Mésaventures espagnoles

Publié le par Romain Lebourg

Les mésaventure espagnoles du Potez 540

Le numéro de décembre 2020 de la revue Aérojournal revient sur les mésaventures du Potez 540 en Espagne. Une occasion de revenir sur un avion et un concept particulièrement décriés.

Des avions de guerre... désarmés !

J'ai déjà parlé du concept BCR qui a donné naissance à cette machine à l'air surannée qu'était le Potez 540. J'ai également parlé de son service dans notre armée de l'air.

En août l'été 1936, douze appareils de ce type ont été cédés par la France aux Républicains espagnols. En octobre, des Potez 542 vinrent les renforcer. Cependant, tous ne comportaient ni armement, ni viseur de bombardement ! Si les Espagnols purrent monter des mitrailleuses Lewis dans les tourelles, aucun viseur de bombardement ne fut jamais monter... un défaut plutôt dommageable pour un bombardier !

Un Potez 540 du GR I/55. En France, l'appareil ne servit jamais comme bombardier.

Un Potez 540 du GR I/55. En France, l'appareil ne servit jamais comme bombardier.

Une mauvaise utilisation

Les Potez 540 durent donc opérer à basse altitude, pour permettre à leur bombardier de viser sans trop d'erreur. Cela eut deux inconvénients majeurs. D'abord, les appareils furent extrêmement vulnérables au feu antiaérien. Ensuite, leurs moteurs n'étaient alors pas utilisés à l'latitude où ils donnaient le meilleur d'eux-même ! L'avion était donc lent.

Mais un autre handicap vint grever les performances déjà modeste des bimoteurs français. En effet, les bombardiers et navigateurs espagnols n'étaient pas formés à l'emploi des mitrailleuses. Ainsi, au lieu d'un équipage de quatre ou cinq hommes, les Potez 540 et 542 espagnols devaient-ils embarquer sept aviateurs ! Ce surpoids diminuait encore leur vitesse déjà peu élevée.

Des sacrifiés ?

Comme le rappelle l'auteur de l'article, Ivan Lopez, les Potez 540 ont été décriés pour leur piètres performances. Mais ils ont fait le travail et étaient les seuls bombardiers de l'arsenal républicain avant l'engagement des soviétiques. Certes, leurs taux de pertes a été important, mais il s'explique parfaitement et indépendamment de leur performances limitées.

Les appareils surchargés et volant à basse altitude rendaient plus de 100 km/h au Fiat CR.32 de l’aviation nationaliste. Dans ce cadre d'emploi, ils étaient donc des cibles faciles pour les agiles et robustes sesquiplans. Mais aussi pour les armes anti-aériennes ! Il en aurait sans doute différemment s'ils avaient pu être utilisés à 4 000 m d'altitude avec un équipage ne dépassant pas les cinq aviateurs initialement prévus.

Le MB-131 descendait lui aussi du programme BCR dont il avait hérité la faible vitesse maximale.

Le MB-131 descendait lui aussi du programme BCR dont il avait hérité la faible vitesse maximale.

Une leçon à retenir

Le conflit espagnol fut bien évidement étudié par les stratèges français. Mais il semble que la "leçon des Potez 540" n'ait pas été retenue (comme d'autres). En effet, près de quatre ans plus tard, nos bombardiers furent utilisés de la même façon et connurent également un saignée qui aurait ainsi pu être évitée.

Le Potez 540 et le concept de BCR étaient certes loin d'être parfaits. Mais il semble que l'on soit allé trop rapidement à le condamner : la plupart des contradicteurs ont oublié de regarder la forêt qui se cachait derrière l'arbre de ses piètres performances.

Article source :

Lopez I, Les cerceuils volants de Malraux : le Potez 540 en Espagne, in Aérojournal n°79, décembre 2020-janvier 2021

Publié dans Bombardement, Aparté

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