Reconnaissance et bombardement

Publié le par Romain Lebourg

Une reconnaissance puis... un bombardement !

J'ai évoqué dans un précédent article que la division aérienne avait une structure lui permettant d'opérer avec une certaine indépendance. Une lecture récente à mis en lumière (dans mon esprit) qu'un exemple d'une telle action existait dès l'entrée en guerre... chez nos alliés britanniques.

Le No 2 Group du Bomber Command :

Une unité sur laquelle on se rabat...

La Royal Air Force, contrairement à l'armée de l'Air ou à la Wehrmacht Luftwaffe, ne disposait pas d'unité dédiée à la reconnaissance, ni d'appareil. Depuis la fin de la Grande Guerre, les unités de multiplaces devaient être capables d'effectuer ses missions. Ce n'est qu'au tournant des années 1936-1937 que l'on commença à se concentrer sur le problème. Le commandant en chef du Bomber Command alla même jusqu'à demander le développement d'un avion dédié à la reconnaissance stratégique lointaine ! Mais il était encore trop tôt pour que l'idée de l'Air chief marshall Sir Edgar Ludlow-Hewitt soit massivement suivie et appuyée. C'est ainsi que le rôle échut principalement aux Bristol Blenheim du No. 2 Group, en plus de leur rôle de bombardiers !

... faute de mieux :

Le choix de cette subdivision n'était pas idiot. En effet, en 1937, le Bristol Blenheim Mk I, qui entrait tout juste en service,  était le bimoteur, voire l'appareil, le plus rapide de tout l'arsenal britannique ! Il pouvait en effet voler à une vitesse atteignant près de 460 km/h ! Son rayon d'action était toutefois limité à 1810 km. Mais l'appareil fut amélioré et, à partir de mars 1939, une nouvelle version fut livrée aux unités : le Mk IV. La principale différence entre les deux versions résidait dans le nez allongé de la seconde. Le Blenheim Mk IV était également un peu plus rapide (475 km/h) et, surtout, avait une autonomie rallongée à 3138 km. Toutefois, comme beaucoup d'appareils de sa catégorie, le Blenheim souffrait d'un gros défaut : son armement défensif beaucoup trop léger.

Un Bristol Blenheim Mk IV du No. 40 Sqn, photographié en juillet 1940. © IWM (CH 787)

Un Bristol Blenheim Mk IV du No. 40 Sqn, photographié en juillet 1940. © IWM (CH 787)

Un exemple du fonctionnement du Group :

L'os à ronger du Bomber Command :

Le bombardement britannique étant équipé d'un matériel moderne et le nôtre étant "à la rue", il avait été convenu que les attaques contre l'Allemagne reviendraient à la RAF. Mais, finalement, par peur des représailles, nous préférâmes laisser aux Allemands le soin de "bombarder les premiers". Ainsi, le Bomber Command se retrouva privé d'objectif... ou presque : la marine allemande ainsi que ses ports firent l'objet d'une exception. La marine allemande était en effet un sujet de soucis des britanniques, soucis auxquels ils avaient quand-même un peu participé avec la signature d'un accord sur le réarmement naval allemand, le 18 juin 1935.

Le 3 septembre à 11 h 45, soit trois quarts d'heure après l'entée en guerre du Royaume-Uni, un Blenheim du No. 139 Sqn décolla pour une reconnaissance photographique au-dessus de la base navale de Wilhelmshaven. Malheureusement le gel bloqua l'appareil photographique et le poste radio... De fait, l'appareil ne put communiquer ses renseignements qu'après l'atterrissage. Entre temps, la météo s'était détériorée, empêchant tout raid de bombardement de décoller. Les croiseurs Sharnhorst, Gneisenau et Admiral Scheer échappèrent donc aux bombes britanniques.

Essai... non transformé :

Le lendemain, le même équipage repartit. Les nuages bas, le forcèrent à voler à moins de 1000 m d'altitude au-dessus des ports allemands. Comme la veille, l'appareil radio refusa de fonctionner (comme quoi, il n'y avait pas que le matériel français qui défaillait) et il fallut de nouveau attendre le retour à Wyton pour informer les copains. Mais cette fois, la météo permit de lancer un raid.

Ils furent donc quinze Bristol Blenheim et quatorze Vickers Wellington à partir. Les premiers devaient frapper Wilhelmshaven et les second, Brunsbütel. En raison de la couverture nuageuse, le bombardement devait se faire aux environs de 1700 m d'altitude. Cinq Blenheim du No. 139 Sqn se perdirent en route ; de fait, seuls vingt-quatre appareils arrivèrent au-dessus de la côte allemande. À cause d'un mauvais réglage des fusées, les bombes firent peu de dégâts (il se dit qu'elles n'explosèrent pas...) ! Pis les Wellington bombardèrent un peu au hasard et frappèrent, entre autre, une ville danoise ! Vers 18 h 15, les bombardiers britanniques furent surpris par les chasseurs du II./JG 77. Ils abattirent deux Wellington du No. 9 Sqn et un Blenheim du No. 110 Sqn. Quatre autres Blenheim, du No. 107 Sqn, tombèrent sous les coups de la DCA côtière !

Des Blenheim Mk IV du No. 105 ou 139 Sqn atttaquant des navires. L'image ne correspond pas au raid décrit mais illustre en partie l'activité des appareils du No. 2 Group durant la "Drôle de Guerre". © IWM (C 1936)

Des Blenheim Mk IV du No. 105 ou 139 Sqn atttaquant des navires. L'image ne correspond pas au raid décrit mais illustre en partie l'activité des appareils du No. 2 Group durant la "Drôle de Guerre". © IWM (C 1936)

Un fonctionnement quasi-autonome :

Soyons clair. Dès avant le commencement des hostilités, il était prévu que le Bomber Command tente (et réussisse) de détruire la flotte allemande. Les objectifs et la mission étaient donc grandement planifiés. Le Blenheim de reconnaissance n'a servi qu'à vérifier si les objectifs étaient bien où on le pensait. Et c'est sans doute comme ça qu'aurait dû agir nos divisions aériennes : envoyer des Potez pour vérifier si les objectifs assignés étaient bien là où on les situait et, le cas échéant, les retrouver. Ses missions auraient sans doute été dangereuses. Elles auraient sans doute mis rapidement la puce à l'oreille des soldats allemands. Mais elles auraient peut-être permis à notre bombardement d'être un peu plus efficace. La communication par radio du Potez 63-11 vers le sol était techniquement et matériellement possible, même si pas à l'abri de panne ou d'interférences (dans le cas des LeO 451, on peut même imaginer un communication entre le Potez et les bombardiers puisque le poste radio était... le même !).

Un autre élément que l'on peut imaginer à regret est en rapport avec la percée de Sedan. On sait que les bombardiers de nuits ont repéré les colonnes assez tôt, mais n'ont pu les attaquer, faute d'emporter des bombes. On sait également que le GR II/33 l'avait fait également, la même nuit et le lendemain. Dès lors, on peut se demander s'il n’aurait pas mieux valu que le commandant de la 1re Division Aérienne ait les moyens d'engager ses bombardiers (bref qu'il soit un vrai commandant, pas un homme de paille). Le résultat n'aurait pas forcément été à l'image de ce que vont imaginer certains, mais cela aurait pu gêner les Allemands, les obliger à rameuter leur chasse plus tôt au-dessus des Ardennes et donc "relâcher" la pression sur les appareils alliés opérant en Belgique. Malheureusement c'était l'armée de Terre qui décidait et elle ne jugea pas les preuves de la menace suffisantes...

Sources :

  • Brookes A, Photo reconnaissance, Ian Allan Ltd 1975
  • Cony C, Les combats aériens de la drôle de guerre, Batailles aériennes n°3 novembre-décembre 1997 janvier 1998
  • Ledet M, Les Bristol Blenheim Mk I et IV 1re partie, in Batailles aériennes n°71 janvier-février-mars 2015
  • Ledet M, Les Bristol Blenheim Mk I et IV 2de partie, in Batailles aériennes n°72 avril-mai-juin 2015
  • Roba J-L, Lorsque la RAF bombardait l'Allemagne : Les premiers bombardement de la RAF sur le Reich, septembre 1939-décembre 1940, Batailles aériennes n°53 juillet-août-septembre 2010
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