Saine lecture ?

Publié le par Romain Lebourg

Une saine lecture ?

Sur le forum ATF40, un contributeur a signalé l'existence d'un dossier thématique de la revue en ligne Nacelle. 

💣 Quoi ? des universitaires parlent de l'armée de l'Air de 40 ?! 💣

Ni une, ni deux, je fonce... et me retrouve face au sommaire. Après avoir tourné, tel un rapace autour de sa proie, je choisis un peu au "hasard"1 de jeter mon dévolu sur un article abordant le bombardement.

Moi, quand j'entendais qu'un universitaire traitait de mon sujet de prédilection... mais ça, c'était avant !

Moi, quand j'entendais qu'un universitaire traitait de mon sujet de prédilection... mais ça, c'était avant !

Mes yeux vont-ils saigner ?

Vous vous souvenez de la dernière fois que j'ai lu un article d'universitaire ? Petit rappel. 💉

Toujours est-il que ça commence un peu pareil, avec des erreurs sur le matériel, principalement, comme le MB-131 bombardier lourd. J'ai vu aussi un raccourci sur l'aviation d'assaut presque erroné. Cependant, il est possible d'en discuter avec l'auteur, ce qui est une bonne chose2.

Elles sont également bien secondaires par rapport au sujet de l'article, MAIS peuvent pousser à décrédibiliser le travail de l'auteur : tout cela est vraiment dommage car l'article ne manque pas d'intérêt du tout !3

Quel intérêt, donc ?

En effet, cette fois, je trouve à me mettre sous la dent dans le bec. 🕊

L'auteur, outre des travaux universitaires, se réfèrent à des documents d'archives que je ne connaissais pas et dont je n'ai jamais entendu parler ailleurs ! Il s'agit, entre autres, d'un rapport et de l'instruction qui l'a suivi. Ces pièces ont été rédigées en mai 1940 et montrent clairement que nos généraux ont tenté de corriger le tir après les premières opérations ! Voilà un élément très intéressant car :

  • il permet de répondre au sempiternel "les généraux français étaient de vieux gâteux, incapables et impotents" avec des arguments solides montrant le contraire ;
  • il apporte un éclairage nouveau sur le rôle du bombardement français dans la bataille de France et sa possible évolution (messieurs les uchronistes...).

Les sujets d'ordre tactique et stratégique sont très rarement abordés dans les articles de la presse spécialisée4. J'ai eu plusieurs déception, dans diverses revues, récemment. Les articles se contentaient d'une relation purement événementielle, sans donner beaucoup de repères permettant de comprendre les évènements et leur imbricaton (j'espère être clair... 😕)

L'effet de certains articles de la presse spécialisée - allégorie.

L'effet de certains articles de la presse spécialisée - allégorie.

Un regret tout de même

Il ne faut jamais réfléchir : ça donne de mauvaises idées ! 😈 À oublier ce précepte que je viens d’inventer, je me suis rendu compte que le texte avait un biais : celui de n'aborder qu'un seul aspect de la doctrine. En effet vous n'y verrez à aucun moment mention des procédés d'attaque.

C'est, je pense, principalement ce qui manque. Comme si l'aspect stratégique ou tactique pouvait être détaché de l'opérationnel pour expliquer la faillite de nos bombardiers. De mon point de vue, les deux  sont liés et font partie de la doctrine à critiquer5 ; ce n'est pas celui de l'auteur. Ceci dit, ai-je la bonne définition du mot "doctrine" ? peut-être pas. Mais j'aurais aimé que ces données soient au moins évoquées.

Cet article n'est donc pas parfait et ce n'est peut-être qu'un premier jet6... Il contient toutefois des éléments très intéressants et, à ma connaissance, nouveaux : c'est donc un texte à lire.

Une petite réflexion pour finir :

En regardant les sources, je constate qu'il n'y a que des archives et des travaux d'universitaires. Aucune œuvre de chercheur amateur... alors que certains sont pourtant réputés et ont travaillé avec sérieux sur le sujet. Pourquoi ignorer leur(s) production(s) ?

De manière générale, ce point m'amène à penser qu'il existe comme une barrière imperméable entre les deux mondes. Car la réciproque est aussi globalement vrai, pour autant qu'on ait accès aux sources (ce qui est bien rare et est peut-être la source 😁 du problème). Or chacun gagnerait à prendre en compte ce que l'autre produit (moi le premier, ça va de soi !).

Moi, maintenant, quand je lis un article d'universitaire.

Moi, maintenant, quand je lis un article d'universitaire.

Notes :

1 Comme chacun sait, il fait bien les choses. Mais le bombardement est un sujet qui m'a quand même beaucoup occupé ces dernier temps. Alors, hasard ? 🤔 je ne pense pas !

2 J'attends toujours une réponse de l'auteur de l'article sur l'offensive de la Sarre du Fana de l'aviation. Si quelqu'un le connaît...

3 C'est la raison pour laquelle je n'avais pas lu la totalité du précédent article critiqué. Et je reconnais que c'est bien dommage de provoquer cette réaction chez le lecteur (et également d'y avoir cédé, mais c'est une autre histoire) !

4 À part C-J Ehrengardt, de mémoire je ne vois pas qui d'autre aborde ces problématiques. Son hors-série n°5 du magazine Aérojournal de juin 2003 ou le n°30 de mai-juin 2018 en sont de bon exemples. Non, je ne suis pas payé pour l'encenser !

5 Les divers aspects des problèmes du bombardement ont été abordés par C-J Ehrengardt dans Le bombardement français volume 1 1939-40, Aéro-journal HS n°5, juin 2003. À la lecture du présent travail, je pense toutefois que la question stratégique et ses évolutions y étaient traitées trop rapidement. Je ne connais pas de travail similaire pour les bombardiers britanniques ; par exemple, Y Mahé dans Objectif Meuse - les sacrifice des bombardiers légers et moyens alliés, Aérojournal n°75, février-mars 2020 ne le fait pas (ou peu) avant de relater les missions au jour le jour.

6 Comme chacun le sait, le premier tir sert toujours à évaluer la portée et à ce que le suivant fasse mouche.

Publié dans Critiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article