Heinkel He 70

Publié le par Romain Lebourg

Le Heinkel He 70, éphémère comme l'éclair

Dériver un avion militaire d'un avion de transport, cela est connu comme un sport allemand des années 30. En effet, afin de contourner les interdits du traité de Versailles, ces derniers ont eu recours à ce subterfuge pour développer leurs avions lourds : les avions de transport étaient conçus pour être facilement transformés en bombardiers*.

Dans d'autres nations, des bombardiers ont été extrapolés d'appareil de transport. Citons par exemple le Bristol Blenheim, l'Avro Anson, ou encore les Vultee V-1 transformés par les Républicains espagnols, voire les AAC-1 Toucan, convertis dans nos colonies (sur ce coup-là, on a copié sur notre voisin). 

Un avion de transport rapide... comme l'éclair :

Contrairement à une habitude bien ancrée à cette époque en Europe, le Heinkel He 70 ne naquit pas d'une demande de l'État allemand. Et pour cause, le traité de Versailles interdisait à la république de Weimar de mettre sur pied la moindre force aérienne. Cet avion naquit donc... d'une banale concurrence entre compagnies aériennes ! Un fait assez rare en Europe, à cette époque.

En effet, lorsque Swissair mis en service ces Lockheed Orion en mai 1932, les dirigeants de la Lufhansa furent piqués au vif : la compagnie allemande de transport aérien  ne disposait d'aucun appareil capable de rivaliser en matière de vitesse ! S'ils avaient bien anticipé l'apparition du monomoteur américain, les têtes pensantes de la DLH avaient sousestimé ses performances. Heinkel et Junkers furent donc sommés d'adapter leurs recherches en cours et de produire rapidement un concurrent.

Bien que les ingénieurs d'Ernst Heinkel décidèrent de repartir d'une feuille blanche, le prototype du He 70 fut prêt à la fin du mois de novembre et prit l'air le 1er décembre ! L'appareil était un monoplan à aile basse et train d'atterrissage rétractable. Sa construction faisait appel au bois pour la voilure et au métal pour le fuselage. Il était mû par un moteur de douze cylindres en V BMW VI qui développait 637 ch. Son fuselage fin et élégant ne permettait d'emporter que quatre passagers.

Grâce à ses bonnes performances, le He 70 fut commandé à douze exemplaires, mais seuls dix entrèrent réellement en service, à partir de juin 1934. L'appareil fut baptisé Blitz (éclair), en raison de sa rapidité, et fut utilisé jusqu'en 1938, sur trois lignes au départ de Berlin. La version G, pouvait atteindre la vitesse remarquable de 360 km/h et l'altitude de 5 600 m quand le Lockheed Orion plafonnait à 282 km/h mais pouvait grimper jusqu'à 6 700 m. L'honneur allemand était sauf !

Un Heinkel He 70 A de la Lufthansa.

Un Heinkel He 70 A de la Lufthansa.

Un bombardier rapide plutôt chimérique :

En 1933, l'Allemagne connu un bouleversement politique avec la nomination d'Adolf Hitler comme chancelier. En effet, outre le changement de régime, une remilitarisation de pays fut lancée. Or, dans le domaine aérien, il fallait repartir de presque rien.

Au même moment, le He 70 était en essai. Sa vitesse impressionnait déjà, d'autant qu'aucun avion de chasse en service n'était alors en mesure de l'atteindre (mais le D.500, testé à partir de juin 1932, si !). Compte tenu des dimensions de l'appareil et des moteurs existant, on jugea qu'il ferait un excellent bombardier rapide (Blitzbomber) ainsi qu'un avion de reconnaissance idéal. C'est ainsi que furent développés les versions E et F, destinées respectivement au bombardement et à la reconnaissance.

Le He 70 F-1 entra en service vers 1935. Pour les aviateurs allemands, c'était un choc ! Ils passaient d'appareils lents à cockpit ouvert à un autre, rapide et à l'habitacle complètement fermé. De plus, l'appareil disposait de peu de postes d'observation ! En effet, les modifications furent minimes (sans doute pour accélérer l'entrée en service) : le poste de pilotage fut centré et la cabine accueillant les passagers fut aménagée pour accueillir un opérateur radio et une mitrailleuse de défense arrière ainsi qu'un observateur et un appareil de prise de vue (une vitre fut installée sous le fuselage). Ainsi, lorsque les Dornier Do 17 F-1 apparurent, fin 1936, ils représentaient un net progrès pour l'observateur ! De plus, les performances du monoplan Heinkel n'avaient alors plus rien d'exceptionnel. Les He 70 furent alors relégués à des rôles secondaires et sans gloire, mais plus appropriés.

Un Heinkel He 70 F du Gruppe A/88, en août 1937.

Un Heinkel He 70 F du Gruppe A/88, en août 1937.

Fugace utilisation en Espagne :

Toutefois, le He 70 F fut la première monture du groupe de reconnaissance A/88 de la Legión Cóndor. Les douze premiers appareils arrivèrent fin 1936 et sept autres suivirent en 1937. Cette deuxième année de guerre civile en Espagne se montra particulièrement funeste pour le monomoteur allemand. En effet, l'entrée en service des Polikarpov I-16 et I-15 dans les rangs des Républicains ne permettaient plus au Blitz d'agir impunément ! De plus, outre les réservoirs non protégés logés dans les ailes en bois, l'appareil disposait d'une seconde tare : l'usage d'un alliage de magnésium (Elektron) pour certains éléments de la cellule (construite en duralium sinon). Or, si le magnésium a la bonne idée d'être léger, il a malheureusement le mauvais goût d'être très facilement inflammable... ce qui est plutôt gênant pour un appareil militaire (mais si les Allemands avaient été les seuls à faire cette erreur...).

De fait, on connaît quatre pertes au combat de He 70, toutes intervenues entre juin et août 1937 ; une cinquième pourrait avoir eu lieu en octobre. C'est peu. Mais comparé au six Do 17 abattus en deux ans, c'est assez significatif de la vulnérabilité de l'appareil. Ainsi, au fur et à mesure de l'arrivée des bimoteurs Dornier, les He 70 furent reversés de bonne grâce à l'allié espagnol, qui le baptisa avec originalité Rayo (éclair). Ils furent utilisés par le Grupo 7-G-14 et les deux escadrilles indépendantes 3-E-14 et 4-E-14 (14 étant le code attribué à l'avion) avec un certains succès durant les différentes batailles. Mais, à partir de 1938, on les relégua sur des fronts secondaires. Lorsque le conflit cessa, en avril 1939, il restait onze He 70 F sur les vingt-cinq livrés ; le dernier He 70 espagnol fut retiré du service en 1956.

Heinkeil He 170 A du 1/II Tavolfelderito Század, en 1939.

Heinkeil He 170 A du 1/II Tavolfelderito Század, en 1939.

Un mélange franco-allemand hongrois :

Étant donné les qualités du Heinkel He 70, une version export fut prévue et désignée He 70 K. Dix-huit furent commandés par la Hongrie en 1936. Elle ressemblait davantage à la version militaire F qu'à la version civile G. La principale différence avec les appareils allemands concernait la motorisation. Au moteur BMW VI de 750 ch succéda un Gnome et Rhône 14K de 1014 ch, fabriqué sous licence par l'industriel hongrois Manfred Weiss.

Le prototype effectua son premier vol en 1937. Avec son puissant moteur, l'appareil atteignit ainsi 434 km/h à l'altitude de 3 400 m, ce qui étaut très honorable. La fabiraction et les livraisons s'étalèrent entre 1937 et 1938. Rebaptisé He 170, l'appareil entra en service au sein du 1/II Tavolfelderito Század, c'est à dire un groupe de reconnaissance lointaine. L'usage en Hongrie du monomoteur Heinkel fut donc le même qu'en Allemagne.

Les première mission de guerre du He 170 eurent lieu lors d conflit qui opposa le pays à la Slovaquie puis durant les tensions  avec la Roumanie. L'appareil n'eut pas a souffrir de l'opposition adverse. De fait, le groupe 1/II fut de nouveau engagé à partir de la fin juin 1941, au-dessus de l'Union soviétique. Bien que l’aviation soviétique était encore doté d'un matériel aux performances dépassées et qu'elle fut sérieusement maltraitée par la Luftwaffe, les He 170 montrèrent très rapidement leurs limites : un manque de visibilité pour l'équipage déjà constaté par les aviateurs allemands, une grande vulnérabilité au feu (idem) ainsi qu'un armement défensif trop faible! Ainsi, au bout d'à peine un mois d'opération et deux pertes en opération, les appareils survivants furent relégués à des missions moins guerrières.

En Hongire comme en Allemagne, le He 70 finit donc sa carrière dans l'ombre.

 

Une fausse bonne idée ?

Heinkel avait bien essayé d'améliorer son appareil en étudiant une version gréée d'un moteur Daimler Benz DB 601 de 1 175 ch au décollage. Mais cette proposition ne connut aucun succès. Certes ce moteur n'était pas suffisamment disponible ; mais c'est surtout l'existence d'autres appareils plus adaptés qui tua dans l’œuf cette tentative d'amélioration. En effet, le fuselage du Heinkel He 70 n'offrait pas la visibilité nécessaire pour effectuer les observations aériennes. En outre, les matériaux utilisés dans sa construction, bois et Elektron, étaient inflammables et rendaient donc cet appareil dangereux pour son équipage, en combat aérien.

Si le Heinkel 70 ne fut pas un bon appareil de reconnaissance, il apparut à un moment crucial, où les progrès en aviation étaient rapides. Il eut ainsi le mérite de permettre à la force aérienne allemande renaissante de s'équiper rapidement avec un appareil moderne. À défaut d'être un foudre de guerre, il permit donc aux équipages allemands de se familiariser avec les derniers raffinement de la technologie. Et c'est probablement tout ce qu'on pouvait attendre de propre d'une telle conversion.

Notes :

* Cela rendit un grand service à l'Afrique du Sud, qui militarisa la douzaine de Ju 86 Z de la compagnie aérienne South African Airways et les employa comme patrouilleurs maritime (il participèrent notamment à l'interception d'un forceur de blocus allemand) puis comme bombardiers contre l'Italie.

Sources :

  • Fernadez J et Laureau P, La légion Condor, Histoire de l'aviation n°7, Lela Presse 1999 ;
  • Karadi Y, Magyar Királyi Hinvéd légierő, in Aérojournal n°54 2016 ;
  • Pelletier A, Histoire mondiale des avions de ligne depuis 1908, ETAI 2004 ;
  • Article sur le He 170 sur Airwar.ru (en russe)
  • Article sur le He 170 sur History of war (en anglais) ;
  • Article sur le He 70 sur Wikipedia (en anglais) ;
  • Article sur le He 70 sur Wikipedia (en espagnol) ;
  • Discussion sur les He 70 en Espagne sur le forum Axis History (en anglais)
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