Mythe 2 : obsolescence

Publié le par Romain Lebourg

Les mythes de l'aviation française

Mythe 1

Mythe 2 : une aviation obsolète

Rappel important : l’aviation française n'était pas seule en 1939-40 ! Le Royaume-Uni a fourni sa contribution. Dans une bien moindre mesure, les Belges et les Néerlandais également.

 

On peut encore lire - cela m'est arrivé récemment sur un groupe Facebook - que notre aviation de 1940 était obsolète. C'est évidemment faux de faire cette généralité. D'une part, les personnes faisant cela généralisent la situation particulière d'une branche de notre aviation à son ensemble. Ou alors, elles commettent l’amalgame entre la situation en septembre 1939 et celle de mai 1940 (j'ai lu un enseignant en histoire le faire surprise)... niant donc que la période de la "Drôle de Guerre" fut exploitée pour moderniser notre force aérienne ! Il suffit pourtant de se pencher un peu pour voir que la situation était plus complexe.

L'ANF 115, un des symboles de l'aviation française obsolète !

L'ANF 115, un des symboles de l'aviation française obsolète !

L’aviation de renseignement :

J'ai déjà eu l'occasion d'aborder la modernité de l'aviation de renseignement française dans un long article. Je ne vais pas y revenir. Toutefois, on peut rappeler trois points importants :

  • les ANF-les Mureaux 115 et 117, qui ne sont pratiquement pas utilisés en mai-juin 1940, n'ont que peu à envier aux Henschel Hs 126 d'en face (rares sont ceux qui vont prétendre que le HS 126 était obsolète alors que pourtant...) !
  • le Potez 63-11 est au niveau de ces contemporains allemands et britanniques ;
  • les Bloch MB-174 qui entrent en service, et leur successeurs MB-176, sont très prometteurs.

En réalité, ce que beaucoup ne voient pas c'est que la "Campagne de l'ouest"1 marque le chant du cygne du biplace d'observation et le déclin des "dérivés" de bombardiers pour la reconnaissance. Des éléments que certains ont vu avant guerre lorsqu'ils ont poussés pour l'utilisation d'avions légers pour les missions d'artillerie2 ou celui de dérivés de chasseurs3 pour la reconnaissance stratégique.

Les 2 bimoteurs du renseignement français, modernes et performants.
Les 2 bimoteurs du renseignement français, modernes et performants.

Les 2 bimoteurs du renseignement français, modernes et performants.

Le bombardement, parent pauvre :

Là encore, les différents problèmes ont été abordés en détails dans un précédent article. C'est réellement l'arme la moins bien lotie.

À l'entrée en guerre, on ne compte que... douze avions modernes Lioré et Olivier LeO 451. Avec le "Drôle de Guerre", ce potentiel sera amélioré, avec quatre-vingt-quatorze machines en unités de première ligne. Sauf que que seuls deux groupes sont alors opérationnels sur ce matériel ! Il faut y ajouter les deux autres sur Breguet 693 et on obtient les unités sur matériel moderne en ligne au 10 mai 1940...

Il y a donc un réel problème de modernisation avec cette aviation. D'autant que les productions françaises sortent trop lentement. Mais, heureusement, l’aviation britannique est censée pourvoir à cette crise passagère ! C'est une des raisons pour lesquelles les Fairey Battle du No. 1 Group ont été déplacés en France et que les Bristol Blenheim du No. 2 Group devaient suivre. Leur implication a été réelle et les pertes... effarantes4.

Le matériel américain a permis de mettre en ligne rapidement 6 groupes de bombardement !s
Le matériel américain a permis de mettre en ligne rapidement 6 groupes de bombardement !s

Le matériel américain a permis de mettre en ligne rapidement 6 groupes de bombardement !s

Et la chasse, bordel ?!

Le cas de la chasse est un peu plus épineux. Et c'est souvent celui qui focalise l'attention. Là encore, les problèmes ont été abordés dans une série de six articles.

Comme c'est l'arme par excellence de la stratégie défensive, elle a bénéficié d'une attention soutenue juste avant le conflit. Son matériel est donc moderne car issus de programmes aussi récents que ceux de la "concurrence"5. À la déclaration de guerre, c'est l'arme la mieux équipée (bien qu'imparfaitement et de façon incomplète). Pour autant, si le matériel est moderne, est-il performant ?

  • Le Morane-Saulnier MS-406 forme l'ossature de la chasse en mai 1940. Il est trop lent et trop faiblement armé. Il reste cependant plus maniable que les chasseurs allemands. Au niveau technologique, il est semblable au Hawker Hurricane, plus performant que lui (moteur et armement plus puissants et meilleure aérodynamique) ;
  • Le Curtiss H-75 américain est plus rapide et un peu mieux armé. Il manque cependant encore de vitesse ; mais avec l'adoption d'un moteur en V, les choses s'améliorent ;
  • Le Bloch MB-152 est aussi bien armé que le Messerschmitt Bf 109 E-3. Il manque toutefois de vitesse et son autonomie est faible. Mais il est majoritaire utilisé pour la défense du territoire (contre les bombardiers) : pour ce rôle il me semble bien indiqué ;
  • Le Dewoitine D.520 est rapide et bien armé. Il est équivalent au Hurricane, donc encore un peu en-dessous du Bf 109 E. Il entre relativement précipitamment en service dans les unités, ce qui ne lui permet pas de donner toute la mesure de ses qualités ;
  • Le Potez 631 souffre d'une motorisation et d'un armement trop faibles... surtout quand on le compare a son homologue allemand, le Messerschmitt Bf 110. Mais, contrairement à lui, il est initialement appelé à ne servir que comme chasseur de nuit ou comme appareil de commandement.

Pour la chasse, on peut donc difficilement parler d'obsolescence. En revanche, il y a, globalement, un manque réel de performance du matériel français. Ce n'est pas forcément la faute à des matériels trop ancien, mais plutôt à une motorisation trop limitée ! En effet, alors qu'outre Rhin et outre Manche, les moteurs en V des chasseurs dépassent les 1 000 ch, en France, nous peinons à les atteindre6 !

Je ne reviendrai pa sur l'hypothèse selon laquelle le choix du LN-161 au détriment du MS-406 aurait réglé tous nos problèmes.

Je ne reviendrai pa sur l'hypothèse selon laquelle le choix du LN-161 au détriment du MS-406 aurait réglé tous nos problèmes.

Comme je viens de le rappeler dans cet article, parler d'avions obsolètes dans l'aviation française de 1940 est une erreur. Cela s'applique davantage au bombardement qu'à l'ensemble de l'effectif. En effet, pour le renseignement, nos modèles sont modernes et à la hauteur de la "concurrence" ; et pour la chasse, c'est davantage un problème de puissance moteur, voire de conception, que de modèles réellement trop anciens.

Toutefois, ceux qui sont prompts à relayer cette obsolescence supposée sont plus silencieux sur les modèles étrangers équivalents... rien que cela décrédibilise leur critique. Mais, j'ai l'impression qu'ils comparent tous nos appareils à l'aune des performances du Messerschmitt Bf 109, sans se soucier de la pertinence d'une telle démarche. c'est regrettable.

à suivre...

Notes :

1 C'est l’appellation allemande (Welfeldzug), elle me parait plus judicieuse que "bataille de France", puisque, dans les faits, il y a aussi eu des combats en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas et l'invasion de ces nations.

2 Voir cet article pour la "partie" française; il y eut également des précurseur au Royaume-Uni.

3 L'histoire a retenu le nom de Sidney Cotton, le père de la Photo Reconaissance Unit (PRU) et un Spitfire PR. Il y en a sans doute eu d'autres.

4 La mémoire collective a retenu un sacrifice de nos bombardiers à Sedan. En réalité, ces le Bomber Command qui a subit une saignée... comme les jours précédents !

5 Programmes de 1934 pour les chasseurs européens, sauf le D.520 (1936) ; la conception du Curitss H-75 démarra également en 1934.

6 Quelques valeurs pour comparaison :

Appareil MS-406 D.520 Bf 109 E Hurricane Spitfire Curtiss H-81 A-1
Moteur HS 12Y-31 HS 12Y-45 DB 601 A RR Merlin III Allison V-1710-33
Puissance 860 ch 935 ch 1 100 ch 1 030 ch 1 040 ch

 

Sources :

Ce sont celles déjà mentionnées dans les différents articles en lien. devil

Publié dans Panorama

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