Percée de sedan, la suite

Publié le par Romain Lebourg

La percée à Sedan et ses suites

La percée des chars allemands aux alentours de Sedan intervint le 14 mai, après que l'Infanterie des divisions blindées allemandes aient pu établir une tête de pont sur la rive gauche de la Meuse, dans l'après-midi du 13 mai.

Des ordres pas très nets :

Ce trou à la jonction des IIe et IXe Armées françaises menaçait directement le flanc droit de la seconde. Ce secteur était celui du 41e Corps d'armée de forteresse. Il était déjà attaqué par les premiers éléments d'une autre division blindée, à Monthermé. Dans la soirée du 13 mai, pour protéger son armée, le général André Corap, avait donc ordonné à la 3e Brigade Spahis de s'établir autour de la Horgne et à la 53e Division d'infanterie de prendre position le long de la Meuse, jusqu'à Charleville.

Sauf que, dans la nuit, la 53e Division d'Infanterie reçut des ordres contradictoires. Par trois fois, on lui envoya des contrordres, lui demandant de se déployer sur le canal des Ardennes... et puis non... et puis en fait oui. Au matin, ces éléments étaient éparpillés sans que l'on soit capable de les situer. Au lieu de s'opposer à la progression des blindés allemands vers l'ouest, la division dut passer son temps à se reformer... Et la caravane blindée passa, sans même faire aboyer le moindre chien de fusil.

Carte montrant les points de percée des divisions blindées allemandes sur le front de la IX° Armée.

Carte montrant les points de percée des divisions blindées allemandes sur le front de la IX° Armée.

Une percée facilitée :

Les 1re et 2e Divisions blindées allemandes purent donc franchir les ponts sur le canal des Ardennes, à Omicourt et Chémery, ou à Pont-à-Bar. Au soir, leur progression était la suivante :

  • Singly atteint, en progression vers Vendresse pour la 1. PzDiv. ;
  • Flize capturé, en progression vers Sapogne pour la 2. PzDiv..

Plus au nord, la IXe Armée n'avait pas eu le temps de se déployer comme prévue. Son front commençait donc sérieusement à craquer. Des nouvelles contradictoires parvinrent de Monthermé ; finalement, il s'avéra que les Allemands pouvaient réussir à percer, faute de réserve à engager côté français. Et il est fort probable que la percée des chars allemands partis de Sedan étaient également connue.

Dans la soirée, le commandant de la IXe Armée, prescrivit donc un repli sur une nouvelle ligne de défense pour le lendemain.

Un équipage parmi d'autres tombés :

Il était nécessaire de fixer l'avance ennemie. En cette fin de journée,  le GAO 547, détaché auprès du 41e CAF, envoya donc un de ses Potez 63-11 reconnaître à basse altitude la vallée de la Bar et le secteur de Vendresse.

Malheureusement, sur le chemin du retour, le bimoteur français rencontra des Messerschmitt Bf 110. Réservoir d'essence gauche en feu, le Potez s'écrasa à Écogne. Le Sous-lieutenant Claude Levasseur - observateur - et le sergent André Mougne - mitrailleur - n'y survécurent pas. En revanche, le capitaine Marcelin Marrast parvint à s'extirper du brasier ; il dut cependant marcher 5 km avant de pouvoir être secouru. Et il décéda de ses graves brûlures le lendemain, à l'hôpital de Laon.

On sait qu'avant d'être embarqué dans l'ambulance, le capitaine Marrast eut le temps de raconter le combat et les détails de la mission. On ne sait cependant pas ce qu'il en advint.

Pouvait-on encore réagir ?

Quoi qu'il en soit, les chars allemands étaient passés et il n'y avait plus grand chose pour les arrêter... sauf à les couper de leurs arrières pour qu'ils tombent à court de ravitaillement. Mais en avions-nous seulement les moyens ? Oui et non !

Des réserves il y en avait. Le soucis était de les acheminer à temps. Déplacer une division et faire qu'elle soit à pied d’œuvre prenait quelques jours. La chaîne de transmissions de l'information des unités aux commandement était longue en temps. Les généraux réagissaient donc avec retard sur la situation et, par conséquence, nos unités également ! Or les chars allemands n'allaient pas patienter tranquillement...

Autre problème, dans le secteur de la Ire Armée aussi des chars attaquaient. Et malgré leur nombre plus réduit (deux divisions), il semble que ce point ait davantage obnubilé le commandant du Groupe d'armées n°1, au point de négliger la IXe Armée. Cela n'a pas aidé.

Chars Renault B1b1s et R35 équipant nos divisions cuirassées. Faces aux percées, ces unités furent engagées en ordre dispersé et virent leurs composantes parfois ventilées. Elles n'eurent que peu d'efficacité.

Chars Renault B1b1s et R35 équipant nos divisions cuirassées. Faces aux percées, ces unités furent engagées en ordre dispersé et virent leurs composantes parfois ventilées. Elles n'eurent que peu d'efficacité.

Une bataille très rapidement gagnée :

Je me rappelle un débat houleux auquel j'ai assisté : un "trublion" soutenait que nous avions été battu en deux semaines et non six. Les informations que j'ai me font penser qu'une seule a finalement suffit !

Les Allemands ont suffisamment bien manœuvré pour empêcher nos contre-attaques venant des réserves de la lignes Maginot ou du sud de déboucher. Et comme nous étions incapable de réagir suffisamment rapidement, à partir du moment où notre front a été percé, que la IXe armée a été disloquée, la Bataille de France et du Bénélux était perdue pour les alliés.

En effet, dans l'impossibilité de rassembler nos forces pour "couper le doigt de gant" et se rassembler au sud de la Somme pour y résister, il n'y avait plus qu'un miracle à espérer. Le sort était scellé au 15 mai !

Sources :

  • Cornwell P, The battle of France then and now, After the battle, 2007
  • Frieser K-H, Le mythe de la guerre éclair : la campagne de l'Ouest de 1940, Belin, 2003
  • L'Herbier-Montagnon G, À la recherche des disparus, Icare n°127, 4e trimestre 1988
  • Shiavon M, Corpa : Bouc émissaire de la défaite de 1940, Perrin biographie, Perrin, 2017
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