Esprit critique
Étudier l'histoire, ce n'est pas toujours simple. D'abord parce que les sources sont parfois inexistantes. Quand ce n'est pas le cas, leur nombre peut être limité ou au contraire, très - trop - conséquent ! Dans mes recherches, je suis confrontés au trois problèmes et certains se posent dans la vie de tous les jours, au gré de nos lectures.
Les sources parcellaires :
Un des premiers soucis auquel il m'arrive d'être confronté, c'est l'absence de sources... Les raisons son variées :
- le plus fréquente est la guerre elle-même : les documents ont disparu corps et bien dans la tourmente ;
- certaines archives sont encore dans des "fonds privés" ; elles peuvent disparaître lors d'une succession, car les héritiers n'en saisissent pas l'intérêt ;
- il arrive aussi que des documents "disparaissent"... rassurez-vous, ils ne sont généralement pas perdues pour tout le monde !
En ce qui concerne les GAO, c'est un problème fréquent. Les cartons sont souvent vides. Ou alors, il manque des pans entiers de l'activité et, comme par hasard, ce sont ceux qui nous intéressent 🙄...
Un autre écueil concerne les témoignages. La plupart des récits sont certes de bonnes foi. Toutefois, le temps fait son œuvre et déforme la réalité à l'insu de notre plein gré. De sorte que, plus la relation d'un évènement en est distante, plus il faut être méfiant. Un témoignage se doit d'être systématiquement vérifié et recoupé. Quand c'est possible... Sinon, on doit resté prudent et ne pas le prendre pour argent comptant.
Un rapport de gendarmerie sur le bombardement de villages seino-marins, le 5 juin 1940, précise qu'un gendarme qui regardait les avions aux jumelles a vu les cocardes belges sur un des bombardiers. Le document a été écrit le lendemain des faits. La moralité du rédacteur et du témoin peuvent difficilement être mises en doute : ce sont des gendarmes. Et pourtant ! en l'absence d'autre confirmation indépendante, on ne peut rien conclure : le témoin a peut-être été victime d'une illusion, il a peut-être mal interprété ce qu'il a vu correctement, ses propos ont pu être incorrects, mal compris ou déformés... Bref, je n'affirmerai pas que les Allemands ont odieusement bombardé des civils en se déguisant en Belges.
Le foisonnement :
La prudence, là encore, s'impose.
Le 30 septembre 1939, un Potez 637 du GR II/52 se faisait abattre par la chasse allemande. Côté français, l'évènement a fait l'objet d'une production importante d'écrits :
- citations à l'ordre de l'armée aérienne des membres de l'équipage ;
- récit au JMO reconstitué de la 4e escadrille du GC II/4 qui assurait l'escorte ;
- mention succincte au JMO de la 4e escadrille du GR II/52 ;
- mention au JMO du commandement des FA 105 ;
- récit détaillé rédigé le 12 novembre 1939 à l'attention du général commandant la ZOAE par le commandant des FA 105 ;
- récit ou mention dans... trois ! articles de presse, par trois journalistes différents !
- sans compter les relations ultérieures...
Cependant, les documents se recoupent mal. Malgré, la prolifique production, il reste difficile de savoir si le Potez a été attaqué par les Bf 109 avant ou après l'intervention des Curtiss H-75 de sa protection et, le cas échéant, quels étaient les trois chasseurs qui ont mis en fuite les Bf 109 : des MS-406, comme le signale un auteur, ou d'autres Curtiss H-75 ? Choisir la première hypothèse a conduit un chercheur à attribuer erronément l'escorte de la mission et donc à placer ce combat avec la mauvaise formation ennemie...
Certaines, comme les articles de presse, affabulent complètement, mentionnant un combat au-dessus du sol allemand (il a eu lieu au sud de Bitche) et, par conséquent, que l'observateur a attendu d'avoir franchi nos lignes pour sauter de l'avion en flammes ! Il ne s'agit pas fustiger la presse mais on doit tenir compte du contexte. Outre le fait que leurs auteurs ont dû prendre des liberté avec la réalité pour rendre leur texte plus... dramatique, à l'époque, il y avait une censure.
D'autres écrits, comme le JMO de la 4e escadrille du GC II/4, ne sont pas les documents originaux ! Il s'agit ici d'une reconstitution, écrite après la campagne de France, d'après les documents disponibles et souvenirs des survivants. Il est donc, également, un document sujet à caution. Enfin, la relation au commandant la ZOAE n'a pas été fait par l'un des intéressés, mais d'après les informations recueillies : quand, comment et par qui ? on ne le sait pas.
Dans cette liste de documents, tous n'ont donc pas la même valeur et on doit donc exercer un doute "à géométrie variable", c'est-à-dire adapté à chaque source.
M'en fous : suis pas chercheur !
Moi non plus ! 😋 Je fais tout ça en amateur, sur mon temps libre et mes deniers personnels, en plus d'autres activités chronophages. Néanmoins, quand on se "contente" de lire, ce que je viens d'énoncer reste valable.
Croire aveuglément Jean Gisclon sur la mort du lieutenant Pierre Houzé (et probablement d'autres sujets), c'est se fourvoyer. Un de mes camarades y a consacré quelques lignes (et beaucoup de temps). De même, on peut se contenter de dire "les historiens ne sont pas d'accords" sur tel ou tel sujet, faute d'approfondissement... Sauf qu'en creusant un minimum, on se rend vite compte que la balance penche - parfois très largement et on appelle cela un consensus - vers une thèse plutôt que l'autre...
Bref, même si vous n'êtes "que" des lecteurs, il convient de rester critiques vis à vis de vos sources d'informations. Il est parfois aisé de débusquer les "bouses" (comme Les ailes de 1940 de Patrick de Gmeline)... parfois moins (comme l'article du Fana sur les premiers combats de l'armée de l'Air) : n'hésitez pas à demander conseil et, quand c'est possible, ne vous contentez pas que d'une lecture sur un sujet donné. 😉
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