Vieux d'la vielle

Publié le par Romain Lebourg

Les vieux d'la vieille

Ils ont repris le combat

C'est un sujet peu connu mais... en 1939-40, des combattants de la première guerre mondiale ont repris du service ! J'ai déjà eu l'occasion de citer le commandant Pierre Mariage, qui fut artilleur puis observateur en avion, avant de passer son brevet de pilote ; il assura différents commandements entre septembre 1939 et 1940, donc celui du GAO 3/551.

 

Dans cet article, je souhaite cependant évoquer un ancien combattant qui eu le malheur, comme d'autres, de périr lors du second conflit mondial. Et pour se faire, nous allons parler de la chasse !

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Une unité de seconde ligne

Le Groupe aérien régional de chasse 561 (GARC 561) était destiné à assurer l'entraînement des réservistes de l'aviation légère de défense. Ils était basés à Villacoublay. Cependant, le 27 août 1939, il déménagea à Rouen - Boos, pour assurer la défense de la Basse-Seine.

Son matériel était cependant plus que limité puisque constitué de vieux Dewoitine D.501 et d'antiques Nieuport-Delage 622. Durant l'hiver 1939-40, l'unité reçut des Bloch MB-151 de seconde main pour se convertir ; elle devient Groupe de chasse II/10 (GC II/10), le 1er janvier 1940. Les Bloch MB-152, d'abord des appareils de seconde main puis des exemplaires neufs, remplacèrent les MB-151 réservés à la conversion sur matériel moderne puis récupérés par la Marine.

Au sein de ce groupe, le commandant de la 1re escadrille, le capitaine Albert Landeroin et l'officier du chiffre, le commandant Albert Frémond, étaient deux anciens de la Grande Guerre. Le second avait combattu au sein de l'escadrille N puis SPA 102, en compagnie de l'homme qui nous intéresse : Rémy Péronne.

Un Bloch MB-151 aux couleurs du GC II/10

Un Bloch MB-151 aux couleurs du GC II/10

De l'artillerie à l'aviation :

Rémy Péronne est né au Pecq, le 17 juin 1897. Il devança l'appelle et s'engagea le 28 décembre 1914, au 30e Régiment d'artillerie de campagne*, avec lequel il combattit pendant environ deux ans au sein de sa 6e batterie. Il fut promu brigadier le 8 septembre 1915, puis maréchal des logis le 10 avril 1916.

Le 22 juin 1917, il entra dans l'aéronautique, comme élève-pilote. Il fut breveté sur Spad, le 14 octobre, mais finit son écolage à la fin du mois de novembre. Il rejoignit l'escadrille SPA 102, le 28 décembre, soit trois ans jour pour jour après son incorporation. Entre temps, le 14 juillet 1917, il avait été décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze.

Au sein de cette escadrille, l'adjudant Rémy Péronne remporta une victoire homologuée contre un biplace allemand, dans les environs de Marle. Il était assisté par le lieutenant Albert Frémond.

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La seconde guerre mondiale

Revenu à la vie civile, Rémy Péronne reprit ces études et devint ingénieur. Parallèlement à cela, il resta dans la réserve de l’aviation comme officier. Par décret du 28 juillet 1931, il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire, avec la citation suivante :

"PERONNE (Rémy-Marie-Louis), sous-lieutenant du centre de mobilisation d'aviation n°3 ; 15 ans de service, 5 campagne. A été blessé et cité. A accomplit 7 période d'entraînement aérien volontaire."

Notons que son ancien camarade d'escadrille Albert Frémond faisait également partie de la promotion.

Lorsque la guerre éclata à nouveau, Rémy Péronne se retrouva affecté à la 2e escadrille du GARC 561, avec le grade de lieutenant de réserve. En mars 1940, on lui proposa de reprendre son poste d'ingénieur, ce qu'il refusa. Dans son groupe, le sous-lieutenant Léon Thabuis eut la même réaction lorsqu'une note du 29 février 1940 l'affecta comme pilote d'usine ; curieusement, le destin de ces deux officiers serait lié.

Un Bloch MB-152 des premières séries. Il ne présente aucun inisgne d'unité.

Un Bloch MB-152 des premières séries. Il ne présente aucun inisgne d'unité.

La mission fatidique :

Le GARC 561 effectua quelques décollages sur alerte infructueux durant la "Drôle de Guerre". Le 10 mai 1940, il se regroupait à Rouen - Boos après un difficile retour d'un détachement en Bretagne. Les couvertures de la région rouennaise reprirent, avec celles de Chantilly, à partir du 12 mai, pour épauler le GC I/1. Rémy Péronne réalisa deux de ses missions ingrates.

Le 14 mai 1940, eut lieu la première véritable mission de guerre du groupe et de sa 2e escadrille ; mais Rémy Péronne  n'y participa pas. En revanche, le lendemain, il effectua deux couvertures de la région Marle - Sissonne. Le 16 mai 1940, il fut de la couverture du secteur Avesnes - Maubeuge - Le Cateau depuis Rouen. Tombé en panne d'essence comme ses camarades, il se posa à Saint-Pol avec son chef d'escadrille, le capitaine Robert Dulac.

Le 17 mai 1940, eut lieu la mission fatidique. En fin de matinée, une vingtaine de Bloch MB-152 des GC II/10 et III/10 fut envoyée protéger un Potez 63-11 entre Trélon, Chimay, Hirson et La Capelle. Mais au-dessus de Saint-Quentin, un long combat s'engagea avec la chasse allemande. Il allait durer... vingt-cinq minutes ! et voir la perte de trois de nos pilotes.

Le lieutenant Rémy Péronne fait partie de cette triste liste. Les recherches entreprises à partir d'octobre 1940 par Germaine L'Herbier-Montagnon permirent de savoir, en août 1941, que son appareil s'écrasa en flamme à Traversy, où il acheva de se consumer. Son camarade et ailier Léon Thabuis fut également abattu et tué, son appareil tombant à Hinacourt (8 km à vol d'oiseau de Travecy). Tout deux** furent cités à l'ordre de l'armée aérienne à titre posthume :

"PERONNE (Rémy), lieutenant : vieux pilote de la guerre 1914-1918, a su par son exemple, entraîner ses camarades plus jeunes dans la bataille et leur communiquer ses belles qualités de courage, de devoir et de confiance absolue dans nos armes. Toujours volontaire, a effectué de nombreuses missions et livré de très durs combats. Le 17 mai 1940, face à un ennemi plusieurs fois supérieur en nombre, s'est porté franchement à l'attaque. A trouvé une mort glorieuse au cours de ce combat."

Rémy Péronne ne fut pas une personnalité marquante des deux guerres mondiales. D'autres grands as, comme Lionel de Marmier ou Édouard Corniglion-Molinier sont mieux connues. Mais, par son engagement volontaire dès 1914 et son refus de rejoindre une affectation spéciale durant l'hiver 1940, Rémy Péronne a montré sa volonté de combattre et son attachement à défendre son pays. Ce sont ces qualités que j'ai voulu mettre en avant, à travers cet artilleur puis pilote de chasse "anonyme".

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Note :

* Il existait un "autre" Péronne dans ce régiment, prénommé André. Lieutenant, il passa dans l’aviation comme observateur en avion. Titulaire de quatre citations, victime de deux blessures dont une grave reçue le 18 juillet 1918, il fut promu chevalier de la Légion d'Honneur pour prendre rang au 20 juillet 1918. Malgré l'amputation de son avant-bras, il retourna ensuite au 30e RAC puis servit au Maroc, où il décéda, le 28 mai 1930.

** Le sous-lieutenant Robert Battut, du GC III/10, fut le troisième pilote français tué dans ce combat.

Sources :

  • Journal officier de la république française des 5 octobre 1918, 14 août 1931 et 7 septembre 1940.
  • Fiche de Rémy Péronne établie à son arrivé au 2e groupe d’aviation
  • Joanne Serge, Le Bloch MB-152, coll Histoire de l'aviation n°13, éd. Lela Presse, 2003
  • L'Herbier-Montagon Germaine, Disparus dans le ciel : souvenirs de la mission de recherches des morts et disparus de l'armée de l'Air, éd. Flesquelle, 1943

Publié dans Les hommes

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