italiens qui y voyaient un moyen de divertir une partie de la Royal Navy. Malheureusement l'absence de terrain à Saint-Laurent-du-Maroni comme à Cayenne fit capoter le projet. De plus, leur transport par voie maritime aurait été hasardeux, à cause de la puissance de la marine britannique.

On pensa alors à détacher les Loire 130 de l'escadrille 17S (ex 8S2) de Fort-de-France à Cayenne. Les appareils devaient faire escale à Saint-Laurent-du-Maroni avant de contourner la côte du Suriname et de frapper Georgetown, la capitale de la Guyane britannique. Leur autonomie ne leur permettant pas de rejoindre leur nouvelle base par les airs, on pensa monter les hydravions sur les croiseurs Jeanne d'Arc et Émile Bertin, qui les auraient catapultés à environ 800 km de la côte.

L'utilisation de Saint-Laurent--du-Maroni ne devait rien au hasard. D'abord c'était la ville la plus proche de la Guyane britannique. Ensuite la présence de nombreux bagnards permettait la remise en œuvre rapide des installations créées en 1919 pour l'éphémère compagnie aériennes des Transports Aériens Guyanais.

Mais sous la pression des États-Unis, qui avaient déjà contraint à l'abandon sur place des appareils embarqués par le Béarn, l'opération fut annulée. Aucune autre mission ne fut plus imaginée.

Les vestiges de l'appontement du bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, photographiés en mars 2012

Les vestiges de l'appontement du bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, photographiés en mars 2012

Quelques faits historiques :

Si vous avez lu jusque là, bravo ! Si vous y avez cru... tant mieux, cela veut dire que je suis doué pour inventer des histoires crédibles. cheeky Évidemment, ce qui précède est un canular pour le 1er avril. Il s'agit même de la réutilisation d'un ancien article que j'ai écrit, il y a... six ans ! Mais j'y ai glissé quelques vérités historiques et me suis inspiré d'autres.

Tout d'abord l'épisode du Béarn est véridique. Le porte-avion français débarqua bien sa cargaison en Martinique, où elle fut laissée à l'abandon, sous la pression des USA ! Plusieurs photographies montrent les appareils parqués dans une prairie de l'île. Ces appareils furent sabordés en mai 1942.

Mais, à ma connaissance, il ne fut jamais prévu d'unifier les colonies guyanaise. Toutefois, il a existé un plan d'Union franco-britannique, en juin 1940. L'idée était de fusionner les empires français et britannique en une seule nation ! Communiqué dans l'après-midi du 16 juin 1940 à Paul Reynaud, ce plan fut rejeté par le conseil des ministres qui suivit et la France s'engagea ensuite sur la voie d'un armistice.

D'autre part, l'opération franco-britannique de Dakar déclencha bel et bien des raids de représailles de la part du Gouvernement de Vichy. Deux expéditions de bombardiers furent envoyées les 24 et 25 septembre 1940 contre le port de Gibraltar. Les résultats furent assez faibles, du fait de la mauvaise précision des bombardements de l'armée de l'Air (les marins se révélèrent plus adroits).

Concernant la Guyane Française, il fallut attendre 1943 pour qu'un aérodrome y soit aménagé par les Américains. Il allait devenir l'aérodrome de Rochambeau, maintenant Félix Éboué. De jeunes Guyanais furent également recrutés comme navigants mais leur parcours fut long et semé d’embûches ; ils n'arrivèrent en unité qu'à la fin du conflit (voir Auguste-Robert Plénet, Pilotes de l'Empire, éditions Ibis rouge).

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