Gladiateur des cieux arctiques

Publié le par RL

Développé à partir du Gauntlet, le Gloster Gladiator Mk I est un monoplace de chasse à voilure biplane. Sa construction est mixte, faisant encore largement appel à une armature de métal entoilée. Il se distingue des autres biplans de sa génération par son cockpit fermé (Fiat CR.32, Heinkel He 51) et ses volets d'atterrissages (Avia B.534), qui sont de réelles nouveautés pour l'époque. Mais, contrairement à la majorité des appareils de son temps, il est équipé d'un moteur en étoile, et non en ligne. Si ce type de motorisation est moins vulnérable face aux projectiles, il offre plus de résistance aérodynamique. De même son train d'atterrissage est fixe, alors qu'outre Atlantique, on est passé au train rétractable (Grumman F3F).

L'appareil est commandé par la RAF en 1935 et devient opérationnel en février 1937. Il sera rapidement remplacé par des monomoteurs plus modernes et, en septembre 1939, très peu seront encore en service en première ligne. Pourtant, le Gladiator aura l'occasion de combattre lors des premières années de guerre, aussi bien en Europe qu'en Afrique.

Un Gloster Gladiator (ex-Mk II) aux couleurs du No. 72 Squadron en 1937.

Un Gloster Gladiator (ex-Mk II) aux couleurs du No. 72 Squadron en 1937.

En guerre en finlande :

Le 30 novembre, l'URSS déclare la guerre à la Finlande. Le pays cherche du matériel un peu partout et commande, entre autre, trente Gloster Galdiator Mk II de seconde main, dont dix sont cédés gracieusement. Les premiers appareils entrent en service au sein de la Lentolaivue 26 basée à Utti, le 18 janvier 1940. Une grosse semaine plus tôt, des volontaires suédois de la Flygflottilj 19, équipée de Gladiator de la Flygvapnet (désigné localement J8), prennaient leurs quartiers à Kemi, en Laponie.

La LLv 26 commence ses premières missions le 2 février, mais dès le milieu du mois, elle commence à percevoir des Fiat G.50 beaucoup plus modernes. Toutefois, les Gladiator continuent d'être utilisés jusqu'à la fin du mois. Trente-quatre victoires sont revendiquées pour la perte de onze machines durant ce conflit. Les volontaire suédois dela F 19, de leur côté, combattent pendant les trois mois de leur présence sur cette machine et remportent dix victoires, pour deux pertes. Les Gladiator sont également utilisés par la LLv 12 pour la reconnaissance et dans des missions de coopération avec les troupes au sol au sein de la LLv 14, qui revendique trois victoires.

Le bilan du Gloster Gladiator, lors de cette campagne apparaît comme très bon. Cela tient beaucoup au niveau des pilotes suédois, finlandais et danois, mieux entraînés que leurs homologues soviétiques.

Les Gladiator continueront à opérer discrètement comme appareil de coopération avec l'armée de Terre pendant la Guerre de Continuation, jusqu'en 1944, car la Finlande bénéficie alors d'appareils plus modernes pour la chasse. Deux victoires aériennes seront revendiqués par les pilotes du de la LLv (puis leLv) 16, en 1941 et 1943. Les derniers survivants seront stockés en juin 1945.

Pour défendre la Norvège :

Lorsque l'Allemagne lance son offensive sur l'Europe du nord, le 10 avril 1940, ce sont encore des Gloster Gladiator qui entreront en action les premiers. Douze appareils ont été livrés à la Norvège entre juillet 1938 et 1939. En avril 1940, les dix Gladiator du groupe de chasse (Jagevingen) de l'aviation royal norvégienne sont basés à Oslo/Fornebu. Durant la journée, sept victoires sûres sont revendiquées par les sept pilotes norvégiens ainsi qu'une victoire probable. Mais, après ce combat, il ne reste que deux Gladiator en état de vol : ils se sont posés à Tyrifjord. Le repli continue durant la journée et le dernier appareil disponible est conduit à Brumunddal par le Løytnant Dag Krohn. Là, son huile est vidangée pour servir aux bombardiers Caproni Ca 310.

Le 21 avril, l'unique Gladiator norvégien en état de vol se trouve à Vangmjösa. À 9h33, le Sersjant Per Waaler décolle pour reconnaitre le terrain de Gardermoen. Mais avant d'atteindre son objectif, le moteur commence à avoir des ratés et finit par caler. L'appareil heurte une rangée d'arbres mais son pilote parvient à le redémarrer et fait demi-tour. Lors de l'inspection, une branche est retrouvée coincée entre le moteur et l'hélice tandis qu'une extrémité d'aile est cisaillée. Cet incident met fin à la carrière des Galdiator norvégiens.

Complètement anéantis par son premier combat, l'unique escadrille de chasse norvégienne aura eu une existance des plus épéhmère. On peut dire que le Gladiator fut l'avion des Thermopyles pour ce pays.

Gladiateur des cieux arctiques

Dans l'après-midi du 24 avril, les dix-huit Gladiator Mk II du No. 263 Squadron atterrissent sur le lac gelé de Lesjakog. Les missions commencent dès le lendemain, de même que les premières pertes (douze appareils) lors de trois bombardements allemands. Trois bombardiers sont abattus par le Flight Lieutnant Stuart Mills et le Pilot Officer Sidney McNamara. Les cinq derniers chasseurs se réfugient à Aandalsnes d'où ils effectuent encore quelques missions jusqu'au lendemain. les trois derniers survivants sont détruits le 27 avril et l'escadrille est rapatriée pour être rééquipée.

Le 27 avril, ce sont les Sea Gladiator des No. 802 et 804 Sqn (HMS Glorious) qui prennent le relais. Six d'entre eux attaquent un appareil de reconnaissance, à 20 miles de la flotte. Le 1° mai, les chasseurs embarqués défendent les navires contre les Ju 87 de la 2./StG 1 et abattent un appareil.

THE ROYAL NAVY DURING THE SECOND WORLD WAR

Un Gloster Sea Gladiator du No. 804 Sqn à l'appontage sur le HMS Victorious. © IWM (A 6974)

Le 21 mai, le No. 263 Sqn, rééquipé revient se battre en Norvège. Il est basé à Bardufoss et perd deux machines lors du vol de transfert depuis le HMS Furious. Le lendemain, trente sorties sont réalisées. Un appareil allemand est abattu mais son vainqueur, le Pilot Officer Mickael Craig-Adams se tue lors du combat. Le 24, deux nouveaux combats aériens permettent d'abattre un He 111 et un Bf 110 qui ira se poser en Suède. Les combats s'enchaînent et, le 27 mai, le Flight Lieutnant Ceasar Hull devient un as, mais il est lui même abattu et blessé par le Leutnant Helmut Lent du I./ZG 26. Le 30 mai, les Gladiator sont relevés par les Hurricane du No. 46 Sqn et se concentrent sur les missions d'attaque au sol. Les combats aériens continuent toutefois jusqu'au 8 juin, date à laquelle  les appareils britanniques sont repliés à bord du HMS Glorious.

Le bilan de ce second tour est bien plus brillant puisque vingt-six victoires sures ont été revendiquées contre deux pertes en combat.

 

Conclusion :

Bien que d'une conception dépassée, le Gloster Gladiator n'a pas faillit dans ces combats, au nord de l'Europe. Mais remplacé par du matériel plus moderne, il doit se "recycler" dans un rôle plus sombre, d'appareil de coopération. La gloire l'attend toutefois sous d'autres cieux plus clément mais tout aussi dangereux : ceux de Méditerranée (Grèce, Malte) et d'Afrique (Égypte, Libye, Soudan, Érythrée, Éthiopie et Somalie). Il y sera d'ailleurs l'un des acteurs vedettes des derniers combats de biplans, face aux appareils italiens.

Sources :

  • Håkans aviation page (en Anglais)
  • Fernandez José, La campagne de Norvège, Batailles aériennes n°4 1998
  • Thomas Andrew, Gloster Gladiator Aces, Osprey Publishing 2002

Publié dans Aparté

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