Profils unchroniques

Publié le par Romain Lebourg

Mes profils uchroniques

Sur ce blog, je parle d'histoire. Mais il m'est arrivé de verser dans l'uchronie par deux fois, en réalisant des profils couleurs pour illustrer des articles. J'espère avoir été assez clair pour que personne ne se méprenne, même si aucune précaution ne met véritablement à l'abri du danger. En revanche, je pense qu'il peut être intéressant d'expliquer ma démarche. Je vais donc, dans cet article, revenir sur ces deux profils et expliquer les choix que j'ai faits pour ces représentations.

Profil uchronique d'un Vultee V-72 mis en oeuvre par une armée de l'air française continuant le combat depuis l'AFN.

Profil uchronique d'un Vultee V-72 mis en oeuvre par une armée de l'air française continuant le combat depuis l'AFN.

Le Vultee V-72 du GBA II/35

Ce profil a été publié dans le second article que j'ai consacré au bombardement en piqué. Comme je l'écris dans l'article, je pense que ces appareils auraient été reçus fin 1941 ou début 1942. À cette époque, ils se seraient sans doute montrés très vulnérables face aux Focke Wulf  Fw 190 A et autres Messerschmitt Bf 109 F alors en service dans la Luftwaffe et donc peu adaptés aux combats sur un éventuel front européen, comme le montre l'utilisation malheureuse des Junkers Ju 87 B durant la Bataille d'Angleterre par les allemands.

Le fond uchronique :

Cependant, la stratégie alliée reposait sur l'ouverture de fronts périphériques, notamment dans les Balkans. Dans le cadre d'un abandon de la métropole, il n'est cependant pas dit que nous aurions pu mettre ce plan à exécution, l'Allemagne nous ayant chassé d'Europe et ayant mis nos éventuels alliés (comme la Roumanie) dans sa poche. De plus, il est fort possible, qu'à cette époque le conflit se soit surtout déroulé en Afrique de nord, autour de la Libye.

Si on imagine une armée française combattant depuis l'AFN et l'AOF après avoir dû évacuer le territoire métropolitain en juin-juillet 1940, il est impossible qu'elle soit encore équipée de matériel français. En effet, nos usines d'armement et d'aéronautique se trouvaient en France métropolitaine et les colonies étaient bien peu développées, industriellement parlant. Dès lors, nous aurions dû être rééquipés par nos alliés britanniques et (surtout !) des commandes passées aux USA.

Ainsi, il me parait logique que les premières unités à recevoir les premiers Vultee V-72 eurent été celles de l'aviation de bombardement d'assaut, à savoir les GBA II/35, I/51, II/51, I/54 et II/54. J'ai choisi la 4e escadrille du GBA II/35 car son insigne (traditions de la SAL 52) est facile à reproduire. En outre, il reprend des symboles nord-africains, ce qui cadrait bien avec le type de conflit que je voulais aborder. Enfin, ce groupe n'a pas reçu de matériel durant la campagne de mai-juin 1940, ces pilotes ayant servi à "remplumer" les unités de l'ex-54e escadre, rapidement décimée : c'était lui rendre, en quelque sorte, justice.

Couleurs et armement :

Quant à la livrée, le choix fut assez simple. Je ne suis pas certain que le camouflage trois tons français eut été efficace au-dessus des étendues désertiques. De plus, le gris bleu foncé est assez difficile à restituer avec les crayons de couleurs aquarelle. Il était donc aisé de proposer une teinte de remplacement, à base de beige. On peut objecter que le vert aurait pu aussi être abandonné pour se rapprocher du schéma de camouflage utilisé par les britanniques, voire que nous aurions utilisés des appareils peints directement en usine, comme eux, ainsi que leur gamme de peinture.

Concernant l'armement, j'ai gardé le jumelage de mitrailleuses américaines Browning cal .30. En effet, comme je l'expliquais plus haut, il nous aurait très probablement été impossible de poursuivre la production de nos mitrailleuses MAC ou Darne de 7,5 mm en Afrique. J'aurais pu également envisager un jumelage de mitrailleuses Vickers VGO de .303 inch, en imaginant une possible (et nécessaire ?) standardisation de l'armement aérien allié autour de deux calibres : le .303 inch pour les mitrailleuses (fournies par l'industrie britannique) et le 20 mm pour les canons (licence Hispano-Suiza, comme dans la réalité). D'autant, que le remplacement des armes américaines a réellement été effectué par les britanniques car  celles-ci s'avéraient moins pratiques sur l'affût pivotant du poste arrière que les leurs. C'est un point que je n'avais pas forcément bien appréhendé.

Profil uchrnoique d'un Caudron C.670, s'il était entré en service comme avion de bombardement en vol rasant.

Profil uchrnoique d'un Caudron C.670, s'il était entré en service comme avion de bombardement en vol rasant.

Caudron C.670 du GR I/54 :

Cette seconde incursion uchronique a été réalisée dans le dernier article que j'ai écrit. Le sujet se prêtait à cette fantaisie puisqu'il s'agissait également d'une sorte de science-fiction. De plus, comme je ne connaissais pas la couleur du prototype, c'était d'autant plus tentant !

Le choix de la "base" :

Je suis resté assez proche du prototype en me contentant d'y rajouter les éléments militaires qui étaient absents. Il possède donc les deux canons de 20 mm Hispano-Suiza HS-9 prévus à l'avant, ainsi qu'une mitrailleuse de 7,5 mm MAC Mle 1934 pour la défense arrière. En revanche, concernant le collimateur, je pensais avoir dessiné un OPL RX-31 ; erreur ! il s'agit en fait du modèle RX-39... c'est donc une faute qui a été rectifiée sur le dessin original. J'ai adopté la même mire de secours que celle employée sur les MS-405 et 406, plutôt que celle, plus simple, des Potez 63.

J'ai également choisi d'installer un "bloc" derrière le siège du pilote. Celui-ci doit abriter le poste radio, comme sur les Potez 63. En revanche, je n'ai pas installé de guide de l'antenne filaire, incompatible avec le vol rasant, ni d'antenne ventrale, détail finalement corrigé sur le dessin original. Je pense en effet important de montrer cette spécificité des appareils français, qui possédaient une antenne réceptrice et une antenne émettrice. Concernant l'antenne supérieure, la seule présente sur le prototype, elle se trouvait initialement devant le pare-brise, comme sur le prototype du chasseur embarqué américain Grumman XF4F-3 ; je l'ai déplacée au-dessus de la verrière, (celle du Wildcat migra également derrière le pilote), considérant que cela serait plus pratique.

Cependant, comme je l'écris dans l'article, il est fort probable que le Service Technique de l'Aéronautique (STAé) aurait exigé l'adaptation d'une double dérive, afin de dégager le champ de tir de la mitrailleuse arrière. C'est en effet une constante que l'on retrouve sur les appareils de cette époque et notamment ceux du programme de chasseur multimoteur auquel était censé répondre le C.670. Cela aurait bien sûr retardé l'entré en service de l'appareil. Je n'ai pas appliquer le concept car l'idée m'est venue un peu tard et, surtout, je n'avais pas d'exemple contemporain de Caudron bidérive sur lequel m'appuyer. Avec cette modification, la dénomination de l'appareil aurait d'ailleurs changer (en C.671, par exemple).

La décoration :

La livrée de l'appareil est très classique pour l'époque puisqu'il s'agit du traditionnel "vert tableau", appliqué uniformément sur l'ensemble de la cellule et de la voilure, à l'exclusion des capots protégeant le(s) moteur(s). Ces derniers sont en effet laissés "nus", comme les faces avant des pales de l'hélice et son cône de pénétration. Concernant les nacelles des moteurs, j'ai également choisi de les laisser sans peinture, comme cela s'est fait sur les Potez 540 et 542. Il me semble que seuls les multimoteurs utilisant des moteurs en étoile ont eu leurs nacelles peintes.

La décoration contient classiquement, des cocardes d'ailes, un insigne d'escadrille sur le fuselage (peut-être un peu sous dimensionné), un numéro d'ordre blanc sur le plan fixe de la dérive ainsi que le gouvernail tricolore. Le numéro de série de l’appareil est reporté en rouge sur le fuselage, comme de coutume à cette époque. C'est donc une livrée sans grande originalité et un peu terne, mais c'est totalement en accord avec ce qui se faisait à l'époque.

L'unité :

Dans son utopie, André Langeron évoque la suppression de l'aviation de renseignement pour créer son aviation d'arrêt. J'ai préféré m'en détacher car cela me semble peu crédible : l'armée de Terre s'y serait refusé et, de toute façon, l'armée de l'Air avait d'autres projets pour elle (BCR puis triplace de travail) !

En revanche, en 1936, on se mit à étudier le bombardement en vol rasant au Centre d'Expériences Aériennes Militaires (CEAM) de Reims. Les expériences ne commencèrent que l'année suivante avec des ANF 117 et, à partir de mai, deux équipages détachés de la 1ère escadrille du GR I/54. Au bout de trois mois, les quatre hommes revinrent dans leur unité et leur escadrille vit la création d'une section de vol rasant.

Il était donc tout naturel pour moi de représenter un appareil avec l'insigne de cette unité, qui reprenait les traditions de la BR 228. On peut en effet imaginer, qu'en lieu et place des ANF 115 R2B2 reçus en 1938, ce fût ce bimoteur léger. Sans doute aurait-il constitué un bon avion de transition en attendant l'arrivée des Bre 693.

Le mot de la fin :

Je pense que cette petite explication était importante. En effet, contrairement à ce que j'ai pu lire dans une discussion Facebook, l'uchronie n'est pas la porte ouverte à toute les fantaisies. Comme toute fiction, elle se doit d'être cohérente avec elle-même pour être acceptable. Dans les deux exemples que j'ai évoqués, deux cas différents sont apparus.

Le premier est un total "what if". On imagine que la France ne signe pas d'armistice en juin 1940. Que peut-il donc se passer ? Pour moi, il y a affrontement en Afrique du nord et, par conséquent, je me suis basé là-dessus pour imaginer un essai de camouflage. Mais, comme je l'ai abordé, il faut aussi prendre en compte des décisions extérieures, comme une nécessaire collaboration industrielle entre la France et la Grande-Bretagne. Mais aussi d'éventuelles changement : la guerre dans le désert serait-elle restée un conflit périphérique ? Y aurait-il eu l'opération Barbarossa ? Ces hypothèses conditionnent le profil.

Dans le second cas, j'ai imaginé l'entrée en service d'un appareil qui n'a pas dépassé le stade du prototype. Cette conjecture est évidemment très contestable. Dans le cadre que je me suis fixé, je me dois de coller au mieux à ce qui se faisait à l'époque en matière de décoration, d'armement et d'équipement. J'ai aussi choisi de coller à la réalité historique du développement de l’aviation d'assaut car elle n’aurait sans doute pas été chamboulée, à ce stade de son développement. Par contre, dans mon uchronie, on peut aussi se poser la question du développement d'un appareil de type T3 à partir du C.670.

Publié dans Aparté

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P
Bonjour Romain,
Votre idée est intéressante, toutefois un dérivé direct est par trop sous-motorisé pour un avion d'armes. Je verrais plutôt une version à 2*12R, ce qui le rapprocherait duC810 dont on sait peu de choses. La surface alaire de 28 m2 autorisait l'alourdissement correspondant. L'inconnu reste la résistance de la cellule à des tirs de DCA.
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R
Bonjour Pierre-Yves,

Effectivement, je ne me suis pas penché sur la motorisation. L'adoption des moteurs Renault 12 R aurait forcé à repenser les carénages et probablement le bâti et ses fixations. Par ailleurs, leur puissance semble dépasser celle imposée au concept initial. Mais le côté pratique l'aurait sans doute emporté sur la théorie, de ce point de vue-là.
La cellule était en bois ; je ne suis pas certain qu'elle ait offert une bonne résistance face à la Flak.