mythe 5 : Trop peu trop tard

Publié le par Romain Lebourg

Les mythes de l'armée de l'Air

Mythe 1

Mythe 2

Mythe 3

Mythe 4

Mythe 5 : trop peu, trop tard !

Le sujet de cet article est sans doute un marronnier du blog. En tous cas, j'ai conscience d'avoir déjà abordé le sujet. Mais que serait une série sur les mythes de l'armée de l'Air, sans celui-ci ? D'autant que, comme les autres, il a la peau dure. Alors, répétons-nous pour mieux être compris.

On pourrait aussi parler des LeO 451 et autres Amiot 351/354 !

On pourrait aussi parler des LeO 451 et autres Amiot 351/354 !

"Je plante le décor"1 :

La première fois que j'ai rencontré cette formule, c'était dans mon adolescence, en lisant Feux du ciel, de Pierre Clostermann. C'était le titre de la première histoire qu'il racontait, celle de l'attaque des colonnes allemandes par les Breguet 693, un certain 12 mai 1940.

Évidemment, on peut la décliner pour le Dewoitine D.520, le fameux "Spitfire à la française"... mais dont les performances étaient plus proches de celles du Hawker Hurricane. Ça restait cependant toujours mieux que le Morane-Saulnier 406 qui, dès septembre 1939, montra clairement ses limites.

Oui mais voila, je l'ai déjà écrit : avoir du bon matériel est chose, l'utiliser correctement en est une autre ! Or, en la matière, il y a à réfléchir.

Le bombardier (chair à) canon :

Avoir plus de Breguet 693 au 10 mai 1940 nous aurait-il sauvé ? Et bien pas forcément.

Rappelons tout d'abord que l'aviation française devait coopérer à la bataille terrestre. Pour le bombardement, à partir de l'attaque allemande, cela veut dire prendre ses ordres de l'armée de Terre. Or pour les terriens, le bombardier est un canon à très longue portée. Et j'ai l'impression que, partant de là, peu importait qu'il fût conçu pour l'attaque en vol rasant ou le bombardement à "haute" altitude. Cela veut dire que leurs cibles n'auraient pas changées pour autant.

Or quand on regarde le taux de pertes des Fairey Battle et Bristol Blenheim envoyés sur les mêmes objectifs, on peut raisonnablement penser que l'hécatombe du 12 mai 1940 n'aurait pas été un cas isolé. Et pour des résultats tout aussi insignifiants. Les survivants de notre force de bombardement d'assaut auraient donc été cloués au sol une journée, puis auraient été "victimes" de la recherche empirique d'une nouvelle façon d'opérer.2

Dans ce cas, j'ai du mal à accepter que plus de bombardiers nous auraient sauvé.

Le D.520 exposé au Musée de l'Air et de l'Espace. Il est aux couleurs du n°277, piloté par Pierre le Gloan.Le D.520 exposé au Musée de l'Air et de l'Espace. Il est aux couleurs du n°277, piloté par Pierre le Gloan.

Le D.520 exposé au Musée de l'Air et de l'Espace. Il est aux couleurs du n°277, piloté par Pierre le Gloan.

Chasseur de fantômes :

Le cas du Dewoitine D.520 est plus complexe à appréhender. Certes ses meilleurs performances auraient permis à nos pilotes de chasses d'abattre plus d'appareils allemands. De là à renverser la vapeur ?

Un des problèmes de l'aviation de chasse est connu dès le début des hostilités : le manque de moyens3. En effet, le précédent conflit a montré que, pour acquérir la supériorité aérienne, il faut concentrer des moyens... au détriment d'autres points du front. Or nos état-majors ont choisi de disperser les chasseurs géographiquement et organisationnellement. Il en a résulté que personne n'avait les moyens de ses missions... et surtout que le nombre d'avions ou raids non interceptés faute de moyens pour le faire n'aurait pas véritablement évolué.

Le manque d’efficacité de notre chasse n'est pas dû qu'au manque de performance de notre matériel. Il y a d'autres facteurs qui sont intervenus. Celui que je viens d'évoquer n'en est qu'un.

Simplicité et facilité :

Rechercher la cause de notre défaite dans les faiblesses du matériel, c'est chercher à simplifier une question complexe aux réponses nombreuses et parfois entremêlées.

On peut aussi le voir comme une façon de faire porter la responsabilité de la défaite sur nos seuls industriels : ils n'auraient pas été en mesure de produire assez rapidement le matériel dont nos soldats avaient besoin. Il y a sans doute une part de vérité, mais il faut aussi regarder la façon dont notre industrie était stimulée pour innover et améliorer sa productivité. Et là, on lorgne vite vers le politique et le militaire4 !

Au contraire en acceptant que le problème de la défaite alliée de mai et juin 1940 est un problème complexe dont les causes sont multiples et pas toujours indépendantes les unes des autres, on peut déjà arriver à une meilleure compréhension du phénomène mais aussi à une répartition plus juste des responsabilités entre acteurs économiques, politiques et militaires. Et si on veut tirer toutes les leçons, c'est une phase indispensable que d'identifier toutes nos erreurs !

Notes et sources :

1 C'est ainsi que mon professeur de SVT de 2nde commençait toujours les TP.

2 Voir la 2e partie du hors-série n°30 de Aérojournal spécial mai-juin 1940 (mai-juin 2018) : elle est entièrement consacrée aux opérations de l'aviation d'assaut.

3 Rapport établi par le Général René de Boysson, commandant les forces aériennes de la IIIe Armée, pour le Général Charles Condé, commandant la IIIe Armée.

4 Le hors-série n°51 du Fana de l'Aviation, 1919-1939 l'aviation américaine conquiert le monde (mai 2013), explique très bien cela.

Publié dans Panorama

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