Récepteur R 11

Publié le par RL

Le récepteur R 11 ou comment communiquer avec l'avion ?

Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, l'armée française garde un certain héritage du précédent conflit. Cela est particulièrement visible dans la communication entre avions et troupes au sol. En effet, malgré des expériences conduites à la fin de l'entre-deux-guerres, on en reste à un procédé mis en oeuvre durant la première guerre mondiale.

L'heritage de la Grande Guerre :

Dès avant 1914, l'un des prinicpaux obstacles à l'utilisation des avions pour le réglage de l'Artillerie résidait en l'absence de moyen de communication entre les cieux et le sol. Puisque l'avion était les yeux des artilleurs, c'était lui qui avait le plus à dire et on a cherché, dès 1914, à équiper les appareils d'observation d'un poste émetteur, pour que l'observateur puisse transmettre directement les corrections à apporter. Le sol était donc équipé d'un récepteur pour recevoir les émissions de l'avion. Les postes radio d'alors étant très lourds et les avions encore frêles, la communication du sol à l'avion, bien plus limitée, était réalisée par le biais de panneaux en toile.

Un Breguet XIV s'apprète à partir en mission. L'inscription "PHOTO TSF", sous le poste du mitrailleur, indique clairement l'équipement de cet appareil.

Ce n'est qu'est en 1917 que l'on commencera à tester des récepteurs de bord sur les avions ; pour l'armée de Terre, ils concerneront les appareils opérant au profit de l'artillerie lourde de grande puissance (ALGP). En effet, dans ce cas, la batterie est trop loin pour que l'avion ait le visuel sur le champ de bataille et les panneaux déployés au PC : la liaison bilatérale d'impose donc pour éviter des allers et retours. L'arrivée du poste E 10 permet d'ailleurs de disposer d'un poste émetteur/récepteur quasi identique dans l'avion et au sol.

Côté transmission des messages, c'est la graphie (le morse) qui est privilégiée, d'abord pour des raisons techniques. Dès 1917, il est possible techniquement d'utiliser la phonie mais, on considère que ce moyens de communication n'est pas sûr. Sur la zone du front, malgré son avantage pour accélérer la transmissions des informations, il ne sera pas utilisé. Seule l'ALGP en fera usage, mais avec une grande parcimonie.

La naissance du R 11

La situation des matériels radios pour la communication avec l'avion n'évolue que peu après la Grande Guerre, car l'argent manque. Les "Programme de 1922" puis "Programme de 1925", aussi connu sous le nom de "programme Ferrié", conduisent toutefois à la création de deux postes :

  • un poste emetteur, l'E 34, pour les avions d'observation ;
  • un poste récepteur, le R 11, pour les troupes au sol, non prévu au départ.

L'idée générale ne change donc pas : l'avion transmet ses informations par radiographie (il est toujours hors de question d'utiliser la phonie) et le sol lui répond par panneau en toile. Ses panneaux sont de plusieurs natures :

  • un panneau d'arme (Artillerie, Cavalerie, Infanterie) de forme différente suivant l'arme ;
  • un panneau d'unité (Division, Régiment, Bataillon/Groupe), à base de portions de disque ;
  • Quatre panneaux rectangulaire de 3 m sur 70 cm qui permettent de former deux chiffres. Certains chiffres ont une signification permanente, d'autres changent au gré des circonstances.

Le poste R 11 doit donc être placé dans un endroit dégagé pour que l'équipe au sol puisse déployer les panneaux de façon à ce l'avion les voit facilement. En raison du risque de repérage par l'ennemi, le poste n'est pas toujours situé au niveau du PC. Ainsi un schéma du Memento du CIET montre que l'atelier R 11 du régiment d'infanterie est relié par téléphone au PC. En théorie, le poste R 11 est servi par trois hommes, dont un gradé.

Un poste R 11 avec, devant, sa boîte d'accessoire qui sert également de siège à l'opérateur.

 

L'utilisation du poste R 11 :

Le poste R 11 est déployé à tous les niveaux de l'armée, compris entre le bataillon et le corps d'armée. Il sert à écouter l'avion, mais aussi les postes ER 17 régimentaires et ER 12 divisionnaires. Le tableau suivant montre la répartition dans les unités, peu avant l'entrée en guerre :

UnitéRIRARCRDPBCCDIDCCA
Nombre de postes4813 à 4042 à 33

Mentionnons que les Chars et la Cavalerie utilisent un autre poste, qui obéit au même principe d'utilisation : le récepteur R 15bis. Ce poste est également utilisé au niveau du corps d'armée (4 postes) et de la division (2 postes).

Mais rapidement, seule l'Infanterie finit par s'en contenter. En effet, l'armée de l'Air abandonne le poste E 34 au profit d'emetteurs/récepteurs SARAM 0-10 puis 3-10. Le poste R 11 peut toujours recevoir leurs signaux, mais pas d'établir la liaison bilatérale ; de plus ces postes permettent d'utiliser la radiophonie. La Cavalerie, comme nous l'avons vu précédemment, va mettre à profit son poste ER 27 pour cela. L'Artillerie, suite à des expérimentations dans les anénes 1937-1938, lancera également une réflexion pour un nouveau poste, qui ne pourra aboutir à cause de la défaite ; toutefois, en janvier 1940, il a été décidé d'utiliser les postes ER 22 (utilisés pour la communication interne aux groupes) en attendant : deux devaient être distribués à chaque groupement (un pour rechange), mais j'ignore dans quel mesure cela fut effectif.

Même s'il existe des photographies montrant son usage en manoeuvre, le faible nombre de missions d'accompagnement au combat ou de contrôle de tir effectuées laisse à penser que le poste fut peu utilisé dans son rôle. Toutefois, nous restions en retard par rapport à nos ennemis qui, eux, utilisaient plus facilement la phonie et en clair, ce qui racourcissait considérablement la transmission d'un message.

Sources :

  • Centre Interarme d'Études Tactiques, Memento, 1937
  • Ministère de la Guerre EMA, Instruction sur la liaison et les transmissions en campagne 1° partie, Imprimerie nationale 1938
  • Mariage P, L'adieux aux ailes, Frace-Empire 1967 
  • Salles A, Transmissions 1900-1940 volume 1, chez l'auteur 2016

 

Publié dans Les machines

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