Observation et maîtrise de l'air

Publié le par RL

Aucune observation possible sans maîtrise de l'air au préalable

La "non application" doctrine de coopération air-terre française :

Pourquoi faire des recherches sur la coopération entre notre armée de l’Air et l’armée de Terre en 1939-1940 ? D’abord parce que j’ai du temps à perdre ! Ensuite parce j’ai entendu que, contrairement à l’Allemagne, la France n’avait pas de doctrine de coopération air-sol. Or, c’est faux ! Simplement elle n’a pas été appliquée. Mais pourquoi diable en parler alors ? Parce c’est du plus grand intérêt.

La France avait donc une doctrine de coopération entre l’Air et la Terre, héritée de la Grande Guerre. Elle n’avait guère évolué depuis, s’étant juste adaptée à la raréfaction des moyens. Les avions non plus n’avaient pas tant évolué : on en restait aux biplaces lents. Oh ! on s’était bien rendu compte de leur vulnérabilité. En effet quand l’observateur regarde le sol, pour contrôler un tir ou relever les positions de la 1ère ligne qui jalonne, ou encore lire les panneaux qui permettent au sol de lui répondre, il ne surveille pas le ciel ! L’idée fut donc de remplacer ces biplaces par des multiplaces de combat, puis, plus prosaïquement, des triplaces. Sauf qu’ils ne vinrent jamais, sans doute parce que leur programme était un casse-tête – nous en reparlerons.

La nécessité de la maîtrise de l'air :

Le 10 septembre, en pleine offensive de la Sarre, deux ANF-115 du GAO 1/520 sont envoyés en mission de réglage d’Artillerie (ou de contrôle de tirs, plutôt) sur deux aérodromes de Sarrebruck. Ils sont escortés par des MS-406 du GC I/3, le groupe de chasse rattaché à la IIIème Armée – le GAO 1/520 est rattaché au 20ème Corps, affecté à la… IIIème Armée. Tout ce petit monde est attaqué par des chasseurs allemands Messerschmitt Bf 109 E du I./JG 53. Malgré la présence de l’escorte, les chasseurs allemands abattent le Mureaux n°106, qui s’écrase avec son équipage, tandis que l’autre appareil doit effectuer un atterrissage forcé ; deux MS-406 sont également endommagés au cours du combat. Cet engagement montre clairement la vulnérabilité de nos appareils d’observation, même escortés par ce que nous avions alors de plus performant (ou presque)… ce que l’on savait déjà en fait.

La Grande Guerre, notemment lors de l'offensive du Chemin des Dames, avait déjà montré que, pour espérer travailler correctement, l’aviation d’observation a besoin que l’on s’assure, au préalable la maîtrise de l’air. Or, clairement, rien n’a été entrepris dans ce sens lors de l’offensive de la Sarre : pas de bombardement des terrains allemands, par peur des représailles, pas de sortie massive de la chasse française pour balayer le ciel. Avons-nous fait mieux après l’attaque allemande du 10 mai ? Pas du tout ! Nous étions dans la posture d’un boxeur néophyte qui attend les coups d’un champion avec le secret espoir de les esquiver.

D'autres raisons évoquées :

Alors, comme je l’ai lu, on peut affirmer que si les GAO n’ont que peu opéré c’est parce que leur chef, le général commandant la grande unité de rattachement, ne le leur a pas demandé. Sans doute. L’étude des missions de l’aviation de renseignement montre bien qu’il y eut rarement escorte de chasse ; l’exemple du GR I/35, travaillant pour la VIIème Armée, est éloquent, puisqu’il n’effectua qu’une seule mission avec escorte de chasse de toute la guerre ! Et la situation des GAO était à peine moins enviable. Il leur fallait souvent compter avec les heures des protections aux coups de la chasse française, sauf... qu’on ne pouvait pas compter dessus. Le problème se trouve sans doute là : l'impossibilité de faire protéger les avions par l'unique groupe de chasse affecté à chaque Armée.

Enfin, il y a le matériel. Certes les ANF 115, ce que les GAO pouvait espérer posséder de plus moderne en septembre 1939, étaient dépassés. Mais le programme censé leur donner un remplaçant n’avait pas encore abouti : on en était encore à tester les prototypes les moins mauvais ! Et pour cause : il était demandé que l’avion puisse faire des pointes de lenteurs (<150 km/h à 3 000 m) mais aussi aller à plus de 320 km/h (toujours à 3 000 m). Or, à ces altitudes, pour espérer échapper à des chasseurs, il faut aller aussi vite, voire plus vite qu’eux ! Mais seuls les monoplaces ont cette aptitude à l’époque et, de toute façon, aucun véhicule ne peut alors passer de 200 à 500 ou 600 km/h en une fraction de seconde… les Potez 63-11 était ce qu’il y avait de moins pire pour les GAO, mais ils n’avaient pas été conçu pour ce travail particulier.

Les appareils des GAO, dans leurs missions d'observation étaient censés opérer entre 800 et 2 000 m d'altitude, donc à la merci de la Flak et de la chasse. Potez 63-11 comme ANF 115 y étaient fatalement vulnérables : envoyer un avion tournicoter au-dessus des chars ou des canons allemands, c’eut été condamner un équipage à mort. De fait, seules des reconnaissances, souvent à très basse altitude, ont été envoyées, afin de réduire les risques.

Conclusion :

Il fallait donc s’assurer la maîtrise de l’air, c’est-à-dire utiliser la chasse massivement pour éliminer celle de l’adversaire et envoyer nos bombardiers détruire ses nids, ce qui ne fut jamais effectué. Ce qui était impossible avec des groupes de chasse répartis sur une grande partie du territoire, séprarés entre unités "réservées" (à l'armée de l'Air) et unités des Forces Aériennes de Coopération.

Si notre aviation de coopération n’opéra pas comme il était prévu, c’est bien qu’on ne lui donna pas les conditions de le faire. La preuve : les Henschel Hs 126 allemands, voisins de nos Mureaux, eux, purent opérer. Malgré la maîtrise de l'air par la chasse allemande, certains furent interceptés et abattus ; mais ils se révélèrent parfois difficile à abattre même s’ils n’étaient pas autant blindés qu’on voulut nous le faire croire. Ils ne furent remplacés, par un bimoteur, le Focke-Wulf Fw 189, qu’à partir de 1941. C’est bien une preuve que nous aurions pu faire avec ce que nous avions, en utilisant mieux nos aviations de chasse (à l’époque on disait aviation légère de défense, tout est dans le titre… ronflant) et de bombardement.

Publié dans Panorama

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