rendez-vous manqué

Publié le par RL

Le rendez-vous avec le succès a été manqué

Ce 27 mai 2018 est l'occasion de revenir sur ce qui fut sans doute l'unique mission d'accompagnement réalisée durant la campagne de mai-juin 1940. J'avais déjà abordé le sujet à l'occasion d'un article sur le pilote de l'avion incriminé, le S/C André Guénel.

Une attaque qui tourne mal :

Dans l’après-midi, ordre a été donné à la 7e DIC, d’attaquer en direction d’Amiens. Le I/33e RICMS sera soutenu par huit chars Somua S35 du 7e RCu et attaquera en passant au sud de Saleux. Les I et III/7e RIC, reçoivent, eux l’appoint d’éléments de la 4e DCr : dix-sept chars D2 du 19e BCC. Ils attaqueront Amiens par le sud. Après une préparation de l’artillerie divisionnaire, augmenté du 351e RALP, les chars doivent attaquer en tête, suivis par l’infanterie. Un appareil du GAO 510 doit accompagner l’assaut qui démarrera à 10 h.

En face, il y a les éléments d’une division d’infanterie allemande : la 9. ID du XL. AK. Le gros de l'armée allemande est occupé plus au nord, à réduire la poche de Dunkerque et ils n'ont laissés que quelques divisions d'infanterie pour défendre leurs arrières, sur la Somme.

L’attaque démarre à l’heure dite. La 2/19e BCC se heurte aux défenses antichars allemandes, la 3/19e BCC a plus de chance et le I/7e RIC la suit sur la cote 110. Toutefois, cette dernière ne suit pas les chars plus en avant et finit par reculer au cri de « Voilà les chars allemands ». Ce mouvement de panique a sans doute eu lieu suite au recule de la 2/19e BCC ; complètement disloquée. C’est à ce moment que l’aviation allemande serait intervenu, mitraillant chars et fantassins français.

Néanmoins, la panique des fantassins ne se calme pas et débouche sur un ordre de tir pour les canons de 155 mm : ce sont les chars de la 3/19e BCC revenant de Dury et des soldats du 77e GRDI qui risquent de se prendre la saucée ! Le malentendu est dissipé de justesse. Néanmoins, l’attaque ne reprendra pas et sera suspendue à 17 h.

Attaquant depuis trois jours sans discontinuer, la 7e DIC est exsangue ; mais elle ne sera pas relevée avant le 31 mai. Le 7e RCu et le 19e BCC seront, eux, mis en retrait et rejoindront leur grande unité respective (Groupement de Langle de Cary et 4e DCr).

Carte décrivant les axes d'attaque (fond de carte : carte 1950 © IGN 2018)

Carte décrivant les axes d'attaque (fond de carte : carte 1950 © IGN 2018)

Le « soutien aérien » :

L’attaque de la 7e DIC ne semble pas avoir bénéficier d’une coopération particulièrement suivie de l’aviation, notamment celle de bombardement. La veille, huit Bre 693 du Groupement d’assaut n° 19 ont bien été envoyé dans le secteur d’Amiens et de Dury, mais c’était pour attaquer des blindés allemands qui ne s’y trouvaient déjà plus depuis quarante-huit heures ! En soirée, douze Martin 167-F du Groupement de bombardement n°1 ont bombardé les routes N 16 (Amiens – Doullens) et N 29 (Amiens – Albert).

En ce 27 mai, le Groupement n°1 compte cinquante appareils disponibles, mais en raison du mauvais temps, ils n’effectueront aucune sortie. De même, l’aviation d’assaut, tout juste mise à disposition de la VIIe Armée chargée de réduire les têtes de ponts allemandes sur la Somme, restera l’arme au pied. Ne reste donc que la chasse du Groupement n°23 et l’aviation de renseignement pour couvrir l’offensive de la 7e DIC.

En milieu de matinée, une mission de couverture est montée par le Groupement de chasse n°23. Elle vise le secteur Picquigny – Faubourgs sud d’Amiens – Boves et met en jeux trois patrouilles triples, soit vingt-sept chasseurs. Les MS-406 du GC III/1 évoluent entre 2 500 et 3 000 m ; ils sont couverts par les MB-152 du GC II/9, qui volent à 4 000 m, puis par les D.520 du GC I/3, à 6 000 m. La formation se regroupe au-dessus de Senlis à 10 h 45 et effectue sa mission sans histoire : d’après le GC II/9, le ciel est vide d’avions. Mais ce sont peut-être les MS-406 du GC III/1 qui sont intervenus au sol pour faire cesser l’attaque au sol allemande ; mais la Luftwaffe ne souffrit d'aucune perte dans ce secteur.

Le GC II/9 aurait effectué deux autres missions ; un appareil doit être poser en campagne, suite à une panne. Même impression au GC I/3 qui, selon Bernard Philippe, effectue quelques missions, mais sans accrochage avec la chasse ennemie. Entre 16 h et 17h, ce sont onze MS-406 du GC III/7 qui se retrouvent en mission de couverture contre les bombardiers au sud d’Amiens. Mais, nous l’avons vu, à ce moment, l’attaque est terminée. Comme leurs camarades, les pilotes du GC III/7 ne rencontrent aucun appareil à croix noires. Pourtant ils furent bel et bien présents... mais pas en même temps que leurs homologues français.

Une mission d’accompagnement, sans doute la seule de la campagne :

Pour cet assaut, le troisième de la division, la veille, le GCA Louis Noiret avait demandé une mission d’accompagnement au GAO 510, le groupe d’observation rattaché à son corps d’armée de tutelle (10e CA). Cette demande fut accordée et constitua la seule mission de guerre de l’unité ce jour-là. Toutefois, le départ fut repoussé à 10 h 45, pour pouvoir bénéficier de la protection des vingt-sept chasseurs du Groupement n°23. Hélas, au moment de partir, le Potez 63-11 désigné pour la mission se montre capricieux, ce qui occasionne un retard vingt minutes. C'est suffisant pour perdre le bénéfice de la protection de chasse.

Pour l’heure, plus que la chasse allemande, le principal ennemi du Potez est la DCA allemande. Il semble que la Flak touche rapidement l’appareil d’observation et met hors de combat le S/C Pierre Lucas, son opérateur radio. L’équipage n’en poursuit pas moins sa mission, qui dure environ une heure. Nous sommes pourtant à un moment critique puisque l’assaut du 7e RIC a totalement échoué suite à une panique des fantassin en voyant revenir les chars du 19e BCC. J'ignore pour l'heure quel travail fut effectué par l'avion et au profit de quelle(s) unité(s).

Alors que la mission est terminée et que le Potez s’apprête à rentrer à Mantes-la-Jolie, surgissent sept Messerschmitt Bf 109 de la 1.(J)/LG 2. Il n’y a plus aucun chasseur français dans le secteur. Et quand bien même il y en aurait encore, le Potez ne pourrait pas les appeler à l’aide puisque la plage de fréquences de sa radio (SARAM 3-10) n’est pas compatible avec celle des chasseur (RI 537) et de toute façon, nous l’avons vu, son opérateur radio est hors d’état de s’en servir. L’affaire semble vite réglée, car l’appareil d’observation français est abattu à 12 h 10 par le Fw. Hugo Frey, un pilote de vingt-cinq ans appelé à devenir un as.

Le Potez est donc rapidement en flammes et il n’y a plus grand-chose à faire que d’abandonner la partie. Le S/C André Guénel fait ce qu’il peut pour permettre à son observateur, le Cne Roger Smet, officier du 34e RAD, de sauter le premier. Le pilote français abandonne ensuite sa machine en perdition, qui s’écrase à Chaussoy-Épagny, en arrière du secteur tenu par le 57e RICMS. Les deux aviateurs sont récupérés indemnes et repartiront en mission ; seul Roger Smet survivra à la campagne de mai-juin 1940 et à la guerre.

Sources :

  • JMO et tableaux des missions du GAO 510, JMO des GB I/62 et I/63, conservés au SHD/Air
  • Journal Officiels de la République Française du 5 septembre 1940
  • Baudru R, « Furies et crocodiles » Morane au combat dans la bataille de France. Historique du groupe de chasse III/7 de mai 1939 à août 1940, Histoire des Unités n°4 2015
  • Collectif, Le Morane-Saulnier MS-406, Histoire de l'Aviation n°5, Lela presse 1998
  • Cornwell P, The battle of France then and now, After the battle, 2007
  • Ehrengardt C-J, Le bombardement français tome 1, Aérojournal HS n°5 2003
  • Joanne S, Le Bloch MB-152, Histoire de l’aviation n°13, 2003
  • Philippe B, GC I/3 : les rois du Dewoitine 520, Avions HS n°14 2004
  • http://atf40.forumculture.net/t8221-historique-du-33eme-ricms
  • Historique du 19e BCC sur chars français.net
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