torpilleur et scout

Publié le par Romain Lebourg

Hydravion torpilleur et avion de reconnaissance

René Duvauchelle est né au Havre, le 30 mai 1912. Fils d'un capitaine au long cours, il s'engage dans la Marine Nationale en 1928, alors qu'il n'a que 16 ans. Neuf ans plus tard, en avril 1937, il sort de l'école de Hourtin avec le brevet de pilote d'hydravion sur la poitrine.

Une campagne sans combat :

Durant la campagne de l'ouest, le premier maître René Duvauchelle est pilote au sein de l'escadrille d'hydravions de torpillage HB2.

Cette unité a été formée le 15 septembre 1939, à Berre. C'est la seconde escadrille de torpillage de la flottille F1H, la flottille du porte-hydravions Commandant Teste. Elle est équipée d'hydravions Latécoère 298, un appareil très moderne. L'escadrille passe l'automne 1939 et le début de l'hiver à s'entraîner au sud de la France.

Le 10 janvier, le flottille F1H est mise aux ordre de l'Amiral commandant la IVe région maritime, soit celle d'Afrique du Nord. Les dix Laté 298 de la HB2 sont donc envoyés à Karouba, en Tunisie. Les équipages ne connaîtront aucun combat : une seule mission de guerre sera effectué contre la flotte italienne, sans succès.

Le Latécoère n°33 de l'escadrille de torpillage HB2

Le Latécoère n°33 de l'escadrille de torpillage HB2

Refuser l'armistice :

L'entrée en vigueur de l'armistice, le 24 juin 1940, dut donc être une désagréable surprise pour ce marin-aviateur qui n'avait pas eu l'occasion de combattre. Malgré l'attaque de la flotte française par la flotte britannique à Mers-el-Kébir le 3 juillet, sa détermination à continuer la lutte n'est pas entamée.

Le 4 juillet en début de soirée, René Duvauchelle et son opérateur radio, le quartier-maître Jacques Méhouas, s'empare du Latécoère n°33 et le font décoller. Après avoir larguer sa torpille, le Premier maître Duvauchelle se dirige vers Malte.

Dans la Royal Air Force :

Profitant de l'ancienne collaboration entre la Royal Air Force basée à Malte et la Marine Nationale basée en Tunisie, les deux français ont pu prévenir de leurs intentions et sont donc bien accueillis. Ils s'engagent immédiatement dans la RAF. Avec leur appareil, ils sont affecté au No. 431 Flight.

Tant que leur hydravion Latécoère peut voler, les deux français effectuent des missions à son bord. Mais rapidement, l'absence de pièce détachée se fait sentir et l'appareil doit être abandonné. Son sort reste mystérieux ; peut-être coula-t-il après avoir été mitraillé par deux Bf 109, en février 1941.

À partir du 22 novembre 1940, René Duvauchelle et Jacques Méhouas poursuivent les missions à bord d'un des trois Martin Maryland Mk I* de l'unité. Ils y côtoient notamment le célèbre pilot officer Adrian Warburton**. Le 10 janvier, le No. 431 Flight devient No. 69 Squadron.

Dernier vol :

Le 11 janvier 1941 à 7 h, le flight sergeant René Duvauchelle décolle aux commandes du Martin Maryland Mk I AR707. Il emmène avec lui son fidèle mitrailleur, le sergeant Jacques Méhouas et un observateur britannique, le sergeant George Taylor. Leur mission consiste à aller repérer la flotte italienne dans le golfe de Tarente.

Au retour, le bimoteur britannique passe le trait de côte au-dessus de Catane, à 10 0000 ft d'altitude. Malheureusement, il n'est pas seul puisque des Macchi MC.200 du 6o Gruppo Autonomo CT rôdent également dans le coin et interceptent l’appareil britannique. Le tenente Antonio Palazzeschi*** attaque en tête de sa formation et abat l'infortuné bimoteur, qui va s'écraser en mer.

Les trois occupants périssent dans la carcasse de l'appareil. René Duvauchelle aura le triste honneur de devenir le premier Compagnon de la Libération à titre posthume... il n'a pourtant jamais rejoint les forces aériennes françaises libres !

Le Martin Maryland AR707. N'ayant trouvé aucune photographie, j'ai opté pour le même schéma que le AR725, dont on trouve facilement une vue de profil sur Internet.

Le Martin Maryland AR707. N'ayant trouvé aucune photographie, j'ai opté pour le même schéma que le AR725, dont on trouve facilement une vue de profil sur Internet.

Épilogue :

Il y eut trois autres navigants français au sein du No. 69 Squadron, à Malte et tous connurent un destin tragique :

  • Le 15 octobre 1940, les seconds maîtres Pierre Blaize (pilote) et Raoul Gatien (mécanicien volant) s'évadèrent à Malte avec un des deux Loire 130 du cuirassier Richelieu, en compagnie second maître mécanicien volant Henri Romanetti. Le 30 décembre, les trois marins sont envoyés en Égypte. Mais le besoin en pilote d'hydravion à Malte oblige au rappel de Pierre Blaize à Malte, le 30 juillet 1941. Il y revient le 12 août, suivi le 21, de Raoul Gatien. Les deux marins français font de nouveau équipe à partir du 27 août et arment un des deux Heinkel 115 issus de l'aviation maritime norvégienne. Le 22 septembre, au retour de mission, l'appareil doit amerrir par forte mer et capote. On retrouva les corps de Georges Blaize et de leur observateur, le sub-lieutenant Reginald Drake, le lendemain ; ils furent rendus à la mer, faute de pouvoir être embarqués dans l'hydravion Swordfish qui les repéra.
  • Le 18 février 1941, les second maître Jean Redor (pilote) et Valentin Legris (photographe) gagnent Chypre avec un Loire 130 Colonial de l'escadrille 19S. trois jours plus tard, ils sont envoyés en Palestine. Le 21 août, Jean Redor reçoit une nouvelle affectation : ses compétences de pilotes d'hydravions sont également demandées au No. 69 Squadron. Jusqu'au mois d'octobre, il y pilota des hydravions à coques Short Sunderland. Il rejoignit ensuite le groupe de bombardement Lorraine, en Syrie, avec lequel il disparaîtra sur Bristol Blenheim, au-dessus de la Libye.

Notes :

* Il s'agit de Matin 167F commandés par la France mais récupérés par le Royaume-Unis à cause de l'armistice.

** Observateur devenu pilote par besoin (l'unité en manquait), il fut crédité de sept victoires aériennes sures, dont cinq remportées aux commandes d'un Maryland.

*** Il fut abattu en combat aérien le 9 juin 1942 à Bir-el-Harmat et fait prisonnier. Il comptait alors cinq victoires homologuées et fut peut-être victime du pilot officer Georges Keefer du No. 274 Squadron (troisième victoire sure).

Sources :

  • Coll., A history of Mediterranean air war : 1940-1945, volume 2 : North Africa desert, February 1942 - March 1943, Grub Street 2012 ;
  • Lafont H. Col, Aviateurs de la liberté : Mémorial des Forces Aériennes Françaises Libres, SHAA 2002 ;
  • Ledet M. et Morareau L, Le Latécoère 298, Coll. profil Avions n°2, Éd. Lela presse 2000 ;
  • Morareau L., Le Loire 130, Coll. profil Avions n°11, Éd. Lela presse 2006 ;
  • Morieult Yves, Adrian Warburton : l'as qui décollait en rond et atterrissait en zigzag, Aérostories ;
  • Aviation Safety Network (en anglais) ;
  • Musée de l'Ordre de la Libération.

 

Publié dans Les hommes

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